Sacrip'Anne

« Oui, je sais très bien, depuis longtemps, que j’ai un cœur déraisonnable, mais, de le savoir, ça ne m’arrête pas du tout. » (Colette)

lundi 1 février 2021

Sorcellerie et maraboutage en CP

Les enfants, c'est comme la cuisine. Pas la peine de vous mêler de les éduquer si vous n'êtes pas capables d'un peu de sorcellerie, pour paraphraser ma chère Colette, et ça n'est pas pour moi une découverte récente !

Pour autant, j'ai été récemment remise le nez sur cette question existentielle par le jeune Lomalarchovitch, 6 ans et demi au compteur.

Depuis la rentrée au CP, il est abonné aux remontrances et au fait d'entendre plus parler de son comportement que de sa réussite académique, qui est pourtant spectaculaire.

Alors on s'est demandé : serait-il comme d'autres de ces enfants en avance qui s'ennuient et mettent un bazar sans nom en classe pour s'occuper ? Le connaissant, pas impossible.

Pourtant, il y avait quelque chose dans tout ça qui tirait ma sonnette d'alarme intérieure. Déjà, certains comportements, il les avait exclusivement en classe. Pas à la récré, pas à la maison, en classe. (Enfin d'autres en récré ou à la cantine, mais pas ceux là qui consistent notamment à écrire par terre, sur sa chaise ou sur des objets)

Mais tiens mais tiens. Que se passe-t-il en classe qui transforme mon enfant, certes exubérant et à la pente caractérielle bien portée sur le coup d'éclat, mais quand même gentil et raisonnablement raisonnable, en démon scolaire au point qu'on redoutait l'heure d'aller le chercher - et de se faire raconter par la maîtresse sa dernière invention (gribouiller sur l'horloge de la classe qu'en plus elle a achetée sur ses derniers personnels. Pas d'inquiétude, le gel hydroalcoolique a des vertus nettoyantes incroyables et l'horloge est toute propre).

IMG_20210116_112805.jpg, fév. 2021
Famille de sorciers

Finalement à force de parler avec fiston, il nous a expliqué une chose. Que sa maîtresse elle "crie" beaucoup. Que même quand ça n'implique pas Lomalarchovitch, il est très stressé et ne sait pas trop quand il va avoir la maîtresse sympa ou celle qui crie. Et que du coup il n'était pas très serein en classe. [1]

Forcément cet enfant qui bénéficie d'un accompagnement pédagogique individuel depuis le mois de novembre de la petite section [2], s'est retrouvé un peu déboussolé. Même à 11 élèves en classe, quand ça fait du bruit en CP, ça fait du gros bruit, qu'il vienne des uns ou des autres.

Du coup nous avons parlé beaucoup d'apprendre pour soi, pas pour faire plaisir à la maîtresse. D'être soi-même bon élève / bonne attitude pour tenter de passer sous les radars. Et de philosophie pour supporter le reste en attendant la sortie.

Enfin, cerise sur le gâteau, j'ai fait un bracelet brésilien qu'il porte triomphalement autour du poignet. Ce bracelet, c'est l'esprit de "mini Maman" qui l'encourage à respirer lentement, à se dire que tout ça va passer. A qui il peut faire un bisou discret pour se donner du courage.

Et bien figurez-vous que ça marche au moins un peu. Voici notre Lomalarchovitch doté de deux semaines entières avec un "lion du comportement" vert triomphant, et un enfant qui peu à peu apprends à gérer ses émotions…

Bon évidemment il a tiré comme une brute pour tester les nœuds, forcément semi arrachés par sa poigne, du coup je lui ai mis un bouton pression qui tient mal, mais cette nuit il a perdu son bracelet dans son lit, et j'ai dû répondre à son inquiétude que oui, les ondes de mini maman avaient suffisamment imprégné son poignet pour que la journée se passe bien quand même, le temps que je retrouve le bracelet et que je lui attache plus fermement.

Et puis il reste des sujets à gérer, sur le respect des règles et autres joyeusetés. Il ne se sent pas aimé à l'école et répond mal à ce mal-être, on dirait.

Mais quand même. Les bracelets marabouts et les bisous magiques, ça garde un pouvoir impressionnant, je trouve.

