Sacrip'Anne

« Oui, je sais très bien, depuis longtemps, que j’ai un cœur déraisonnable, mais, de le savoir, ça ne m’arrête pas du tout. » (Colette)

mercredi 22 avril 2020

Journal de confinement #6

Et la vie suit son cours.

J'ai l'impression que nous sommes assez acclimatés maintenant à cette drôle de vie. Moi qui croyait que le télétravail 5 jours sur 5 n'était pas fait pour moi, finalement, je trouve ça plutôt confortable, à la nuance près que les trajets à vélo me manquent ! En tout cas à part pour voir certains collègues je n'ai pas particulièrement hâte de retourner travailler à mon bureau.

Nous sommes bien conscients de notre confort et tentons d'en savourer chaque moment, même si j'avoue que, tout privilégiés que nous sommes, les infos sur les économies réalisées pendant le covid m'exaspèrent un peu (le budget bouffe à 3 repas par jour pour 3,5 personnes, avec quelques augmentations notables, rattrape largement ce qu'on a pas dépensé. Sans parler de quelques achats pour travailler confortablement).

Quoi qu'il en soit on vit la plupart des journées en douceur. Le grand soleil dehors est à la fois frustrant et réconfortant : l'appartement est lumineux et on vit mieux l'enfermement dans les rayons dorés qui passent par les fenêtres.

Parlons maintenant des sujets qui fâchent ! Le pain ! Le levain !! Je vois fleurir sur les internets des agacements à des degrés plus ou moins amusés sur ce sujet.

J'avoue que pour nous, faire le pain n'est pas un sujet neuf. On a pas de bonne boulangerie tout près de la maison et on fait notre pain depuis plusieurs années. Avec des farines de qualité achetées hors hypermarché, en général (ah l'épeautre !! La farine de seigle, les farines complètes, miam !)

Notre nouveauté à nous c'est le levain. Une nouveauté assez inattendue car je n'aime pas beaucoup le goût du levain, en tout cas pas dans tous les pains. Mais nécessité fait loi et les ruptures de stock en continu dans les magasins nous a conduits à passer le cap.

Du coup on s'extasie de nos productions de pain comme au premier sorti du four, et on s'échange tuyaux et astuces entre néophytes et initiés.

Nous, ça nous amuse. Y en a que ça gave. Et ça se comprend fort bien.

Je promets donc solennellement pour ces derniers limiter les photos de Marius Balthazar en pleine expansion et des jolis pains réalisés avec son aide.

jeudi 2 avril 2020

Journal de confinement #5

Lomalarchovitch a trouvé une façon magnifique d'occuper son temps de confinement en répondant à ses besoins de sociabilisation.

Il passe une bonne partie de sa journée au téléphone à donner de ses nouvelles (comprendre : raconter en moindre détail la vie et l'oeuvre des Pokémon) à toute son ascendance. Grands parents, beaux grands parents, grands oncles et grands tantes, à peu près tout ses aînés en France y ont droit.

C'est ainsi qu'en plein tunnel de concentration sur un sujet chiant, je suis parfois prise d'un éclat de rire en l'entendant chanter "Lundi, des patates" avec l'un ou raconter une histoire sans fin à un autre.

La génération du dessus essaie de tenir avec vaillance son babillage au long cours. Certains ont demandé à être ajoutés sur la liste des appels. Parfois on sent poindre un peu d'ennui dans leurs réponses mais ils ont l'air, surtout, de goûter sa compagnie téléphonique.

Compagnie qui finit souvent abruptement car Lomalarchovitch ne sait pas prendre congé. Quand il a fini ce qu'il avait à dire (personne n'est à ce jour capable d'en prévoir le moment), il raccroche. Parfois il va jusqu'à un "à plus'".

Et nous on regarde hilare le nombre d'heures monter, bien contents d'avoir un forfait illimité sur notre fixe. Et bien contents de l'entendre renforcer son lien à sa famille, un peu en mode dictatorial, mais plein de tendresse.

Voilà, sur les trois, on en a un qui aime téléphone.

Comme la brioche de confinement (prochain épisode ?) ça restera un de nos chouettes souvenirs de ce moment pas comme les autres de nos vies.

lundi 30 mars 2020

Journal de confinement #4

Il n'a pas a fallu attendre de pandémie mondiale pour que je sois en colère contre les politiques qui ont démonté, brique après brique, nos systèmes de santé, d'éducation, de solidarité.

Evidemment cette colère est particulièrement à vif en ce moment.

Mais alors le truc qui m'agace au plus haut point c'est de voir des gens, qui ont probablement voté avec enthousiasme pour les dits politiques, se mettre à la fenêtre tous les soirs à 20 h et applaudir. Fascinante étude massive de dissonance cognitive, et malheureusement peu de probabilité que cet épisode change d'un iota le résultat de leur prochain vote[1]. Y dit qu'il a pas compris le rapport.

Dans mon quartier, le rendez-vous de 20 heures a été "légèrement" hacké.

A l'heure pile, retentissent du balcon d'un voisin trois coups de sirène. Puis un set de trois chansons. C'est tellement fort qu'on doit l'entendre bien au-delà des limites de notre quartier.

Et partout autour derrière les fenêtres ou sur les balcons, les gens chantent et dansent, le temps de ces trois chansons.

