La vie et toutes ces sortes de choses

vendredi 22 juillet 2016

Avec et sans eux

Il a deux ans. Chaque contrariété (aussi minime nous semble-t-elle, mais notre point de vue est singulièrement différent) génère un piaillement suraigu.

Il a un niveau de patience inférieur à zéro, a besoin d'un public 95 % du temps et nous mange toute la ressource disponible.

Il fait une expérimentation périlleuse par tranche de dix minutes et est une sorte de test de résistance cardiaque à lui tout seul.

Mais quand je ne le vois pas ses tendresses et ses drôleries me manquent, ses mots de plus en plus assurés, ses phrases, ses rires.

Le vide qu'il laisse (en dormant dans la pièce d'à côté) est plus grand que le trop-plein qu'on éprouve parfois à l'endurer toute la journée.

Elle a dix ans. Et une vie gâtée mais pas forcément simple. C'est une diva, une attachiante, une beauté reloue, une angoissée tendre, un peu aussi.

Quand elle n'est pas là, la qualité du silence surprend. C'est caaaaalllme. Et puis on peut reprendre possession de notre lit, de notre télé, qu'elle squatte allègrement.

Il y a moins de bouderies mais moins de câlins.

Ils sont venus déjeuner avec moi ce midi et je l'ai laissée en larmes parce qu'on ne va pas se voir pendant deux semaines. Ma fille, cette dure à cuire qui, pendant qu'on regardait Le voyage d'Arlo me disait qu'on est pas non plus obligée de faire étalage de ses émotions (alors que je pleurais à gros bouillons).

"Je te préfèèèèèèèèèreuuuh" sanglotait-elle dans mes bras.

Alors quoi ? Tension passagère avec son père, effet "jeunes mariés" chez lui qui la gonfle ? Coup de blues très passage, les hormones Simone qui travaillent sa sensibilité ? Un petit manque de sommeil ou une des grandes décisions magistrales dont elle a le secret ?

J'espère avoir le temps de la voir un peu ce soir pour essayer d'en savoir plus.

Le vide qu'elle laisse est plus grand que l'espace qu'elle sur-occupe.

Avec eux, c'est épuisant, exigeant, difficile (mais aussi riche, drôle, vibrant d'amour, stimulant).

Sans eux, c'est plus reposant, c'est sûr.

Mais je préfère avec, tant, tellement.

(Bon, sauf peut-être pour un week-end once in a while, hein)

lundi 20 juin 2016

La valse

La semaine dernière, Lomalarchovitch a eu un truc qui ressemble suffisamment à une roséole pour qu'on se dise qu'il a probablement eu la roséole.

Bref, bébé un peu (un peu !) abattu, puis tacheté de rose mais sans appétit (SANS APPÉTIT !!). Puis bébé remis et hop, c'est reparti.

Vendredi soir, Cro-Mignonne avait froid. Un truc qui lui arrive une fois par an, et encore, les années bissextiles uniquement. La voici enroulée dans le plaid-doudou au bout de mon lit, je parlais avec mes parents au téléphone quand soudain, je réalise qu'elle s'est endormie (ENDORMIE !!!).

Le truc qui ne lui est pas arrivé depuis ses 5 ans et demi, quelque chose comme ça.

De fait, elle avait la chair de poule et plus de 38,5° de fièvre. On a annulé la pyjama party du lendemain et on a bien fait, ça a duré 36 heures comme ça sans autre symptôme qu'un mal de gorge fugace.

Et puis dimanche matin elle était remise et hop, c'est reparti.

Je l'ai rendue vaillante et en bon état (j'espère) à son père hier soir, et puis en faisant des bisous à son petit frère on l'a trouvé un peu chaud. Oui, il l'était un peu mais rien de méchant. Jusqu'à ce que ça grimpe et que finalement 38,3° et pas d'autre symptôme.

Ce matin c'était 38,5°, rieur et actif mais un peu branlant sur ses jambes quand même.

Comment vous dire ?

Un peu marre de la valse du Doliprane, là, tout de suite.

(Mais : que de câlins quand les enfants sont malades, oh oui oh oui !!)

vendredi 10 juin 2016

Colombes, quartiers abandonnés

Nous sommes donc un matin de juin 2016. Aux Fossés-Jean, quartier (très) populaire de Colombes.