Notes

[1] On en a parlé hier avec elle et elle n'a pas cette impression, du coup on les laisse faire chacun leur bout de chemin avec ce début de conversation).

[2] Rappelons que la super Déborah a été quasiment le voler dans la classe où il était pour l'inviter tous les après-midis chez les moyens, puis qu'elle a fait double niveau moyens-grands par la suite pour le garder deux ans et l'accompagner vers l'élémentaire

lundi 16 novembre 2020

Heureusement que Franck est là

Oui, heureusement que Franck est là. Parce que j'ai une petite tradition intérieure qui consiste à faire un billet à chaque mise à jour.

Et si Franck n'avait pas sorti la 2.18 ces jours-ci, je vous le dis tout net, ça serait silence radio.

Depuis plusieurs semaines de nouveau happée par le boulot, puis reconfinement, ce qui signifie comm de crise, ce qui signifie stress et zéro bande passante.

Et de nouveau la vie confinée, avec le rythme quotidien des allers-retours à l'école (sauf aujourd'hui, Lomalarchovitch était enrhumé et à sa grande joie, les enfants goutte au nez -toussotant ne sont pas pris à l'école !).

Du boulot largement de quoi s'occuper, la maison à faire tourner avec ses deux repas par jour à imaginer, réaliser, sortir à l'heure même quand on a une réunion juste avant, les machines qui s'enchaînent.

Et pour le temps libre besoin de vide, finalement. De calme absolu, de ralentir et souffler.

Alors c'est pas complètement le rythme de création littéraire effréné de cet été.

Mais comme finalement, tout va bien, tout n'est pas si grave.

Quoi qu'il en soit : merci Franck :)

lundi 21 septembre 2020

Voilà, c'est fini

Ca y est. L'auberge des blogueurs a fermé ses portes. Le forum est ouvert aux lecteurs non joueurs qui peuvent maintenant nous y démasquer.

Quel bel été nous avons passé ! En dehors de l'organisation, au cordeau, et au plaisir de jouer ensemble, j'y ai vécu une aventure littéraire peu commune.

J'ai écrit plusieurs personnages au cours de l'été.

Tout d'abord Calliste Saunier, une quadra qui a largement dépassé le bord du burn out et se reconstruit lentement. Ce personnage était très Sacrip'Annien, si j'ose dire, et n'a pas été mystérieux très longtemps. Au cours du séjour elle rencontre Artus, artiste peintre et père célibataire et... vous n'avez qu'à lire !

A la fin du premier séjour de Calliste (elle est revenue pour faire la fermeture de l'auberge !), Kozlika m'a proposé[1] de voir ce que donnerait un personnage beaucoup plus éloigné de moi, et c'est ainsi qu'Alexeï Fédorovitch Dolgoroukov, homme de compagnie du pseudo Comte pseudo Romanov est né.

Au-delà du plaisir de faire une surprise à la révélation à mes camarades de jeux, j'ai eu un gros coup de foudre pour ces personnages. J'ai parlé une partie de l'été avec un accent russe de pacotille, imaginé des situations ubuesques, parfois ri à mes propres conneries, pleuré, aussi. J'ai beaucoup regretté qu'on ait pas fait pour de vrai la tournée du ravito avec les auteurs des personnages concernés, entre autres !

Il y a plein de matériel dans ma tête pour étoffer l'histoire de ce Comte et ça fait partie de mes envies pour le prochain confinement les mois à venir que de continuer un bout de route avec lui.

Car, même si à l'auberge nous avons ri et tempêté avec lui, il y a tout un avant à raconter alors, pourquoi pas ?

Par ailleurs, l'auberge était aussi le lieu d'interactions entre personnages. Parfois certains de mes camarades avaient très envie de "gagner" contre le Comte, de lui river son clou, ce qui normal, agaçant qu'il soit. Maintenant je voudrais être libre de son destin !

En tout cas merci à tous ceux et toutes celles qui l'ont fait avancer avec moi, ont contribué à le définir et ont été tristes avec moi quand est venue l'heure de finir l'histoire.

