La vie et toutes ces sortes de choses

mardi 8 avril 2014

Nous sommes tous des extra-terrestres

L'autre soir, je regardais un documentaire sur l'histoire de la terre sur National Geographique (ou une autre chaîne du câble par là-bas au fond).

C'était fort intéressant, encore que basé sur des parti-pris (sans qu'il soit jamais dit que c'était l'un des parti-pris et non un consensus scientifique).

Bref. Assez vite, donc, on nous explique que la terre a été bombardée de comètes porteuses de glace, qui sont à l'origine de l'essentiel de l'eau sur notre planète. Puis que d'autres comètes ont apporté d'autres particules, et que la combinaison des deux mènerait, un peu après, aux premiers frémissements de la vie.

Du coup je souriais en me disant que le monde dans lequel on vit passe un temps énorme à rejeter celui qui n'est pas comme nous. Alors qu'au fond, on est tous extra-terrestres, si on remonte un peu loin dans nos arbres généalogiques.

Mon Enchanteur qui est plus poète que moi préfère citer l'admirable Hubert Reeves et parler de poussière d'étoiles.

Fort heureusement on a refait consensus un peu plus tard devant la mort des derniers dinosaures (il y avait là un T-Rex qui surjouait un peu, si vous voulez notre avis).

(J'aime beaucoup ces moments où se mélangent rêves éveillés, science qui nous est offerte et rigolades).

mardi 1 avril 2014

Boum

Or donc.

On était samedi matin, il faisait soleil. On se préparait pour aller au marché et je rigolais sur mon haut qui avait subitement rétréci, particulièrement dans la région abdominale.

On s'est mis en route, pieds nus dans nos chaussures pour les grands, lunettes de soleil sur le nez.

Et paf, le chien. Ou plutôt boum.

Trottoir mal réparé, cheville qui tourne. Tentative de rééquilibrage mal négociée, la faute, sans doute, à ce putain de centre de gravité qui n'est plus jamais à la même place ces derniers temps.Boum sur le genou droit, puis boum sur l'avant bras (oui le droit, forcément, oui, je suis droitière sinon c'est pas drôle).

36 étoiles, douleur vive, tête qui tourne, on passe sur notre sidération collective, je me rassied, tâte de partout, constate que les choses ont l'air en place et que si j'ai mal, aucun os ne me fait hurler. Mon Enchanteur arrive (et c'est héroïque) à me remettre sur pattes et on finit la route jusqu'au marché (pause sur un banc, nerfs qui lâchent un peu, pleurs, soufflage).

Petit à petit je digère la chute et retrouve un peu de couleurs, quand on croise notre ancien maire (enfin il l'était encore à cette heure-ci) qui vient gaillardement me serrer la main (bonjour), avec qui on parle 5 minutes et qui me resserre vigoureusement la main (au revoir). Aïe quand même.

Retour maison.

Attente trop longue à mon goût du moment où je sens des mouvements du petit être à l'intérieur de moi (qui finit par me rassurer quand je mange, comme d'hab, quel fils de son père, çui là).

Depuis, je contemple avec amertume les limites du paracétamol. Ça va mieux de jour en jour, mais j'aurais clairement pas dû conduire ce matin.

Bobo.

vendredi 21 mars 2014

A quelques heures du vote

On a de la chance, chez nous, ce n'est pas trop difficile de savoir pour qui voter aux municipales. Le maire sortant a l'air d'un chic type, son bilan est tout à fait montrable, et en plus on l'a déjà vu pour de vrai !

Ce qui n'empêche que la concurrence s'agite, notamment en raison des multiplications des listes dans son camp.

C'est ainsi que l'équipe de la maire d'avant (huhuhu la sale liaison) bat le pavé à la sortie des marchés et supermarchés. C'est exotique, on ne les voit qu'en période d'élections. C'est comme les cerisiers du Japon, ça donne une idée de la saison, en somme.

Bref, l'autre jour, l'une d'entre elle voulait nous fourguer un bracelet pour la Journée de la Femme. Comme elle était plus petite que moi je l'ai toisée de toute ma hauteur et de tout mon militantisme pour lui dire "C'est la Journée de LUTTE pour les DROITS des Femmes, pas la Fête des Mères...".

