Sacrip'Anne

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lundi 17 juin 2013

Dinosaures

On a emmené une des stagiaires du marketing déjeuner avec nous.

Qui nous a collé un sacré coup de vieux en ne sachant pas qui était je ne sais plus quelle idole de notre jeunesse enflammée.

Du coup on s'est enfoncés encore en lui expliquant qu'on avait connu Madonna jeune et Michael Jackson noir.

Depuis, sur le plateau, ambiance top 50 où fusent les plus grands noms de la variété internationale et française.

Le camarade L. entonne "and when the rain begins to fall" dans un plus pur style Jermaine Jackson et Pia Zadora. Quant à ma voisine A, elle lutte désespérément contre Stéphanie de Monaco. Mais si, rappelez-vous, "Comme un ouragan !!!".

La stagiaire a détalé depuis longtemps, mais je pense que maintenant, en plus, elle trouve que c'est moche, de vieillir ! :p

mercredi 5 juin 2013

Génération Sida

Je ferme le journal de Keith Haring. Emue, bien sûr.

Tranches de ma propre vie qui se mélangent à la sienne.

Novembre 1993. Je vais avec mon père à l'hôpital où mon oncle est admis. Il a un peu moins que l'âge que j'ai maintenant. Il ressemble à une vieille momie, il pue.

"Il a le Sida depuis longtemps, vous ne saviez pas ?"

Non on ne savait pas. C'est un truc qu'on fait volontiers dans ma famille paternelle. On se chope un truc bien mortel, on endure en silence, en serrant les dents, pour que le regard des autres ne change pas, par honte, que sais-je. Et puis on clamse d'un coup, en laissant les autres bien empêtrés dans leur chagrin et le milliard de trucs qu'on aurait dû prendre le temps de se dire.

Bref.

Dernière fois que j'ai vu mon oncle. 29 novembre, il meurt. J'ai souvenir que mon père me dit que la meilleure chose que je puisse faire de mon chagrin et de ma colère, c'est de me donner à fond pour la journée militante qu'on a prévue à la fac le 1er décembre.

Retour quelques semaines en arrière. On a besoin d'expliquer aux étudiants que le Sida n'est pas qu'un truc de pédés. Que n'importe qui, presque n'importe quand, peut être infecté. Oui, encore. On contacte un centre d'accueil de personnes en fin de vie et en grande précarité, pas loin de la fac.

On y rencontre Houria. Elle a l'air d'avoir 80 ans. Elle en a à peine 30. Houria a été contaminée par son mari, lui-même contaminé au bordel, ou quelque chose du genre. Parti parce que sa femme malade, c'était plus la honte que lui-même malade. Houria sans emploi, malade, échoue après des années de galère, de honte et de souffrance dans ce centre où on la rencontre. C'est elle qui, entendant parler de nous par l'encadrement, souhaite témoigner.

Elle pleure de reconnaissance parce qu'on la touche. Parce qu'on ose. Parce qu'on lui serre la main, lui fait la bise. Parce qu'on s'inquiète d'elle et qu'on a pas l'air d'avoir peur.

On passe quelques heures ensemble à récolter son témoignage, que je vais monter à la radio locale où je passe des heures plus potaches, généralement. Et puis à parler, de tout, de rien, de la vie.

1er décembre 1993, le retour. On distribue quelques dizaines de kilos de capotes, négociées gratuitement. On parle tant qu'on peut, à qui veut nous entendre. On se fait envoyer chier, aussi (ce "j'ai déjà mes oeuvres..." je l'ai encore en travers de la gorge, 20 ans plus tard).

Je vais dans l'amphi qu'on nous a prêté pour la diffusion du témoignage d'Houria. Plus de monde que ce que je craignais. On raconte pourquoi on est là, en trois mots et on passe la bande.

Emotion dans le public, émotion pour nous. Je suis entre mon deuil et la force des mots d'Houria.

On sort, je récupère un peu, vais l'appeler pour lui dire comment ça s'est passé, qu'il y avait du monde, qu'ils ont beaucoup demandé si enfin elle arrivait à ne pas avoir honte, comment elle allait.

On m'annonce avec tout le ménagement possible qu'elle est morte quelques minutes avant.

La haine.

J'ai la haine.

Aujourd'hui, je connais des gens qui vivent avec le VIH. Des gens de mon âge, un peu moins. Pas beaucoup de plus vieux, ils ont fait partie de cette génération qui voyait tomber les siens dans l'impuissance la plus totale...