J'ai croisé la directrice de l'école de ma fille, alors qu'elle sortait de sa voiture et que j'allais chercher la mienne. On échange trois mots, elle me dit que c'est compliqué, à l'école, qu'il y a une poignée de gamins incontrôlables qui perturbent les classes. Qu'on ne peut pas faire grand chose, qu'on a pas prise sur eux.

De fait, ce n'est pas la première fois qu'on constate la très faible implication des parents dans l'école : galères répétées pour trouver des parents accompagnateurs, une volontaire (sur 120 familles) pour organiser la fête de l'école... pour la partie la plus agréable. Mais aussi : parents ignorant les mots dans le carnet, les rendez-vous, ou alors ils viennent pour insulter la directrice, l'enseignant. Ou font oui oui de la tête mais semblent perdus.

"On a plus de mixité", me dit la directrice. Les familles les moins pauvres partent du quartier.

Faut dire, faut avoir un certain sens militant pour mettre ses enfants dans cette école dont les bâtiments se disloquent.

La municipalité nous répond, inlassablement "il y a 38 écoles à Colombes". Et il faut bien un dernier sur la liste, position que nous tenons fièrement depuis des années.

La municipalité argue que grâce à elle, les travaux de rénovation du quartier démarrent. La précédente dirait que c'est grâce à leur travail, la précédente que...

En attendant les équipements diminuent, les familles fuient, la misère sociale s'installe.

Qu'avons-nous fait pour en arriver là ? Nos politiques urbaines, sociales, montrent des limites, ça craque de partout.

Et la prise de conscience ? Niveau municipal, c'est à pleurer. Nous sommes la ville où, si un enfant vient à la cantine sans avoir été inscrit, il y a une pénalité. Jusque là, pourquoi pas ? Prix unique, 5 euros. Plus cher, donc, que le prix d'un repas (j'ai un QF de 6 et je dois payer un tout petit peu moins de 4 euros, donc pour la majorité des familles, ça peut même être le double). Et cerise sur le gâteau, il faut huit élèves "de dernière minute" minimum pour que la cantine centrale ajuste le nombre de repas livrés.

Récapitulons : un enfant vient à la cantine pour une raison bonne ou mauvaise alors qu'il n'a pas été inscrit dans les temps. Il va donc payer prix du repas + 5 euros pour avoir, potentiellement un morceau de la ration de ses camarades. Qui eux-même n'auront pas la quantité prévue pour leur repas alors qu'ils sont régulièrement inscrits.

Alors sur un plat de ratatouille pour 150 élèves, ça va, s'il s'agit de yaourts ou de portions indivuelles, ça devient plus compliqué.

Vous savez ce qu'a répondu la municipalité quand l'opposition s'est indignée de ces 5 euros sans nuances ? "C'est la justice sociale selon nous".

Ça doit se retrouver avec un peu de patience sur les vidéos des conseils municipaux de l'an passé.

Du coup quand ils nous font leur grand numéro sur les efforts pour notre quartier (qui doit représenter un petit quart des habitants de la ville), comprenez qu'on y croit pas trop, voire qu'un rictus crispé s'installe sur notre visage.

Mais vous savez quoi ? C'est de notre faute, on est les pauvres. On a pas mérité d'être riches et d'avoir la qualité de service public qui va avec. On a pas mérité des fenêtres qui ferment (ou ouvrent) dans une école étanche. On a pas mérité des réflexions sur l'urbanisation et le maintien d'une saine mixité, qui était pourtant une des grandes réussites de ce quartier il y a encore quelques années.

Et puis on s'en fout. On construit du neuf, le tramway arrivera au pied de la rue. Alors pendant quelques années ces nouveaux habitants plus riches mettrons leurs enfants dans le privé. Puis petit à petit on virera la misère sociale à coup de pression financière et de maltraitance dans d'autres villes, les plus riches gagneront, et là on reconstruira une école flambant neuve pour faire plaisir à cet électorat tout neuf, j'imagine.

Tant pis pour les mômes sacrifiés entre temps.

Tant pis pour le constat effarant qu'il y a des enfants de moins de 10 ans incontrôlables, et qu'on ne peut pas juste dire que c'est la faute des parents.

Tant pis pour la remise en question.

Après nous le déluge (et en plus on est en zone inondable).