Puis 4 coups de sirène et retour au silence.

C'est impressionnant un quartier de 20 000 personnes silencieux et ce rendez-vous quotidien est un contraste saisissant au reste de la journée.

Et d'une certaine façon ce détournement me réconcilie un peu avec le rendez-vous de 20 heures. Ça ressemble plus à un hymne à la vie qui est toujours là, à l'énergie brute derrière les fenêtres prête à jaillir dès que les portes rouvriront.

Note

[1] Si on a toujours le droit de voter en sortant.

jeudi 26 mars 2020

Journal de confinement #3

So far, so good.

L'avantage de bosser pas mal et d'avoir un petit à gérer à nous deux, c'est que les journées filent sans ennui, on se trouve même un peu ébahis devant le peu de temps libre qu'il nous reste (ça fait des jours que je me dis qu'il faudrait que j'attaque la confection de nos pyjamas assortis, et que le temps de tout sortir il sera l'heure de tout ranger).

Même si on y met du mou, on essaie de garder Lomalarchovitch dans un horaire qui ressemble à celui de la vie habituelle, histoire de ne pas partir en vrille, histoire que la reprise soit en douceur.

A propos de Lomalarchovitch, on a senti hier des premiers grincements, ce matin encore. Alors Noé l'a sorti, une heure pour courir après son ballon au square d'en bas. Enfants à distance les uns des autres...

WhatsApp Image 2020-03-26 at 09.58.16.jpeg, mar. 2020

Mais notre poussinou en est remonté les joues rose vif et le moralremonté. Il va falloir tenir dans la durée et j'essaie de lisser les petites bulles d'agacement car la suite sera de plus en plus dure, j'imagine.

Cro-Mi est selon le rythme adolescent dans une sorte de confinement perpétuel. On se croise aux repas, on se regarde une série vite fait le soir et puis à demain. Environ comme d'habitude. Au moins on ne peut pas se prétendre pris en otage de la bouderie adolescente :D

On s'organise pour la tenue de la maison, les courses restant le sujet le plus compliqué (plus de livraisons ni de créneaux de drive par chez nous, a priori, il va falloir sortir les tenues d'astronautes pour aller au Leclerc d'à côté, probablement).

La prof principale de Cro-Mi tourne à 3 ou 4 mails par jour mais comme on a un modèle super autonome sur les devoirs, je laisse faire. Pas trop inquiète pour sa déperdition de cerveau.

La maîtresse de Lomalarchovitch est plus prolixe mais pareil, on essaie de faire un peu tous les jours, mais notre grosse priorité est de s'assurer de leur bon moral. Le reste suivra.

J'admire le travail des enseignants qui bossent comme des cinglés en essayant de ne perdre personne en route. On a la chance et le luxe de pouvoir suivre facilement avec des enfants sans difficultés scolaires donc : pas la peine de rajouter du stress là-dessus.

Lomalarchovitch est souvent pendu au téléphone avec les membres de la famille. Il leur fait sa chronique des 4 murs, je pense qu'ils sont occasionnellement saoulés mais ça permet à tout le monde de profiter, aussi.

Et je mesure notre chance. On est pas (encore) malades. On va bien. On mange bien. La cohabitation est zen. Je vois de ci de là des gens déjà bien malmenés par ces 9 ou 10 premiers jours de confinement, douloureux à vivre, douloureux à lire.

Chez nous tout va bien.

So far, so good.

vendredi 20 mars 2020

Journal de confinement #2

J'ai vu depuis le #1 qu'une autrice avait entrepris un journal beaucoup plus bucolique que le mien.

Chez nous c'est du vrai de vrai confinement, le seul espace extérieur, c'est la fenêtre ouverte (dont j'use depuis plusieurs jours pour avoir l'impression de travailler "dehors").

Pour le moment ça fonctionne. Lomalarchovitch est globalement joyeux et coopérant, il aide à faire le ménage et nous lit les blagues de son carnet de blagues (enfin celui de son "J'aime Lire", il ne les a pas écrites lui-même). Il y a bien sûr quelques agacements mais rien qui dure plus de quelques minutes.

Les chats se prélassent, ce qui me rend jalouse comme un pou. J'aimerais pouvoir glander à la maison, moi aussi défoncer la bande passante mondiale en binge watchant Netflix. C'est pas pour tout de suite.

Au moins je n'ai pas vu cette première semaine de télétravail passer, consolerons-nous. Mais entre pression du boulot et lecture de Twitter, je vois bien que pour durer dans le temps il va falloir aller chercher un peu de hauteur et de distractions !

Vivement ce soir qu'on se couche et ce week-end qu'on se repose enfin un peu (enfin moi, en tout cas).

Au programme confection de gel hydroalcoolique pour nos rares sorties. On a le DIY qu'on peut !

Et puis peut-être un peu de couture si j'arrive à trouver de l'énergie.

So far, so good, d'un point de vue de notre bulle.

Pas de celui du monde qui nous entoure et ça n'est pas rassurant pour l'apès.

On sortira de chez nous couteau entre les dents, sans doute. Enfin pas mes couteaux, ils coupent trop bien.

D'ici là... j'y vais, j'ai réunion.

Portez-vous bien.