La vie et toutes ces sortes de choses

samedi 25 mai 2024

Passer les portiques

La dernière fois que l'objet du délit (enfin d'un minuscule tracas récurrent) était à la mode, nous vivions dans un monde qui semblait plus simple, ou moins technologique. Il n'y avait pas des mecs armés jusqu'aux dents partout, ni de portiques de sécurité à l'entrée des musées.

J'ai un historique lourd, ces derniers mois, avec les musées. A celui du jeu de Paume, je bipe constamment à l'entrée, même en leur laissant mon sac, mon manteau, mon casque... un jour ils vont me faire passer nue comme le jour de ma naissance, voire m'autopsier avant d'entrer, pour s'assurer que je n'apporte rien de dangereux sur moi. Bon, ils ont l'air détendus, ça les fait rire, en général. Moi ? Un peu moins. Disons qu'on en tire le meilleur parti.

A Beaubourg, je SAIS ce qui se passe.

Illustration en image.

Comme j'y vais un peu souvent, à chaque fois je leur propose de l'enlever AVANT le portique. A chaque fois, ils me répondent que non, non, ça va. A chaque fois, évidemment, ça bipe.

Là encore, ils sont plutôt détendus. Plus que l'agent qui, une fois (mais une seule), m'a refouillé le sac à l'entrée d'une salle en prévention de dégradations que je pourrais commettre sur une œuvre. Toutes les autres fois, affluence comparable, rien. Pourquoi ?

L'autre jour on y était avec des amis. Je me suis tournée vers eux fièrement pour dire "et c'est comme ça que j'ai fait entrer une bombe au Louvre, la semaine dernière".

Lomalarchovitch en rigole encore, je le recadre régulièrement sur le fait que c'est une blague à faire en milieu maîtrisé, seulement, j'ai très peur d'une convocation prochaine devant la justice.

Bref.

Je ne suis pas vraiment sûre que ça me rassure, tous ces portiques et contrôles.

vendredi 24 mai 2024

Qui peut vivre en colère si longtemps

Depuis quelques semaines, je suis, épisodiquement, fauchée par quelques heures "vraiment pas bien". Je n'ai pas été aussi mal aussi longtemps de ma vie entière, je crois, et ça me fait peur, beaucoup.

Ironiquement, il y a deux ou trois jours, j'ai prononcé à propos d'autres personnes la phrase "mais qui peut vivre en colère si longtemps sans se faire du mal ?"

C'est celle qui dit qui y est.

Ca m'a pris tout ce temps de piger que c'était la colère qui me vidait tant.

Elle est parfaitement légitime, et même nécessaire. Si je la laisse retomber, je serai encore pendant des années dans la même situation délétère.

Sauf que. J'ai la colère puissante et ravageuse.

Et pas besoin d'être plus épuisée que je ne le suis.

Bref, hier, j'avais très peur de ne jamais réussir à redevenir qui je suis. La personne qui ouvre les bras, le coeur, qui trouve de la place à la bienveillance...

Fort heureusement il y a dans ma vie des gens, proches ou pas, qui ont apporté des bouffées d'oxygène pour que, peu à peu, je reprenne mon souffle. Que je respire à nouveau un peu profondément. Et que je me retrouve au moins un peu, dans un coin, terrifiée, vidée, mais pas morte du tout.

Merci vous trois, l'un après l'autre.

43 jours.

vendredi 17 mai 2024

Rangements et maintenance

J'ai des projets pour l'avenir.

Un avenir proche, souhaitons-le.

Il s'agit de réaménagements d'intérieur avec pour un objectif machiavélique : optimiser la capacité d'hébergement de livres de mon domicile. Là on doit être à 1 500 (pour mon usage seulement, mais une partie de l'espace est squatté par de la littérature jeunesse que je compte installer dans la piaule de Lomalarchovitch) je pense que bien mené, ce chantier peut nous mener à plus ou moins 2 200. Un potentiel énorme qui me laisserait sereine pour environ 6 mois.