Sauf si entretemps la colère des pauvres, de ceux qu'on maintient la tête sous l'eau en les traitant d'assistés devient plus forte. Et là qui vivra verra, la tête de qui sur quelle pique...

J'ai mal à mon quartier, j'ai mal à mes valeurs.

J'ai mal aux systématiques réponses des élus "c'est pas nous c'est les autres".

J'ai mal au monde.

mardi 7 juin 2016

Détail des tailles

Suite à cet article, et puis à celui de Sophie Gourion, ça a fait du bruit sur Twitter et Libé nous cite (merci à eux) (après l'intertitre "Fillettes" pour ceux qui ne veulent pas tout lire).

Et puis je suis allée chez Décathlon où j'ai fait le constat en live que ça marche presque à tous les coups, ces histoires de tailles filles plus petites que pour les garçons du même âge.

J'ai l'exemple des marinières Tissaia, Fille d'Album m'envoie elle aussi une photo issue de son shopping enfantin, du coup je me demande. Un tumblr où on rassemblerait tout ça ? Pour faire causer, pour illustrer, pour démontrer. Bonne idée ou pas ? Vous en pensez quoi ?

Par ailleurs il faut que je vérifie mais on m'oppose parfois que les enfants 3-10 ans ont des courbes genrées. Certes les courbes le sont, mais est-ce parce qu'elles sont sur une autre page qu'elles mentionnent des mesures différentes ? A vérifier dans le carnet de santé des mômes ce soir.

lundi 30 mai 2016

Est-ce que c'est un paradoxe ?

Je ne sais pas si c'est un paradoxe, cette dualité que je porte, ou bien si ce sont les autres qui amalgament ?

Ok, ok, j'ai la carrure, psychologiquement (et physiquement :p ) pour prendre sur mes épaules, pour organiser, prendre en charge. Faire la tour de contrôle, distribuer le job.

Prendre les décisions, piloter leur mise en œuvre.

Mais est-ce que ça veut dire que c'est OK pour moi d'être la seule "en charge" ? Ben non.

Ces derniers temps, il a fallu ajuster du budget et du plan de carrière, à la maison.

Alors oui pour optimiser, proposer, donner des idées, je suis là, pas de problème.

Mais depuis, encore plus que d'habitude, je me sens seule adulte à devoir vérifier où en est chacun, qui fait quoi, on sera ok pour le délai, et puis pour le mois prochain, comment ça va marcher ? On fait un point budget ce week-end ? Hey, on avait dit qu'on faisait un point budget, ce week-end. Et puis pour l'inscription à la cantine, tu auras les pièces ? C'est sûr ? Tu n'oublies pas d'y aller ?

Ça use, d'être l'adulte responsable. Même si j'y trouve du confort (une vague sensation de contrôler les possibles dérapages), et quelque chose qui me dit que je suis cap.

J'ai envie, aussi, qu'on s'occupe de moi, de mes creux, de mes états d'âme.

Qu'on s'inquiète de comment je vis, comment je le vis.

Et puis oui, techniquement, éthiquement, politiquement, je trouve que la fête des mères, c'est bof, mais que c'est quand même sympa un dessin. La grande a oublié (et m'a offert des smileys coeur sur hangouts pour se faire pardonner), le petit ne peut pas y penser, c'est en m'entendant en parler au téléphone avec mon père que son père s'est dit que...

Bref. On peut être gérer et avoir envie d'avoir un peu de soutien moral, de l'amour. De l'empathie.

Je ne doute pas qu'une partie des troupes en éprouve, en revanche pour l'exprimer, ils ne sont pas au top. Et pour saisir les perches non plus.

Alors je déprime un peu, entre le petit qui est en mode "j'ai presque deux ans", inusable pile dans la couche, la grande qui expérimente la pré adolescence, le genou toujours douloureux, le boulot éreintant, l'école qui a toujours plus besoin des parents d'élèves pour tout et n'importe quoi et l'autre adulte de la famille qui ne voit même pas que j'en chie. Et que j'aimerais bien, parfois, ne pas être la seule adulte en charge.

Ça va passer, je sais, je sais. Et puis la grande, quand même, sait voir et aider. Et puis l'autre adulte a appris à prendre des choses en charge. Et puis un jour je pourrais prendre du temps pour moi seule et reprendre mon souffle.

Mais là, le H24 sur la brèche, j'avoue, j'en peux un peu plus du tout.

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