Et merci à toute l'équipe d'organisation pour ces mois sur du velours. Vous êtes des grands malades, indispensables à la vie.

Vous n'avez pas encore lu ? C'est ici !

Note

[1] Et merci à elle d'avoir provoqué ce déclic <3

vendredi 10 juillet 2020

Adolescence, cette fascinante mue

En préambule à ce billet, que j'aurais mis 18 mois à me décider à écrire, je précise que j'ai demandé l'autorisation à Cro-Mi. Il s'agira, après tout, d'aborder un sujet qui concerne sa vie privée. Sa réponse a été :

D'acc ! Bah t'inquiètes pas :)

Certain(e)s d'entre vous le savent, d'autres ont un peu deviné, Cro-Mi nous a dit quelques jours avant Noël 2018 qu'il se sentait garçon et souhaitait désormais qu'on le genre comme tel.

Nous étions ensemble son père et moi et je dois dire, en préambule bis, que nos avis divergent sur ce sujet mais que les échanges entre co parents se passent dans le plus grand respect l'un de l'autre.

Quoi qu'il en soit je pense qu'on devait avoir l'air bien cons, les bras tombés au sol et la mâchoire décrochée.

Vous savez ce moment précis où votre cerveau ironise en voyant les tripes se remuer en vous glissant qu'il va falloir mettre vos principes tout théoriques à l'épreuve d'une réalité bien proche ? C'était là.


Nous avons cheminé depuis. Cro-Mi de son côté qui réfléchit à sa vie, à son avenir, avec, me semble-t-il, pas mal de maturité et de courage.

Autant j'étais inquiète de ce qui se disait sur ces groupes Discord où la révélation lui est venue, autant je sais aussi pour l'accompagner depuis 14 ans que son sens de ce qui est bien pour sa propre vie est parfaitement développé et depuis fort longtemps.

Sa fibre militante est en éveil, la vibration d'indignation est à l'image des ados de 2020. Mais même si la forme est parfois différente de la mienne, je ne peux pas lui reprocher cette envie d'un monde plus juste où chacun trouve sa place.

Il y a des moments d'exaspération bien sûr, des moments de grands soupirs. Des moments où il faut lui rappeler son âge, pas toujours en regard avec ses ambitions.

Mais je suis épatée par cette petite personne qui guide sa vie comme il lui paraît juste et dont je ne sais jamais bien si son âge est plus près de 14 ou de 1000 ans.

Et son humour.


La chose qu'on nous dit le plus et sur laquelle nous divergeons avec son père c'est : oui mais ça peut changer.

Croyez bien que je suis convaincue de l'impermanence des choses. Que l'adolescence est une phase de mue où l'enfant rêvé par ses parents disparaît, parfois avec force démonstrations de brutalité, derrière la personne que l'ado voudrait être. Est.

Mais après tout suis-je la quadragénaire que je m'imaginais être ? Est-ce que si je deviens vieille je ressemblerai à la vieille dame indigne pour laquelle je m'entraîne avec assiduité ? Qui peut prévoir quoi ?

Alors que son père mise sur une situation qui peut évoluer, je me dis de mon côté que c'est sa réalité. A ce moment précis de sa vie. Et que je choisis de ne pas nier sa vérité, aussi grands soient les soucis que je me fais pour sa vie.


À la maison j'arrive à peu près à le genrer au masculin avec constance. Parlant d'elle à l'extérieur c'est souvent le pronom féminin qui sort, sauf auprès du tout premier cercle d'amies alliées qui ont vécu tout le chemin avec moi. Y compris quand il a fallu confronter mes principes à la réalité à la première visite de sa copine (qui est, bien entendu, une meuf trans de 18 ans. Qui est également une chouette personne avec qui on rit pas mal et, après quelques passages chez nous, je trouve leur relation apaisante pour chacun(e) des deux).

Je prends lentement le pli de lui demander ce qu'il en pense, situation par situation. Comment tu veux qu'on fasse avec les grands-parents (au courant, mais pas immergés dans la situation ? À l'hôpital je t'ai genrée au féminin prise par l'urgence, mais maintenant chez le docteur je suivrai ce que tu veux, ok ?

