Je n'ai jamais compris pourquoi certaines personnes, quand elles publient leurs photos en public (réseaux sociaux, blogs, etc), fournissent, en gros, en évidence, les paramètres d'ouverture, vitesse et ISO de leurs images. Sans autre forme de commentaire sur ceux-ci.
J'ai cherché longtemps la raison et je n'en vois aucune.
Disons que, dans la configuration la plus bienveillante que je puisse imaginer, ce soit du mimétisme. Je vois d'autres le faire et je le fais.
Adopter des codes ça montre qu'on fait partie de ceux qui savent. Les vrais. Les purs, les tatoués.
C'est éloigner l'ignare qui ne sait pas ce qu'est ce putain de fx ni ce que signifie ISO.
Lui faire comprendre qu'il ne sait pas de quoi il parle.
Un truc hyper important pour se rassurer en photo, de montrer ce qu'on sait, parce que comme tout le monde fait des photos, comment on distingue les bons des autres, hein ? Il faudrait s'en remettre à quels critères ?
Ce qui m'agace c'est que c'est une information qui sert peu. Attention nuance, je ne dis pas "pas", je dis "peu".
Pourquoi ? Parce qu'une photo est le produit d'une situation généralement non reproductible.
Imagine, je veux prendre en photo la girafe qui vit en bas de chez moi.
(Il n'y a évidemment pas de girafe en bas de chez moi. Mais comme on l'a dit l'autre jour, on ne voit pas, on ne voit que ce que fait la lumière quand elle se reflète sur quelque chose. Je pourrais donc avoir une girafe planquée à l'abri de toute lumière en bas de chez moi et personne ne le saurait, donc hey. Prenons en photo cette girafe présumée imaginaire.)
La lumière du jour, en fonction de l'heure, de la météo, de la saison, sera différente. La façon dont elle se réfléchit sur la girafe aussi. Le poil de la girafe, selon son état de santé, la période de l'année, ce qu'elle a mangé, pourrait être différent et ne pas offrir la même "prise" à la lumière. Elle peut se déplacer plus ou moins vite selon sa forme et l'humeur. Elle pourrait être plus ou moins près de moi. Sans parler de l'image que j'ai envie de créer. Netteté surréaliste ? Bokeh romantique derrière l'animal ?
Et plein d'autres choses qui font qu'entre le moment où on "voit" et le moment où on déclenche, il s'est posé, de façon plus ou moins consciente, une série de questions auxquelles on a répondu avec des décisions de réglages.
Parfois même ça fonctionne et on en sort une photo regardable.
Fasciné par ma girafe, tu veux faire une photo d'elle aussi. Indice : mettre les mêmes paramètres sur ton appareil ne fonctionnera sans doute pas.
Je reviens à ma nuance. Il m'arrive de regarder les données de photos dans des contextes où j'étais en recherche d'une "méthodo". Pour citer un exemple concret, j'étais un peu frustrée par les situations de spectacles (concerts, festivals). J'ai par exemple regardé sur des photos particulièrement réussies de l'ami Tomek si je trouvais dans ses réglages un "pattern" qui m'aiderait à trouver le mien, en sachant que je ne pouvais pas utiliser tel quel.
Et il est assez probable que la prochaine fois qu'on se croisera, on aura une discussion à ce sujet !
Ou alors une explication sur l'exposition où on explique pas-à-pas : alors il fait très sombre, et la girafe est immobile, donc je vais probablement choisir une grande ouverture et une vitesse d'obturation lente pour permettre à la lumière d'aller chatouiller le capteur sans trop devoir monter les iso parce que flemme de nettoyer le bruit en post-production. (Dit savamment la meuf qui prend des photos de la brume et se demande si ça ne serait pas un peu flou, une fois le tirage dans les mains. Non, c'est juste la brume, betassoune.)
Mais bon, ce sont les seuls cas d'usage que j'ai en tête.
Le pire du pire du pire, je crois, ce sont les mecs (ou les meufs, mais bon, les affaires de gros zoom, on sait qui sont les plus volontiers sensibles du sujet) qui prennent des photos en mode automatique ou semi-automatique et publient leurs données fièrement comme si elles étaient le résultat de leur choix. Désolée, honey, mais si je veux savoir comment ton appareil photo prend tes décisions à ta place, je lis sa notice ou le site du constructeur.
(Et je n'ai rien contre l'usage des modes auto ou semi-auto, même si je ne m'en sers plus jamais, je dis juste que si c'est pas toi qui décides ce que tu fais, quel intérêt ?)
Voilà.
Si quelqu'un a des explications rationnelles à fournir sur la raison pour laquelle je suis dans l'erreur, je vais aller jusqu'à écouter (enfin lire).