Bref, je vous passe les détails, d'autant qu'une grande partie dépend du déménagement de mon coloc.

Mais ça m'amène à un constat et une question.

Le constat : j'ai fait une grosse purge dans les bouquins stockés dans le salon. Je pensais être contente du résultat. Et en fait pas du tout, j'ai encore des trucs assez pourris (mais j'aime bien la personne qui m'a offert le livre ou autres raisons du même acabit).

Or donc : re tri. La première fois j'ai eu du bol, et pas eu trop de manutention casse-pieds à gérer. Normalement je vais en sortir moins en volume, mais tout de même.

La blague, il faudra aussi que je trie ceux de ma chambre. (Ce qui nécessite d'y avoir accès, ce n'est pas le cas pour un bon quart des étagères, passons).

En principe : mission facile, c'était supposé être l'étagère de mes livres préférés, les compagnons de route etc.

Bon, ça fait 14 ou 15 ans que j'ai sélectionné avec amour ceux avec qui je dormirai. Peut-être qu'il y a un peu de coupes à faire, malgré tout. Et surtout : il y a eu du squattage depuis.

Tout ceci m'amène à... la question.

Quel système de rangement des livres est-il fucking maintenable ?

Ne me parlez pas d'ordre alphabétique. Ou de couleur. On est pas là pour rire un bon coup, s'il vous plaît.

J'ai actuellement un vague système littérature française / francophone (avec des spots particuliers pour le québec et la littérature francophone africaine) / anglo saxonne / autres pays / vieux nanars et improbables objets éditoriaux / sf et fantasy parfois un peu regroupés mais pas toujours / littérature concentrationnaire / mes préférés quelle que soit leur appartenance. Je n'aborde même pas la question des dits beaux livres ou formats différents comme, au hasard, les BD (bon, j'en ai pas tant).

Très probablement, les auteurs dont je trouve qu'ils pourraient s'engueuler épiquement ou discuter comme larrons en foire sont proches. Plus quelques autres bizarreries très personnelles. Avec des zones intersectionnelles étranges et très spécifiques.

Problème, quand les étagères sont pleines, le moindre nouveau venu fout le dawa. On fait quoi ? On en décale 950 pour faire une place au bout de la bonne étagère ? On laisse des vides ? (quels lecteurs ont la place pour avoir toujours du vide ?) Pareil à chaque fois qu'un auteur ou une autrice dont vous avez déjà un livre en sort un nouveau qui arrive chez vous ? C'est ingérable, non ?

Ou alors se laisser aller à sa pente chaotique et : ne rien classer du tout (une forme de fantasme de trèèèèèèèèèèès longue date parce que je sais que je vais retrouver ce que je cherche quoi qu'il arrive, mais si quelqu'un d'autre que moi doit chercher ?) ?? Et si on danse ?

lundi 13 mai 2024

Déclencher un tsunami d'un revers de la main

J'ai découvert cette histoire d'émotions à un âge adulte avancé. Avant, je pensais que tout le monde ressentait fort mais que j'étais un peu nulle à me laisser envahir alors que tout le monde semblait en parfait auto-contrôle. C'est au boulot, dans une période un peu difficile, que je me suis rendu compte que j'étais la seule à être en colère face à une série d'injustices (et quand je dis en colère, c'est pas qu'un peu). Ça n'a pas arrangé mon auto diagnostic, jusqu'à ce qu'enfin je trouve des clés pour comprendre.

J'écrivais l'autre jour que je me servais mieux de tout ça, que je le subissais moins. On est encore assez loin de la perfection, notez bien.

Parfois, quand ça déborde, j'ai l'impression que je pourrais, tellement je vibre fort, déclencher un tsunami d'un revers de la main, un tremblement de terre transmis de mon cœur au noyau. N'appelez pas les hommes en blanc, je sais que je ne peux pas vraiment le faire. Mais c'est assez indescriptible sans images un peu parlantes.