C'est parfois calamiteux de passage de l'un à l'autre mais je prends le parti d'en rire. Ça n'est pas un pronom personnel, ni même un prénom, qui définit mon enfant.


Au-delà de sa vie, de son avis, je m'interroge sur ce mouvement de fond qui fait que tant d'ados se questionnent sur le genre. <est-ce simplement un effet de parole plus simple, de plus grande acceptation ? (Je doute) Que s'est-il passé pour que le genre devienne une question si prégnante dans la mue adolescente ?


Rires familiaux, n'empêche, quand Cro-Mi prend son air "Jean-Michel Maturité" pour nous dire que "oh moi, je ne fais pas une trop grosse crise d'ado, hein".

LOL. Dans le genre questionnement identitaire on se pose pas mal, quand même, je trouve.

mercredi 8 juillet 2020

En replay ce soir, nous vous proposons le conseil municipal

J'ai enfin pris le temps de regarder le replay du premier conseil municipal de la nouvelle mandature.

Alertée par ma voisine M. qui a trouvé le conseil dissipé, les élus maladroits, je m'attendais à un long pensum (et on ne va pas se mentir, les dépouillements sont parfois un peu longuets).

Quelques points m'ont particulièrement marquée, pour ce premier conseil.

L'émotion provoquée par ces nouveaux élus. Certains ont déjà eu des responsabilités politiques, d'autres jamais. Alors oui, il y a eu des cafouillages, en particulier sur le sens du port de l'écharpe. Les plus expérimentés sont secourablement venus prêter main forte aux novices.

Oui il aurait pu y avoir brief, répétition. Oui il est crucial que les élus s'appuient sur l'expérience des fonctionnaires de la mairie. Mais bon. La nouvelle majorité est diverse, politiquement mais aussi de genres, d'origines, de quartiers, d'âges.

C'est la "vraie vie", celle de nos quartiers populaires aussi, qui est sur la photo de groupe et c'est ce qui me reste de plus fort que les petites approximations à la tradition républicaine. Ils apprendront bien assez vite. Je suis moins sévère que ma voisine à ce sujet :)

La dissipation. Alors clairement, il y avait un coin en haut à gauche des gradins absolument enthousiaste et déchaîné. Résolument de parti pris, en particulier quand il s'agissait de montrer son soutien aux élus des quartiers populaires. Ils ont été régulièrement rappelés à l'ordre mais n'ont pas pu se contenir plus de quelques minutes à la fois.

J'ai commencé à hausser le sourcil. Du grain à moudre pour l'opposition, dont les soutiens ont été plus discrets (peut-être absents, ou moins bruyants). Plus "convenables" au regard de la tradition.

Et puis au fur et à mesure du déroulement je me suis demandé si malgré tout, il ne fallait pas en retenir un formidable enthousiasme des jeunes de Colombes pour la politique locale, après l'avoir boudée si longtemps.

S'il ne faut pas non plus se regarder en face et se dire qu'après les avoir si souvent exclus et méprisés des discussions, on peut vraiment leur reprocher de ne pas maîtriser les codes de ceux qui se sont appliqués à ne pas les partager. S'il ne fallait pas que la république s'adapte aussi un peu à eux et pas seulement l'inverse, ce qui ne nous a pas vraiment réussi jusqu'à présent. Si ça n'était pas ça aussi, la démocratie (?)

Le seul reproche réel que je forme est l'absence totale de respect des gestes barrières pendant le conseil. Joie, certes, mais exemplarité surtout. J'espère que pour le conseil de ce soir le message aura été passé. Il sera d'autant plus facile de demander aux gens d'adhérer à certains comportement qu'ils verront leurs représentants le faire.

Et enfin, je retiens l'immense popularité, me semble-t-il justifiée, de Fatoumata Sow. Elle n'en est pas à son premier mandat et est connue pour son implication et sa facilité d'accès. Et il me semble qu'elle a tout ce qu'il faut pour être la prochaine femme maire de Colombes.[1].

Ce soir, attribution des délégations et budgets au programme. Stay tuned ! (Non je ne vais pas bloguer exclusivement sur notre actualité municipale, voyons !)

Note

[1] Ce qui ferait probablement bouffer son chapeaux à quelques uns, mais bon