Et elle de me répondre : "ah mais on peut lutter avec un bracelet, hein, huhuhu".

Il faut dire que ce parti a fourni nombre de manifestants ces mois derniers au rangs des cathos homophobes intolérants arriérés et bouchés de l'entendement, du coup on ne s'attend pas à beaucoup plus pertinent.

Hier soir, coup de sonnette. Ils voulaient s'assurer qu'on avait bien le programme de leur candidate.

Il faut vous dire qu'on habite un quartier surnommé "le petit coeur rouge" de notre ville, autant vous dire qu'on a quasi plus de chances de croiser un zébu en rut qu'un militant de chez eux, par chez nous.

Bref. Mon Enchanteur qui est un garçon bien plus gentil et poli que moi les a éconduits fermement mais courtoisement.

Depuis je rumine. Je regrette de ne pas leur avoir ouvert la porte et monté un grand sketch façon "mais avec tous les étrangers qu'il y a dans le quartier, vous n'avez pas peuuuuur ?? Et qui sais, si ça se trouve, on a peut-être aussi des homosexuels, allez savoir ?". Avant de les envoyer à ma voisine / copine et coco préférée, Marcelle, qui les aurait probablement reconduits manu militari aux frontières du centre-ville.

Oui je sais. C'est pas gentil et assez mal élevé.

Mais figurez-vous qu'en plus d'être hypothyroïdique, je suis également hypotolérante à la connerie.

mercredi 12 mars 2014

"Petits bobos" et autres propagandes

Resituons le débat.

Je n'ai AUCUN problème avec la fertilité et j'en suis fort heureuse. Je suis tombée enceinte très vite quand je l'ai voulu, jamais quand je ne l'ai pas voulu, avec des bébés qui poussent comme sur un sol fertile (enfin, celui en cours, jusqu'ici, celle déjà née, elle est fracassante de vie exubérante, j'en conclus qu'elle va bien).

Tout ça pour dire que l'état intéressant dans lequel je me trouve est une conséquence directe de choix de notre couple et que donc je ne m'en plains pas.

Mais bon.

A défaut de me taper les insupportables nausées du premier trimestre et plus si affinités, me voici affublée de la carte "douleurs ligamentaires". Ce n'est pas une surprise, c'était déjà le cas la première fois et j'ai huit ans de plus, autant dire : un corps moins jeune, moins adapté. Bref. J'en chie encore plus, en résumé.

Et je sais que ça va empirer dans les semaines à venir.

Je cherchais donc si quelqu'un avait parsemé les internets avec des remèdes de grand-mère qui auraient le bon goût de ne pas franchir la barrière placentaire. Autant vous dire : la quête du Graal. Quand on tape "grossesse" il y a un bot qui coupe tout le contenu intéressant du net et qui remplace par ce message unique : "ces petits bobos sans gravité disparaîtront après l'accouchement".

Le cri primal qui me monte aux lèvres, c'est "petit bobo, mais va te faire cuire le cul, CONNARD" (car forcément c'est écrit par un homme. Ou une femme sans enfants. Méchante et cruelle. Bref).

Alors et d'une, est-ce que vous avez vu une femme enceinte se plaindre de la gravité de ses tourments ? Non. On trouve ça douloureux, chiant, handicapant. Personne n'a prétendu qu'on allait en mourir, alors on a pas BESOIN qu'on nous fasse la leçon sur le fait que "rhooo lala c'est pour la bonne cause, fais pas ta chochotte, c'est même pas grave, en plus. C'est rien qu'un petit bobo".

Ne minore pas mes tourments ou je te fais accoucher par les narines, pigé ?

Et ensuite ce nirvana supposé qu'est supposé être l'après accouchement. Essaie de t'assoir après avoir expulsé la chair de ta chair du fond de ta chair. La foufoune en vrac, le bassin en kit Ikéa, le dos explosé et potentiellement une cicatrice d'épisio qui te rappelle, entre deux moments d'extase corporelle, qu'on est quand même là pour enfanter dans la douleur.

