La plupart du temps, quand je pense à la jeune adulte que j'étais, je suis plutôt soulagée d'avoir avancé depuis. Tous ces trucs qui me ravageaient au passage et dont je sais, enfin, un peu mieux me servir. Toute cette pression que je me suis mise pour répondre aux attentes, obtenir l'approbation et dont je me dégage, doucement, petit à petit.

Je me trouve infiniment plus fréquentable maintenant, la plupart du temps.

Si je devais revenir à mes vingt ans, armée de ce que je sais de moi maintenant je... je ferais sans doute exactement la même chose. Ne serait-ce que pour mes enfants, ils sont ma vie et le fruit d'un chemin qui, s'il ne m'a pas rendu heureuse, intrinsèquement, a fait de moi leur mère, le truc le moins regrettable au monde. Et heureuse de l'être. C'est déjà ça.

Alors ok, est-ce que je leur ai rendu service, à les construire comme ils sont, mes petits, trop intelligents, trop sensibles, trop intenses pour leur propre bien-être ? J'espère qu'ils seront plus vifs à trouver leurs chemins, à naviguer le monde. Qu'ils seront plein de vie et d'envies d'un bout à l'autre.

Ils sont là et je me refuse à imaginer un monde où ils ne seraient pas. J'en suis absolument incapable, j'ai le souffle coupé par l'amour que je leur porte et celui qu'ils me donnent.

Si je revenais, donc, ça ne changerait de toute façon pas : le monde est plein de gamins ultra talentueux, brillants, qui apportent ou apporteront au monde des choses qui le rendent au moins un peu plus habitable.

J'en suis incapable. Même moins con qu'à l'époque. Ma présence ici est insignifiante. C'est vertigineux à quel point rien n'a de sens, ni d'importance réelle, si petits sur une si petite planète au milieu d'un univers inconcevable, nos emmerdes si grosses qui ne sont rien et qui nous remuent tant.

La plupart du temps ça ne me pèse pas : ce qui compte, dans la mesure de mes moyens bassement humains, c'est l'amour que je donne, et je crois que je fais ma part.

Et puis les sales journées, où les tracas s'empilent, pas forcément graves, juste assez emmerdants pour déclencher une envie d'aller voir ailleurs, si on y est.

Les jours où on se sent si seule et inutile qu'on se demande "et si je n'étais plus là, à qui je manquerais, dans mettons six mois, un an ?" Mes parents, mes enfants. Et puis ?

Bien sûr c'est passager, bien sûr demain ça ira mieux. Bien sûr je trouverai toujours le chemin pour aller tirer la manche de quelques unes d'entre vous pour leur demander : "Dis, tu m'aime ?" histoire de trouver le carburant pour avancer encore.

C'est juste une de ces journées pleine de vide existentiel. Où quand tu rentres et que ça pue l'oignon et la soupe au poireau de l'aisselle douteuse dans une fringue sale sur ton territoire, que tu ne peux entrer dans aucune pièce sans y trouver quelqu'un, que ton refuge est encore et toujours envahi, que ça vient mettre la goutte d'eau qui fait déborder le vase.

Parfois je me demande à quoi ça sert d'avoir mis tant d'énergie à essayer de me réapproprier ma vie pour si peu de changements concrets plusieurs mois après.

Bref. Assez d'auto apitoiement. Il est l'heure d'entrer dans la musique, puis dans la littérature, comme je m'immergerais dans la mer, habillée de pied en cap, les bras en croix. Pas pour s'y laisser couler mais pour se faire soutenir par le flot. Par la beauté déchirante de certains accords ou de certains mots. Pour que ceux font profiter au monde de leur talents soient écoutés, lus vus, avec l'attention qu'ils méritent.

Ca ira mieux demain.

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