vendredi 24 novembre 2023

Réactions à chaud à ma biographie non autorisée ?

Il est temps de sourire, un peu. Sans oublier la peine. Et ça tombe bien, hier il m'est arrivé un truc qui m'a fait littéralement pleurer de rire. Je ne sais pas si vous vous souvenez, les vieux des blogs, quand on scrutait les requêtes qui menaient à nous trouver pour en tirer des billets les plus drôles possibles ? J'ai eu droit à la version 2023 hier.

Mon alternante cherchait des infos de veille marché / concurrence et notre cheffe lui répond : "demande à Bard et ChatGPT, sinon". Tout doux, Bijou, m'exclamais-je alors. Je veux dire : c'est noté, son truc. En guise de démo sur la pertinence du sujet je tape dans Bard "Qui est Sacrip'Anne ?" pour obtenir un résultat... vraiment assez faux, mais bizarrement crédible.

Ca m'a fait marrer, mais pas trop vous sur les réseaux sociaux. Alors c'est pas grave, pour m'en souvenir dans longtemps, mes réactions à chaud et quelques idées précieuses pour l'avenir (oui, encore des conneries sur les internets).

Sacrip'Anne est le pseudonyme d'Anne G., une blogueuse et écrivaine française. Elle est née en 1979 et vit actuellement en France.
Alors les gars, si j'avais voulu me rajeunir, j'y serai allée carrément, dix ou quinze ans d'un coup. Là c'est mesquin.

Son blog, Sacrip'Anne, a été créé en 2006. Il est consacré à la vie quotidienne, à l'amour, au bonheur, et à la littérature. Anne G. y partage ses réflexions, ses anecdotes, et ses histoires.
C'est curieux parce que ça n'est ni l'année de création de mon premier, ni de mon deuxième, ni de l'actuel blog. Pourquoi 2006 ? Mystère et putréfaction. 2003, donc, pour ceux qui se demanderaient, au fond.

Elle a également publié plusieurs livres, dont :
Non. Et croyez bien qu'après la mort de Moukmouk, qui me poussait à le faire, la déception de ne pas être cap est d'autant plus cuisante.

366 Obsolètes à prise rapide (2012) : un recueil de phrases désuètes ou amusantes
Pas si loin mais non.

Les aventures de Lomalarchovitch (2013) : une série de nouvelles fantastiques
Lomalarchovith étant le surnom d'internet de mon fils (fils de Noé, donc, dans le texte), ses nouvelles sont toujours fantastiques. Mais toujours pas, non.

In bed with Sacrip'Anne (2015) : un recueil de réflexions sur l'amour et la sexualité
Alors hum. Non. Mais ça me donne des idées. J'ai déjà des titres en tête : "Ne faites pas ça chez vous (vous allez vous faire chier)", ou "La traversée du désert" (mais le sable, ça gratte), ou encore "Aussi longue sera la chute de la déception qu'est haute la montagne de la foi" ? Non ? Dommage. Bon, en tout cas, n'espérez pas trop une sortie prochaine.

Anne G. est une écrivaine talentueuse et sensible. Son écriture est à la fois drôle, émouvante, et pleine de profondeur. Elle a su créer un blog et une œuvre qui touchent un large public.
Mettons que "grand public" = vous, les 20 copains qui passez encore par là et on a une deuxième vérité !

Voici quelques citations d'Anne G. :

"La vie est un cadeau, alors profitons-en."
"L'amour est la plus belle chose du monde."

Non mais sérieux ?? Parce que j'ai pu dire des choses PROCHES de ça mais pas de façon aussi tarte, non ? C'est mon blog, qu'on cause, pas du dernier Giordano !!

"Les histoires sont essentielles."
Oui, ça peut-être, comme ça.

Si vous aimez la littérature, la vie quotidienne, et l'amour, je vous recommande de découvrir le blog et l'œuvre d'Anne G.
Je suis assez d'accord. Ca marche aussi si vous aimez rire, la musique, le cinéma, refaire le monde pendant des heures et quelques autres choses savoureuses de la vie.

mercredi 22 novembre 2023

Les voix au fond de la nuit

Je n'ai jamais été douée pour les émotions mesurées.

