Je ne parle pas souvent de livres ici. Je ne sais pas bien faire ; il y a déjà tant de gens qui le font mal et très peu qui le font bien.

Et puis pour dire quoi ? Recopier la 4e de couverture ? Insulte à votre intelligence, vous la lirez très bien sans moi. Vous parler de l'histoire ? Et vous priver du plaisir de la découvrir ? De tout ce qui se passe dans notre tête quand on découvre un texte et qu'on fait notre partie du boulot, le mettre en image, en sons, en résonnances avec ce qui fait de nous des humains singuliers ? Vous empêcher de le vivre ? Non merci.

Une fois n'est pas coutume, dans les premières heures de 2026, j'ai lu un livre dont je ne connaissais que le titre et la date de sortie. Il m'a fait un drôle d'effet. Je l'ai lu vite, très. J'ai souri à un écho lynchien de frontière très perméable entre le "normal" et "l'impossible". Je me suis dit que des tas de gens allaient détester la fin qui n'explique rien. Avis, donc, si vous aimez les livres qui vous prennent par la main, vous font un gros câlin et vous bordent dans votre lit, rien de tel ici.

Ça ne servirait qu'à décevoir, d'ailleurs, le "quoi ?"

Si je peux employer une métaphore hardie (et je peux ; ceci est mon blog), je vais vous parler de trébuchement. L'autre jour en rentrant chez moi j'ai failli me vautrer face contre terre. J'ai trébuché dans le tout petit relief que faisait le bord d'une dalle de béton qui s'est "désalignée" et est maintenant, quoi ? Un centimètre plus haute que sa voisine, à l'endroit où ma semelle épaisse l'a accrochée. On n'en a rien à foutre que ce soit des eaux infiltrées, du froid intense, des sécheresses insupportables un infime tremblement de terre, qui a fait bouger cette dalle. Ça ne change strictement rien au fait que j'ai trébuché. C'est un fait, après j'aurais pu tomber, péter mon nez, mes lunettes et mon appareil photo, ou me rattraper et en être quitte pour une bonne frayeur. Dans les deux cas ça a peu d'intérêt mais c'est pour dire : la cause n'apporte rien à la suite. Si ce n'est que je fais très gaffe chaque fois que je passe là.

Alors qu'est-ce qu'il m'a fait, ce livre, au point que j'ai envie de vous en parler. Il m'a parlé d'humains, de la vie qui, quelle que soit la nature de son obstacle, poursuit son chemin, comme l'eau : parfois infiltrée, jaillissant plus loin, plus tard, parfois paisiblement, parfois en cascade ou en mouvement déchaînés. Il m'a parlé de la paralysie qui nous prend quand on est coincés entre différentes loyautés, celles à d'autres, celles à soi. Des questions que ça pose quand on acte que quelque chose en nous a bougé, qu'une trajectoire s'est légèrement infléchie. Il m'a parlé de chaque jour qu'on vit qui ajoute une trace dont on ne se défera jamais, qui viendrait influencer un peu, moyen, beaucoup, la suite de notre histoire.

Il m'a parlé de la vie sans mode d'emploi. D'amours qui ne peuvent coexister dans la vie telle qu'on l'avait prévue.

Il revient me susurrer des questions à l'oreille, au point que je l'ai relu, hier soir, pour essayer de dompter sa façon d'interférer avec mes pensées, celles d'avant l'avoir lu, celles d'après. Je crois que c'est une tentative qui avait échoué avant même que je ne commence, d'autres questions ont surgi, toutes déployant un faisceau immense de réponses possibles, à ce stade, autant s'en foutre, des réponses.

Je lui ai même pardonné deux petites incohérences de narration. Il continue à me murmurer des questions. C'est dire qu'il a posé sur moi son empreinte.

(Vous savez me joindre pour me demander la réf, et si vous ne savez pas demandez dans les commentaires.)

Des livres - mais pas celui dont je parle.

Commentaires

1. Le jeudi 15 janvier 2026, 11:30 par Matoo

Mais enfin Madame, dites-nous ce que c'est, bon sang de bonsoir, ce livre !!!? :D :D

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