(Allez savoir pourquoi, ce truc qui va être un "billet" monte depuis que j'ai mis un pied dans le métro et gonfle depuis. Autant s'en débarrasser ici où ça ne fera de mal à personne plutôt que de gâcher par une humeur irascible les rayons de soleil printanier.)
Or donc, je déteste l'expression "réussir" quand il s'agit d'amasser plein de pognon. Ce terme vaguement pudique pour dire qu'untel ou unetelle est plein(e) aux as. Mais ils ont réussi quoi, en fait ? Sous-entendu : leur vie ?
Alors bravo pour ces succès, quels qu'ils soient, dûment rémunérés. Mais une fois que tu as craqué le truc pour gagner vraiment beaucoup de pognon, tu en fais quoi ? Tu te mets à l'abri des soucis logistiques, ta famille avec, c'est humain[].
Et ensuite ? Avec tout le tracas que tu t'es épargné pour savoir comment finir les prochains mois, tu fais quoi ? Tu travailles sur la guérison du cancer ? La paix dans le monde ? Tu vas tenir la main des enfants mourants ? Tu vas mettre ceux qui crèvent sous les bombes à l'abri ?
Souvent, non, je crains, ou un peu, parfois, quand tu as le temps (et j'affirme sans preuve, on s'en fout, c'est un blog).
Donc voilà, assis sur un joli tas de pognon, on a le plaisir de vivre confortablement sans grosse crainte pour l'avenir, sans trop devoir se soucier du vrai monde qui s'agite, si on a pas envie de s'en soucier. L'enjeu principal est de conserver son train de vie car, pour tout le monde, réduire la voilure est inconfortable.
Et je n'ai pas de jugement là-dessus, hein. Ca doit être agréable de ne pas avoir de soucis d'argent. Hyper cool de ne pas devoir mettre une clé sur son frigo parce que les enfants explosent le budget bouffe. C'est un besoin primaire de se sentir en sécurité, autant qu'on puisse l'être, matériellement. Tout le monde devrait pouvoir bénéficier de ça. Vive le confort. Je suis un vieux chat, j'adore le confort.
Même, je vais jusqu'à concevoir qu'on puisse avoir du respect pour un parcours professionnel exceptionnel, une forme d'admiration pour une intelligence du business, la bonne idée au bon moment.
Mais avoir "réussi" quoi, donc ?
Elle m'agace, cette expression, parce que ce que ça sous-tend, c'est que les autres n'ont pas réussi (faut-il donc entendre : leur vie ?)
Alors je pourrais m'en foutre, vu qu'il a été établi que jamais de la vie je n'arriverai à remplir les conditions de cette réussite. Et que l'essentiel des mecs qui pourraient "réussir" tendent à m'ennuyer irrémédiablement (imaginez moi avec un banquier et rions ensemble). Sans compter qu'il y a une forte corrélation entre homme riche et femme-trophée (or, je l'ai déjà dit, j'entre plutôt dans la catégorie des femmes-concept, une fierté pour moi mais qui ne me mènera jamais à une union fructueuse, soyons réaliste.)
C'est donc probablement ce que je vais faire. M'en foutre.
Et continuer à évaluer ma "réussite" à la conscience que j'ai d'être vivante, à l'intensité de l'amour offert ou reçu, à la fierté devant ma marmaille improbable, à la possibilité de s'émerveiller devant des choses gratuites ou faire fonctionner mes neurones pour des problèmes insolubles. C'est même pas incompatible avec un raisonnable confort, dites.

(Tiens, ce matin j'étais contente d'avoir attrapé cet oiseau, même mal, dans le cadre. Ca ne vaut rien à part ma joie. On devrait en faire une chanson. Ah merde, non, Souchon l'a déjà faite).