Fort heureusement, je crois que j'ai aussi la chance d'être particulièrement sensible à tous les petits riens joyeux, souriants, heureux qui jalonnent notre route, tous les jours. Et si je ne peux pas affirmer que c'est ça, la vie, un tourbillon d'émotions simultanées qui font qu'on peut être profondément triste tout en riant sincèrement à une blague ou en souriant à une douce attention, je peux en revanche vous dire que c'est comme ça que se vit la mienne, de l'intérieur.

Pour être honnête, ça n'est pas reposant, mais ça participe, je crois, à un truc assez puissant pour me ramener à la surface à chaque fois que j'en ai eu besoin. C'est pas rien. C'est pas rien du tout surtout quand, je vous le dis tout de go, on en chie. Et là, j'en chie depuis pas loin d'un an et demi. C'est un combat quotidien pour aller au delà de ma crise existentielle intérieure, mais aussi à d'envahissantes émotions qui ne m'appartiennent pas mais font contagion (pas assez d'empathie, c'est la merde, trop d'empathie, ça peut tourner à la damnation).

Tout ça pour dire que j'avais une conversation cet été dans laquelle je disais avoir été terriblement déçue d'avoir été laissée tomber quand j'en avais besoin. Et à m'interroger sur la question de ce qui m'aurait fait du bien.

Evidemment, on est souvent parfaitement aveugle quand il s'agit de soi, et puis tout ça s'inscrivait dans un ensemble tellement plus grand qu'une sorte de trahison émotionnelle liée à un seul sujet. Mais je me suis un peu convaincue qu'il y avait une malédiction des gens solides qui ont pour habitude de prendre en charge sur leurs larges épaules le bien-être de ceux qui les entourent (et d'un bon tiers de l'humanité, pour la beauté du geste).

On a eu à nouveau, il y a peu de temps, la même conversation (enfin pas la même, vous voyez bien, mais le même thème, faites un effort !) avec mon amie Joëlle. Qui est une sorte de jumelle pour moi sauf qu'elle est plus jeune, plus grande, plus belle, plus mieux. On a fini par constater de concert que demander de l'aide, c'est environ le truc qu'on sait le moins faire au monde.

C'est une super recette pour se sentir très seul(e) au monde, ça, aller mal, serrer les mâchoires, foncer dans le tas et ne surtout jamais dire à personne qu'on ne va pas bien et qu'on a besoin de quelque chose mais on ne sait vraiment pas quoi. Je ne recommande pas.

Alors voilà, j'étais assise confortablement sur des certitudes, enfin est-on jamais sûr de rien, non, bien sûr, mais une sorte de conviction intime que la vie n'a aucun sens autres que l'amour qu'on donne, si on a de la chance, celui qu'on reçoit, et la capacité à s'émouvoir pour le meilleur (quelques livres qui viennent s'entremêler avec nos fibres intimes, quelques chansons qui nous piétinent l'âme en trois notes, quelques moments d'humanité partagée, la beauté stupéfiante du monde). Et que dans le lot il y avait des malheurs auxquels on ne peut pas échapper et qu'au fond, on est toujours seul(e)s pour le faire.

Là-dessus mon ami Moukmouk se fait la malle. Pour toujours et définitivement. Il était très malade et dans ses derniers message, disait souffrir beaucoup et sentir que c'était la fin. J'espère que les médecins auront pu apaiser la douleur pour qu'il puisse vivre ses dernières heures le plus calmement possible. Lundi, j'ai passé des heures en boucle sur le fait que je n'avais plus du tout de nouvelles et que je pensais que ça y était, il était mort. Et que je ne le saurai pas. J'ai fait chier la terre entière, presque littéralement, avec ça (désolée).

Comme ça arrive parfois, les coïncidences, quelques heures après je suis tombée sur un tweet de Mouette Moqueuse qui annonçait le décès de Moukmouk quelques jours avant. On ne va pas fabriquer du sens avec des perceptions extra sensorielles, hein. Juste, y avait un paquet d'indices et des raisons de penser, tout s'est concentré sur lundi.