Alors j'écris. Pas pour faire joli, pas pour raconter une histoire. Je prends le magma à mains nues et je tente de lui donner une forme. Mes doigts crépitent sur le clavier (je ne pourrais pas faire ça à la main, imaginez quel serait mon sort si j'étais née avant l'époque des machines à écrire, puis des ordinateurs). Dans ma tête c'est comme creuser des tranchées dans la lave. Ou vomir après une soirée de l'enfer. Ça n'a rien à voir avec un projet esthétique, artistique ou intellectuel, c'est ma seule façon efficace de me laisser traverser sans me briser, de mettre à distance suffisamment ce qui me bouleverse pour fonctionner à peu près, ensuite. En tout cas, donner l'illusion de fonctionner (si vous saviez à quel point je suis bonne comédienne).

Oui, je pourrais faire ça sur un document au fond de mon disque dur, c'est vrai. J'ai pris de mauvaises habitudes. Et on est si peu nombreux, encore, à lire ces trucs étranges que sont les blogs... désolée pour le bordel, les flaques de lave et de vomi.

(Collègues "Sorcières" de Brancusi)

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Pour me faciliter la vie, parce qu'il est bien connu que le manque de sommeil et les trucs déréglés aident grandement à mener une vie sereine, je n'ai pas un mais deux traitements en cours d'expérimentation.

Hashimoto résiste un peu, on tente la dose au-dessus. J'ai donc allongé mon trajet retour d'un bon kilomètre, ce soir, pour aller chercher la nouvelle ordonnance et... ai loupé la secrétaire de 3 minutes. Respirons.

Ah non, je ne peux pas. Ça faisait deux ans que je faisais traîner la prise de ce rv avec une pneumologue pour un point asthme. Comme je suis tombée sur une professionnelle alerte, elle tente un allègement de traitement avec un changement de médicament pour un plus contraignant, suppression des antihistaminiques. C'était le 2 avril. Devinez ce qu'il se passe depuis ?

Les putains d'arbres copulent. Ça envoie du pollen dans tous les sens. Son truc fonctionne modérément, j'avais espoir de tenir jusqu'au rv de débrief en juillet. Je pense qu'à la place je vais appeler ma généraliste pour revenir aux bons vieux trucs avec lesquels j'avais l'assurance de respirer et envoyer la spécialiste à 100 balles les dix minutes aller se faire cuire le cul.

Ça ne va pas me tuer, mais ça m'épuise, ces galères pas très graves mais bien chiantes.

Sans parler de la défaite morale de dysfonctionner du corps en plus de la tête. (J'en vois deux qui rigolent au fond de la salle en disant "oui mais au moins tu es obligée de t'occuper de toi, gnagnagna". Je vous aime mais ça ne me fait pas rire DU TOUT).

Et alors là, la sorcellerie n'a aucune sorte d'effet, hein. J'ai bien essayé de me coller les doigts dans le nez en chantant une incantation, mais tout ce que j'ai gagné c'est une invitation à l'Eurovision l'an prochain.

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Bref, la sorcellerie ne résout pas tout, au contraire, elle ajoute bien souvent des soucis. Quand je pense qu'il y a des gens tièdes et des, peut-être les mêmes, capables de ne penser à rien.

Je ne vais pas bien, donc, ces jours-ci, mais ne vous en faites pas.

samedi 11 mai 2024

Photographies et conséquences

Il y a un truc que j'aime, pour lequel je ne suis pas vraiment douée, mais que j'aime néanmoins, c'est prendre des photos.

J'en discutais récemment avec Franck puis Michel, amis et référents sur le sujet, j'ai un petit souci mécanique à ce sujet. J'aime mieux la sensation de mon reflex dans les mains, plus du tout pour stabiliser la photo, mon smartphone le fait très bien, mais pour me stabiliser moi dans la prise de vue. Sauf que, pas de bol, il faut bien se rendre à l'évidence, ce dernier est (largement) dépassé par le même smartphone en termes de qualité d'image.

Et puis ce que j'aime (aimais), moi, c'était de prendre des visages à la volée, un truc dans l'expression qui en dit plus sur la personne photographiée que n'importe quel portrait posé. A vrai dire, je pense que ça en dit surtout sur celui ou celle qui regarde et photographie. Mais bon, c'est une autre discussion.