Mais il est probable que ma conclusion "grande gueule, petit bras" reste longuement ancrée sur les frontons de ma moquerie et de ma mauvaise foi.
(Deux illustrations pour le prix d'une sur cet article, la "même" photo (en tout cas similaire) prise avec mon appareil photo, telle que "sortie du boîtier". Et l'autre prise avec mon smartphone qui applique par défaut une correction par IA.)

Les geeks et ceux dont l'œil est entraîné sauront laquelle est laquelle facilement. Pour les autres je vous laisse deviner en commentaires si ça vous amuse. (Et je tiens les paramètres à votre disposition, même ceux du smartphone pour lesquels je n'ai fait qu'appuyer sur le bouton rond ! Et non, je ne crois pas que ça soit une photo dinguissime mais ça permet de jouer à regarder avec acuité, j'en connais quelques uns à qui ça fera plaisir.)

Commentaires
J'aime beaucoup ce texte qui devrait être lu dans tous les club photo de France a mon avis.
Sans être sur je penche pour la photo du smartphone en haut. Le dit smartphone que je trouve très intéressant pour avoir toujours un petit bloc notes sous la main, soit pour griffonner une idée ou écrire un poème.
Je l'ai déjà dit ailleurs, ceux qui postent ce genre de détails parfaitement inutiles sont des crétins des Alpes tyroliennes. Les mêmes qui se vantent d'avoir des objectifs qui ouvrent à quarante-douze, des boîtiers équipés de trente mille réglages qui font ceci, cela, etc. Tu leur mets un appareil jetable entre les mains (car ça existe toujours), ils sont incapables de ramener un cliché potable. Et ils diront que c'est la faute à l'objectif en plastique, au viseur, au développement, etc. Des crétins des Alpes tyroliennes.
Ces données techniques sont utiles dans les magazines / sites sur la photo, avec les explications du pourquoi. Sinon, c'est ce que tu décris, une façon de dire : "moi je sais, t'as vu !".
Je suis heureux que tu trouves certaines de mes photos de concerts très réussies, mais dans ce cadre là j'en prends surtout pour garder des souvenirs… je ne pense pas avoir un "œil" particulièrement développé, sur ce point je suis laborieux par rapport à d'autres que je vois faire. Bien sûr à force, je commence à connaître un peu comment me positionner ou régler pour tel résultat, mais ça reste tout de même aléatoire.
Quant aux réglages, je suis souvent en priorité ouverture, mais il m'arrive de basculer sur du manuel selon les conditions et le type de prise de vue.
J'ai encore beaucoup à apprendre, d'autant que je n'ai jamais fait partie d'un club, que je demande assez peu de conseil (alors que je connais des pros…), que je me documente assez peu, mais ça évolue quand même depuis que j'ai le Fuji.
Brice haha tu parles, ils vont tirer des tronches de mâles contrariés, dans les clubs photo !! Je donnerai la réponse d'ici à ce que tout le monde donne son avis !
Oui, le smartphone, il prend des Polaroïds, des notes, ou il sert parce qu'on n'a pas son appareil sous la main, tout simplement. Ca n'est pas l'un contre l'autre, mon propos, mais tu l'as bien compris.
Alain K. j'aime tellement la précision "des Alpes Tyroliennes". Je les imagine en culottes à bretelles et en peau, à yodeler leurs données. (Et j'ai bien pensé à toi en écrivant ENFIN ce billet !)
Tomek j'ai été tellement névrosée par une sorte d'atteinte de perfection impossible le plus rapidement possible que je suis devenue très autodidacte en tout. Laissez moi foirer tranquille. Loin des yeux de la team gros zoom, déjà !
Je me souviens d'avoir été frappée par des qualités de netteté particulièrement remarquables sur certaines de tes photos de concert.
Comme toi, des fois je me pose la question de l'utilité de ce genre d'info. Les seules fois où j'ai pu expliquer des réglages, dans le cadre d'un billet ou d'un commentaire (je ne sais plus), c'était pour des situations bien particulière : les feux d'artifices et les éclairs d'orages. Mais sinon, peut d'intérêt... Et d'ailleurs, quel est le pourcentage des gens faisant toutes leur photo en manuelle ou semi manuelle ? hmm, genre mode P... Pas moi, ou plutôt, plus moi, tellement aujourd'hui, les automatismes sont tellement bon ! Hors cas particulier, genre profondeur de champ ou photo d'orage, la bague de mon appareil est sur P.
Gilsoub pas moi, tout en manuel, mais ça n'est pas le propos, on s'en fout, c'est le résultat qui compte (qu'il ressemble à ce qu'on veut représenter). Mais écoute, nous ne saurons jamais, qui sont ces gens, quels sont leurs réseaux, et pourquoi font-il ça ?
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