Sacrip'Anne

« Oui, je sais très bien, depuis longtemps, que j’ai un cœur déraisonnable, mais, de le savoir, ça ne m’arrête pas du tout. » (Colette)

lundi 5 janvier 2026

Les pas mouchoirs en papier

Sur la longue liste des défauts qu'on trouve aux mères, j'en ai un majeur : je n'ai jamais de mouchoirs, ni en papier, ni en tissu, sur moi. Ou, quand j'en ai, ils disparaissent en un clin d'œil, un peu comme l'argent liquide (j'en ai, j'en ai plus : où est-il passé ?) pour revenir à ma situation naturelle : pas de mouchoirs[1].

Et puis je me suis porté la poisse. J'ai prononcé les mots fatidiques : je ne pleure pas beaucoup dans la vie. Le lendemain (et c'est vraiment le lendemain que ça a commencé), il se trouve que j'ai commencé à pleurer beaucoup plus souvent dans la vie.

Malheureusement pas parce que je suis entrée dans un bain de larmes heureuses comme le gars Éluard.

La poisse.

Toujours sans mouchoirs.

Alors j'ai pris l'habitude de ramasser et d'entasser au fond de mes poches des serviettes en papier, des feuilles de sopalin.

Ça permet de tendre, sans un mot, de quoi se moucher et se retaper le maquillage à une dame en larmes en face de moi, dans le métro.

De dépanner une vieille dame dans les toilettes du ciné, parce qu'il y avait bien du papier toilette, mais avantageusement (non) coincé à l'intérieur du distributeur.

Vous voyez la suite venir, je n'ai donc jamais quoi que ce soit sur moi au moment où ces foutues larmes décident de sortir de mes yeux pour aller se promener le long de mes joues.

Peut-être qu'un jour je n'en aurai plus besoin et que ça fera apparaître par miracle des mouchoirs, ou autres succédanés, dans mes poches ?

Le poème "Ordre et désordre de l'amour" de Paul Eluard

Note

[1] Oui mais un jour j'ai été victime d'une absence de mouchoirs parce que je les avais filés à mon écrivain irlandais vivant préféré et ça, c'est la classe totale.

vendredi 2 janvier 2026

C'est ainsi que le sceau fut

(Il est 17h27 et je regarde le ciel orange et gris, la nuit n'a pas encore complètement gagné. Ça ne décolle pas complètement le blues qui me tient pour aucune raison précise, mais c'est beau, alors je prends une minute pour regarder).

Je parlais l'autre jour d'un cadeau que je me suis fait ; il est depuis quelques jours en ma possession, l'heure de la révélation a sonné.

J'avais déjà eu le grand plaisir de faire faire un cadeau par Alain et le plaisir des échanges au moment de la création du sceau en question m'avait réjouie. Plaisir d'offrir doublé, donc.

Mais aussi envie d'en avoir un à moi.

Alors quand il a enfin fini par récupérer les pierres idoines, je me suis lancée.

On se connaît depuis longtemps, avec Alain, mais pas encore très bien. Je lui ai donc suggéré d'enquêter sur les terres Bigoudènes, afin de voir si certaines Drama Kouigns de notre connaissance, en l'occurrence Kozlika et Alana n'auraient pas quelques idées à lui souffler pour les caractères qui formeraient, non pas ma signature, mais mon sceau.

Et c'est ainsi que le sceau fut. Et que mes entraînements ont commencé.

Mes premiers essais

Je copie-colle ici le message d'Alain, qui est bien sûr cordialement invité à préciser, expliquer et toutes ces sortes de choses :

Dans la colonne de droite, c’est le mot « soleil » ou « lumière du soleil » 陽光. Dans la colonne de gauche, c’est « soleil joyeux » 樂的太陽.

(Et on voit qui sont les vraies amies pour me trouver quelque rapport avec la luminosité ces derniers mois, mais c'est sans doute pour ça que je les aime tant).