Alors bon. Que la médecine et l'humanité considèrent que les remèdes seraient pires que le mal, c'est une chose. Mais du coup, si vous n'avez pas de réponse, vous n'avez droit qu'à UNE réaction, ou alors je déverse un tombereau d'hormones déchaînées sur vous et les 17 générations qui vont suivre[1]. Une seule réaction, donc : la COM-PA-SSION.

Et le prochain qui parle de "petit bobo", je m'arrange pour qu'il expérimente dans sa chair avant qu'on en recause, ok ?

Note

[1] pour de vrai je ris de mes malheurs et j'essaie de vous en faire rire et de relativiser, ne croyez pas que j'ai la moindre énergie corporelle à déchaîner sur vous, là tut'suite

lundi 10 mars 2014

La place de Moukmouk

Il y a quelque chose comme 10 ans de ça, des mails ont commencé à surgir dans les boîtes d'un certain nombre de blogueuses.

Ils provenaient d'un ours blanc qui nous contait des histoires d'oiseaux, de baleines et d'Anouk, son ourse à lui, en commençant par "Kwekwe" et avec des noms indiens à peine prononçables parfois.

Des mails qui font ouvrir des grands yeux effarés (mais qui c'est ce tyyyype ? ) et très vite des grands yeux ravis (encoooore des histoires !).

Bernard, dit Moukmouk de Pohénégamouk, s'est un peu fait tirer l'oreille par les unes et par les autres avant d'ouvrir son blog. Il était très complexé sur son écriture, à grand tort. Mais il a fini par le faire et a régalé encore bien plus de personnes avec ses contes, et puis partagé ses réflexions sur le monde et le climat, et les hommes entre eux.

J'ai eu la chance de le voir une fois. Je ne me souviens plus pourquoi, j'étais coincée chez moi et il en était ravi, parce qu'il trouvait que nous autres les français on tenait les visiteurs à l'écart de nos foyers et qu'il voulait voir à quoi ça ressemble, l'intérieur des maisons chez nous.

J'ai découvert son solide accent, ses moustaches, ses yeux qui pétillent, et on a passé l'après-midi à parler et à rire comme si des années, des cultures, des kilomètres n'auraient pas dû empêcher qu'on se rencontre.

Bernard, Moukmouk, quasi jumeau de mon père, m'a été une sorte de grand frère bienveillant. Pas un de ces messages qui ne contenaient pas à la fois un peu de rêve, de consolation quand il en fallait, de tendre soutien quand il y en avait besoin. Et des échanges autour de l'écrit, du fait de transmettre, de raconter.

Ça doit faire un an que je n'ai aucune nouvelle de lui, même indirecte. Alors ok, il y avait cette blonde qui l'occupait un peu. Mais il y avait aussi des soucis avec son grand cœur généreux, des médecins qui voulaient opérer, lui qui ne voulait pas.

J'ai essayé d'écrire, bien sûr, à des adresses mail que j'avais, mais j'en ai perdu aussi dans le crash de mon ordinateur, et je n'ai jamais eu de réponse, ni aux appels sur twitter...

Alors évidemment, je suis plus qu'inquiète.

Je ne sais même pas si l'inquiétude est encore de mise. Je sais qu'il manque. Et qu'il doit manquer à d'autres que moi qui seraient sans nouvelles...

Alors si quelqu'un sait ce que Moukmouk devient ou est devenu, je veux bien savoir.

Mais pour qu'on ne soit pas seul(e)s à trouver vide sa place, je propose à tous ceux qui ne le connaissent pas d'aller lire ses histoires. Vous apprendrez pourquoi c'est très mal élevé de dire "esquimau", notamment, et vous y ferez connaissance avec des tas d'oiseaux malicieux et des baleines pleines de sagesse.

Edit du soir : une bouteille à la mer m'apporte cette réponse : Moukmouk va bien. Rien de plus mais déjà ce soulagement. Il ne reste plus qu'à l'imaginer heureux dans ce morceau de sa vie loin des claviers