Sur la longue liste des défauts qu'on trouve aux mères, j'en ai un majeur : je n'ai jamais de mouchoirs, ni en papier, ni en tissu, sur moi. Ou, quand j'en ai, ils disparaissent en un clin d'œil, un peu comme l'argent liquide (j'en ai, j'en ai plus : où est-il passé ?) pour revenir à ma situation naturelle : pas de mouchoirs[1].
Et puis je me suis porté la poisse. J'ai prononcé les mots fatidiques : je ne pleure pas beaucoup dans la vie. Le lendemain (et c'est vraiment le lendemain que ça a commencé), il se trouve que j'ai commencé à pleurer beaucoup plus souvent dans la vie.
Malheureusement pas parce que je suis entrée dans un bain de larmes heureuses comme le gars Éluard.
La poisse.
Toujours sans mouchoirs.
Alors j'ai pris l'habitude de ramasser et d'entasser au fond de mes poches des serviettes en papier, des feuilles de sopalin.
Ça permet de tendre, sans un mot, de quoi se moucher et se retaper le maquillage à une dame en larmes en face de moi, dans le métro.
De dépanner une vieille dame dans les toilettes du ciné, parce qu'il y avait bien du papier toilette, mais avantageusement (non) coincé à l'intérieur du distributeur.
Vous voyez la suite venir, je n'ai donc jamais quoi que ce soit sur moi au moment où ces foutues larmes décident de sortir de mes yeux pour aller se promener le long de mes joues.
Peut-être qu'un jour je n'en aurai plus besoin et que ça fera apparaître par miracle des mouchoirs, ou autres succédanés, dans mes poches ?

Note
[1] Oui mais un jour j'ai été victime d'une absence de mouchoirs parce que je les avais filés à mon écrivain irlandais vivant préféré et ça, c'est la classe totale.