Dûment briefée par mon mentor ès sceaux, je me suis portée acquéreuse via les plus sombres canaux des internets de la pâte de qualité qui irait bien (et dont l'odeur est effectivement évocatrice !). Et le fameux projet avance.

De la pâte à sceaux qui sent le patchoulis.

Du papier à lettre avec mon écriture dessus, et un sceau sous la signature.

D'ailleurs le ciel est d'un bleu vert orangé surréaliste et il fera nuit bientôt, j'ai encore quelques pages d'écriture à produire, je file, j'ai du travail.

mercredi 24 décembre 2025

Plaisir d'offrir et joie de recevoir

Je me suis fait l'autre jour un cadeau, mais ça n'est pas moi qui le fabrique. Et il a été l'objet de contributions extérieures afin que je puisse avoir une surprise.

Ce cadeau, j'en avais envie depuis longtemps, l'idée m'en trottait dans la tête (j'en ai offert un, similaire mais évidemment[1] pas identique, je ne saurai jamais s'il a touché son but, mais pour le mien, c'est un grand oui. Enfin je ne l'ai pas encore vu en vrai, mais je sais.

Depuis quelques jours, je rêve au moment où il sera dans mes mains. Je sais déjà que cet objet a une particularité, très étonnante, il permet la multiplication des cadeaux. Un truc un peu surprenant (quand on me connaît, pas tant.)

Me voici donc lancée, pleine d'enthousiasme, dans un projet, avec des morceaux à assembler, des emplettes à faire, des listes à établir, des mots à écrire.

Tout ça pour un tout petit club d'une dizaine de personnes que je vais voir les uns et les autres dans les... mettons, trois prochains mois ? (Environ, suggestion de présentation, il en est dont je ne suis pas sûre).

Je crois que je ressemble d'assez près à mon fils sur cette photo, en ce moment.

Lomalarchovitch dans une tentative salissante d'écrire à la plume au musée de l'école, cet été.

Je ne sais pas comment ces cadeaux seront reçus et appréciés, tout ce que je peux dire, c'est qu'ils seront pleins de moi. Et je n'en dis pas plus car je meurs d'envie de tout raconter !

Voilà, pour la musique, c'est facile, c'est ma chanson de Noël préférée.

(Tous les ans je pleure de rire devant. "We are the rennes, we are the rennes !")

Note

[1] Vous comprendrez le pourquoi de cet "évidemment" lors du reveal.

lundi 22 décembre 2025

Rhapsodie en lumières orangées dans le bleu froid

Il y a un peu plus de 20 ans, j'ai commencé à raconter n'importe quoi sur les blogs et j'y ai fait une découverte majeure. Des gens. Plein de gens. Avec qui on pense / se comporte / ressent suffisamment pareil pour se sentir en tribu.

Il faut dire qu'auparavant, je me sentais un peu isolée, à part mon amie d'enfance et celle de la fac, toujours un peu cinquième roue du carrosse, pas la plus indispensable du lot.

Et là, ces gens. Qui comprenaient ce que je disais, qui fonctionnaient selon des mouvements compatibles.

C'est ainsi qu'est né mon cercle d'amis, pour la plupart de plus de vingt ans, maintenant.

Tous neuroatypiques as fuck, je le crains bien, hyper, dys et compagnie, même si on est nés à une époque où ce mot n'existait pas et où on était priés de se conformer, merci, bisous.

Il en est une parmi nous qui jure qu'elle est la seule "normale" au milieu de cette tribu de freaks. Ne la croyez pas. (Elle est facile à reconnaître, c'est celle qui s'endort au milieu de 15 bavards, enroulée dans 4 plaids par 18 degrés).

À les fréquenter, j'en ai oublié le décalage, je me suis fabriqué un monde où les gens se comprenaient bon an mal an, et quand ils ne se comprenaient pas, en discutaient. Ça fonctionne pas mal.

Ces derniers temps, je suis brutalement ramenée au sol, j'habite plusieurs heures par jour dans un monde où les repères intellectuels ou culturels sont très différents des miens. Vraiment très.