En 2024.

Plus personne.

Ne reste naturel quand un appareil, quel qu'il soit, est dans les parages.

Bon, c'est pas comme si on brisait une vocation. Du coup je me contente d'immortaliser des moments, des sortes de cartes postales instantanées. Mes plus fréquents rendez-vous sont sur le toit de mon bureau. Pas compliqué, tu regardes n'importe où, tu cadres n'importe comment, c'est beau.

Le rendez-vous d'après c'est d'envoyer chacun la sienne (toujours différentes l'une de l'autre) à mes deux destinataires des matins de bureau. Comme un bonjour qui se glisse dans leur téléphone avec un coin de joli (j'espère).

Quoi qu'il en soit il arrive que, sur un malentendu, j'en trouve quelques-unes pas si mal.

Et là, j'avais dans ma chambre un cadre avec des photos d'une autre époque. J'ai donc fait imprimer une série de photos parmi mes préférées, constaté que j'en avais peu dans la bonne orientation, sélectionné cinq élues.

On peut se risquer à dire, sans possibilité de se tromper, que le mec qui m'a vendu un tube de" sans clou ni vis" il y a 13 ans et quelques ne m'avait pas menti, le truc tient bien. J'ai mis un temps fou à décoller le cadre du mur. Ainsi qu'une couche dudit fixant et du papier peint repeint dessous. Peut-être même un peu de béton armé (quasi tous les murs chez moi sont en béton armé, ça présente quelques inconvénients).

Voilà.

J'ai passé ensuite un temps certain, avec la délicatesse qui me caractérise en ces jours d'envie de tout cramer, à décoller le sans clou ni vis sédimenté à l'arrière du cadre. Si seulement je m'étais souvenue que j'ai son jumeau quelque part, hein ? Mais non. Pas avant d'avoir fini.

Foutoir garanti.

Armée de l'outil qui m'a aidée dans cette mission, à moitié à poil et en tailleur mon lit, je me suis d'ailleurs fait la réflexion que la lame de ce couteau à enduire ou autre outil au doux nom semi mystérieux avait l'exacte forme et taille d'une cicatrice sous le dessous de mon pied. Pas la première de nos aventures ensemble un jour de grand calme, raisonnable, hein, mec ?

Bref, il restait un fond de tube d'un autre fixateur, j'en ai mis sur l'arrière du cadre. Mur bon à repeindre pour mur bon à repeindre, faisons comme dans la marine et chez mes grands-parents : peinture sur merde = propreté. Collons par dessus, on verra à ma prochaine envie de changement si j'arrache le mur complètement ou si j'en garde un bout par nostalgie. #SheHulk

Bonne blague, il n'y en avait pas assez pour que ça tienne.

Mais bon, on a jamais été aussi près de la soluce, les gars. Y a pas quelqu'un qui veut me foutre en vrac encore un peu plus, que j'aille chercher la rage d'en découdre qui me manque pour finir ? (Ne faites pas ça, honnêtement, je ne garantis la sécurité de personne qui viendrait essayer. Je viens de lâcher un "lol, connard" à un mec qui vient de me traiter de bourgeoise sur Twitter, je suis au taquet pour arracher la tête de quelqu'un, là, tout de suite).

On y est presque, donc.

(Ironiquement il n'y a pas, dans ma sélection, une de mes photos préférées, qui est d'une absurdité sans nom, personne ne peut comprendre sauf la personne qui l'a prise et moi, je pense. Et ça n'est même pas pour cette raison qu'elle n'est pas dans la sélection, mais pour une bête question d'orientation. A vrai dire, comme personne ne comprendrait quoi que ce soit à la présence de cette photo et que ma chambre n'est pas un musée ultra fréquenté, tant que le truc n'est pas collé, il n'est pas exclu que je change d'avis. Comme quoi on dit être bouleversée par l'art, et c'est la blague et le joli souvenir autour qui l'emportent).