Et là faut faire de la place à une tristesse immense. J'ai eu l'impression de prendre un tsunami sur la gueule. Franchement ça me fait marrer, les gens qui se sont évertués à dire que les personnes qu'on rencontrait via les blogs, c'était pas la vraie vie. Ok on ne s'est pas vus de nombreuses fois dans la même pièce, mais Moukmouk, c'était mon papa bis (d'ailleurs ils sont nés à quelques jours d'écart), c'était mon ami des coups durs et des joies, c'est la seule personne qui m'a appelée baleine (enfin mégaptère) et que ça soit un immense compliment. Le seul qui a osé prendre le droit de m'appeler "petite fille" sans risquer de graves conséquences. C'était un confident, un troll de compétition quand il s'agissait des chats, un humain comme y en a pas des tonnes et assez irremplaçable. Vous avez beaucoup d'amis qui sont amérindiens, vous ? Et qui vous parlent d'histoires de la forêt ? Et qui aiment exactement comme vous êtes avec la tendresse que de rares personnes ont pour les humains tels qu'ils sont ? Moi j'en avais qu'un pour cumuler tout ça.

Si on additionne tous ces paragraphes, on arrive à un lundi soir où la vie commence à être salement moche, même pour un soir de novembre. Mais vos réactions. La sensation de ne pas être seule à pleurer. Et puis des mots dans la nuit. Enfin c'était pas vraiment au milieu de la nuit (enfin qu'est-ce qui n'est pas la nuit en novembre ?) Une phrase sortie de nulle part qui était exactement celle que j'avais besoin de lire et que j'aurais jamais su demander. Une dizaine de mots qui m'ont ancrée du côté où on sait que ça ne va pas mais que ça ira mieux. Qui m'ont accompagnée dans une nuit quasi blanche comme un mantra. Même pas des mots compliqués.

Alors oui, la route est longue. Il va falloir du temps, avant de parler de lui sans les larmes qui montent (et redescendent, soyons honnêtes. D'ailleurs je pleure en écrivant et ça n'est pas extrêmement pratique). Mais ça me paraît un peu moins difficile.

Merci à vous de partager cette tristesse là. Merci à qui a partagé ces quelques mots avec moi si jamais tu traînes par là.

lundi 13 novembre 2023

C'est flou, non ?

C'est quand même une chose étrange que la vie. J'ai traversé 20 ans de blogs en me foutant royalement des journalistes et des auteurs publiés qui nous toisaient, nous autres blogueurs du quotidien, nous traitaient de narcissistes. Je suis, depuis bien avant les blogs, enthousiaste des petits bonheurs et des grands sourires qui se nichent un peu n'importe où, de leur observation. Et le fait de les avoir mis en mots m'a gagné plein d'amis. Si ça les a fait sourire ou émus une paire de fois, alors tout le monde a gagné.

Et maintenant que tout le monde s'en fout, des blogs, figurez-vous que je suis sur le point de vous parler d'une expo, comme les blogueurs et blogueuses culture d'il y a quelques années, l'élite, la royauté, celles et ceux qu'on pouvait lire sans se sentir trop sales.[1] Si c'est pas ça, avoir le sens de la contradiction ! Après avoir parlé d'un bouquin pas plus tard que dans un intervalle de moins de 12 mois. La dé-ca-dence.

Bref, la semaine dernière, je suis allée voir avec une copine l'expo Julia Margaret Cameron au musée du Jeu de Paume (où j'ai abondamment fait sonner les portiques à l'entrée, mais ça n'a rien à voir).

Je ne savais à peu près rien d'elle à part cette histoire de flou et c'est donc l'esprit grand ouvert - et parfois un peu moqueur - que j'ai découvert l'œuvre de la dame, qui un jour, à 48 ans, s'est découvert une passion pour la photo. Bien placée pour dire que c'est un bon âge pour... tout.