Alors je fais ce que je peux pour que ça se passe bien aux heures ouvrables mais c'est un peu compliqué à gérer, parfois (et pas vraiment à double sens, surtout.)

Alors je pense à ceux qui comprennent. La tribu des internets, celles et ceux qui m'entourent et avec qui tout est tellement plus intéressant.

Ma tribu, du web ou d'ailleurs, points de lumière dans le froid environnant.

Les lumières de Paris comme points orangés chaleureux dans la lumière bleue de fin de nuit. Les lumières de Paris comme points orangés chaleureux dans la lumière bleue de fin de nuit. Les lumières de Paris comme points orangés chaleureux dans la lumière bleue de fin de nuit. Les lumières de Paris comme points orangés chaleureux dans la lumière bleue de fin de nuit. Les lumières de Paris comme points orangés chaleureux dans la lumière bleue de fin de nuit. Les lumières de Paris comme points orangés chaleureux dans la lumière bleue de fin de nuit.

mercredi 17 décembre 2025

De billes et de Klotz

Je suis passée devant cet endroit des centaines de fois, et puis samedi, en sortant du ciné avec Lomalarchovitch[1], j'ai levé le nez et...

L'ancienne enseigne d'un commerce désormais fermé, Joffo coiffeur.

(Est-ce qu'on lit encore Un sac de billes dans les collèges ? Je n'ai pas l'impression, en tout cas pas à en juger par les livres "au programme" achetés pour mes enfants.)

Et donc, après quelques recherches et vérifications, il s'agirait bien de l'enseigne de l'un des salons de la famille Joffo, comme dans Joseph Joffo, pas le salon historique qu'il évoque dans le livre, mais tout de même.

Comment se fait-il que je ne l'ai jamais vue avant ?

Quoi qu'il en soit, j'ai fait une découverte dingue (comprendre : tout le monde doit être au courant sauf moi).

Il se trouve que Un sac de billes et quelques suivants semblent avoir été (ré)écrits (a priori on dit remanié pour être poli), d'après les récits de Joseph Joffo par... Claude Klotz, alias Patrick Cauvin, alias l'écrivain majeur de ma fin d'enfance, début d'adolescence, vers qui je reviens encore parfois, juste pour le plaisir.

Il faut dire qu’en dehors d’écrire délicieusement bien des histoires qui m’ont plu, il savait écrire les pensées et mots des enfants comme personne, pour le plus grand bonheur de la jeune lectrice que j’étais. Il avait aussi des personnages féminins forts, dotés de personnalités, de volonté, de noirceur autant que de tendresse, d’humour et de résolution. Des femmes à qui la toute jeune moi aimait s’identifier.

J'ai donc repris Un sac de billes, Joffo remercie son ami écrivain Klotz[2], on le cite sur tout Internet pour son "aide", mais oui, ça saute aux yeux, il est là derrière chaque mot, on le sent, un peu retenu, comme pour ne pas se trahir ou dévoyer le récit original (il avait déjà publié mais pas encore ses "romans-Cauvin"[3]), mais lui, tellement.

Vous pouvez donc rire, tous ceux qui savaient, de mon inculture, je me vautre dans ce nouveau savoir avec joie : je n'ai pas l'impression de relire un récit de mon enfance, mais de découvrir un inédit, le temps de quelques trajets de métro.

Notes

[1] Je l'ai emmené voir "La petite cuisine de Mehdi" en espérant faire chuter sous 80 ans la moyenne d'âge des clients du cinéma.

[2] Il faut dire, ils avaient le même âge, gamins de la guerre, ils habitaient, adultes, le même coin de Paris (L'idée que l'un ait pu être le coiffeur de l'autre me fait rire au vu de sa calvitie, mais je suis le fruit de blagues multigénérationnelles sur le fait de couper "son cheveu" ou de se laver les cheveux à l'éponge, on a la famille qu'on peut).

[3] Et d'ailleurs, en écrivant ce billet je me dis que c'est pour ça que je n'ai pas percuté : quand j'ai lu Joffo, je connaissais Cauvin mais pas Klotz et je n'y suis pas revenue après.