Nous avons ri et nous sommes un peu agacées des textes explicatifs, souvent très tirés par les cheveux, voire d'une mauvaise foi crasse pour traduire les intentions de l'artiste. Et pas très inspirés. Ah, pardon, on dit érudits !

Nous avons admiré quelques clichés en particulier. Trouvé des explications techniques à d'autres. Un peu pouffé.

C'est curieux, je suis sortie de cette expo en ayant pas tellement de certitudes sur le fait d'avoir ou pas aimé les photos. Mais ce qu'elles m'ont dit, en creux, de la photographe, ça, ça m'a plu !

Imaginez un peu, passionnée, visiblement d'une mauvaise foi absolue (non parce que le flou "volontaire", hein, moi aussi, je suis cap' !). Très légèrement autoritaire, du genre à vous attraper par la manche et à vous faire poser des heures dans une posture étrange après vous avoir forcé à vous laver les cheveux...

Bref, une femme pas très loin de ma grand-mère paternelle, dans l'esprit. (Qui a dit en rigolant bêtement que ça lui faisait penser à quelqu'un d'autre ??).

Elle m'a donc plutôt fait rigoler, la Julia qui se dessinait derrière ses photos et je l'ai trouvé fort sympathique, dans le genre attachiante.

Avouez, à ce stade, vous n'avez vous-même aucune idée de votre propre envie d'aller voir l'expo, hein ? Je sais, c'est contagieux.

Si on se ressemble un peu, allez-y avec quelqu'un de sympathique, et essayez de vous laisser attraper entre deux photos floues par le fantôme d'une sacré bonne femme. Au pire, il vous restera la librairie à piller !

Note

[1] Oui, j'exagère et oui, je rigole.

mardi 7 novembre 2023

Accords majeurs

L’autre jour, je me suis offert, comme un cadeau bien mérité, une journée à moi toute seule. Je ne sais pas depuis combien d’années je n’avais pas été seule aussi longtemps. J'avais même presque peur de ne plus savoir faire.

Il se trouve que c’était une journée de l’enfer dans les transports en commun mais hey. Sans horaires ni contraintes, avec de la musique et de quoi lire, c’est fou comme ces contrariétés sont moins vives.

Souvent, je circule ouverte au monde, j’aime bien les dialogues improbables qui créent des moments inoubliables entre inconnus. Mais là, j’avais besoin de me retrouver, dans ma bulle à moi, au milieu de mes pensées, avec les mots et les notes qui m’isolent un peu des autres.

Me voilà donc, partie avec une playlist de chansons qui constituent ma colonne vertébrale sonore. Elle m’a accompagnée dans les transports, le long d’une expo, pendant que je mangeais (j’ai mangé seule, bordel, je ne sais pas à quel point vous vous rendez compte du luxe que c’est !), au gré de mes pas pendant que je déambulais vers le ciné, en prenant un café…

Ecoute.jpg, nov. 2023

Cette playlist, elle en dit sans doute autant sur moi que ce que je pourrais faire. Elle est pleine des ces années où j'avais le temps et l'espace pour écouter beaucoup de musique. Mais aussi d'héritages, de cadeaux suggérés. Il y a des entrées régulières, au fur et à mesure qu’un titre me revient. Il y aura peut-être quelques sorties.

La règle de base pour y entrer, c'est être une de ces chansons que je peux écouter 2 000 fois sans la moindre lassitude. Certaines sont des clichés plus ou moins générationnels, d’autres moins connues. Il y en a des justes belles, d'autres intimement mêlées à des moments de ma vie. Dans tous les cas elles sont capables de me broyer l’âme et de me tirer une larme sans la moindre difficulté (oui, j’ai un gros problème avec la musique joyeuse. Je ne suis pas sûre de comprendre à quoi ça sert).

Bref, noyée dans les notes et mes pensées intérieures, j’ai savouré cette journée bulle. Et oui, je savais encore faire, le tête à tête avec moi.

Pour la bande son c’est par ici : https://www.deezer.com/fr/playlist/11775354861