Ce qu'on a en commun, c'est l'accident de capote, c'est le truc foireux qui nous a mené dans ce dispensaire anonyme, gratuit et glauque, où il faudra revenir après une semaine de stress. On est pas beaucoup dans notre génération à n'avoir pas eu la grande trouille au moins une fois. Même sans avoir été exposés, juste pour être sûr.

Ce qui me différenciait d'eux à ce moment précis, c'est le bol. Le bol d'avoir su dire non ou de me tirer, ou le bol que l'accident ne soit pas fatal.

Ce qui me différencie d'eux maintenant c'est qu'ils vivent avec une maladie mortelle dont ils doivent quotidiennement maîtriser l'évolution (ou, on le souhaite, la non évolution. Alors que moi, j'ai eu, peut-être, peur, et surtout, de la chance [1].

Keith Haring raconte qu'avec une sorte d'énergie du désespoir, il a tenté dans ses derniers mois l'homéopathie et l'art thérapie. Arsenal dérisoir.

Ses mots en surimpression.

Et, de plus en plus j'ai l'impression, des mômes qui pensent que le VIH, c'est pas si grave que ça, la preuve, on vit avec, et y a pas un vaccin ?

Tout ça pour ça.

Vous savez ce qu'elle a, la génération Sida ? Elle a la haine.

Note

[1] la chance de n'avoir pas fait la mauvaise rencontre avec laquelle j'aurais fait les mauvais choix, la chance de n'avoir pas été exposée, de ne pas avoir eu d'accident majeur, de n'avoir pas été violée, etc. A quoi ça tient...

lundi 22 avril 2013

Top ten des demandes alakon

Je viens d'écrire un machin vite fait pour le canard interne de MaBoîte, et je ne résiste pas à l'idée de partager avec vous.

Il s'agit de partager les phrases qui nous font frémir d'avance, vu qu'on sait que sous une demande qui, du temps où nous étions débutants, nous semblait innocente, se cache une brave galère qui peut même, avec un peu d'aide et de malchance, virer cauchemar intégral.

Dans mon métier, on a recensé, avec l'aide de mes camarades potaches et noteurs préférés, 10 phrases et une en bonus que je vous livre illico :

  1. « Tu as 5 petites minutes ? »
  2. « J’ai juste une / quelques petites corrections »
  3. « Non mais ça ne va pas prendre longtemps… »
  4. « Et on ne pourrait pas juste… » (changer l’image de côté, prévoir un clic de plus, rajouter trois pages, ad lib)
  5. « Toi qui fais de la comm’ tu vas pouvoir m’aider ! »
  6. « Il me faudrait juste un copier/coller. »
  7. « Je sais que je m’y prends à la dernière minute… »
  8. C’est pour quand ? « Avant-hier » (et non, ça ne passe pas mieux avec la note d’humour…)
  9. « Peux-tu rajouter… » (on a fui avant d’entendre la suite) et son copain « Est-il possible ? »
  10. « C’est déjà parti ? Je viens de voir un truc !!! »
  11. Le bonus ! Le bonus !« Maintenant que je l’ai sous les yeux, je me rends compte… »

N'hésitez pas à enrichir !

lundi 25 mars 2013

Ces gens-là

Il est temps, grand temps, de faire face à une vérité qui, si elle nous est incompréhensible, à nous autre humains non sortis de la cuisse de Jupiter, n'en est pas moins un fondement de ce qui se passe dans la tête de gens qui défilent pour la manif de la honte, ces derniers temps.

Nous demandons l'égalité des droits face au mariage, notamment[1]. Il faut savoir que ces gens-là ne considèrent pas l'égalité des humains comme un fondement de notre société.

Ils nous sont supérieurs, par leurs valeurs, leurs choix de vie. C'est eux qui le disent, hein ?

C'est quelque chose contre quoi je me suis heurtée il y a quelques mois. L'épouse de feu mon oncle, aveuglée par sa rage à dézinguer le compagnon de sa fille qu'elle détestait, nous a sorti une diatribe au cours de laquelle elle ne s'est même pas rendu compte que c'était, aussi, mes choix de vie qu'elle jugeait, condamnait. (Ainsi que ceux de nombreuses autres personnes, mais qui n'étaient ni à table, ni à elle apparentées).

Dans son discours, il apparaissait notamment que les gens qui ne désirent pas se marier mais ont des enfants ne veulent pas ce qu'il y a de meilleur, ont dans l'idée à l'avance qu'ils vont se séparer et donc (sic) aiment moins leurs enfants que les gens qui se marient (devant Dieu, sinon ça vaut à peine).

Elle ne voyait pas le problème à me condamner dans le même panier puisque moi, c'est pas pareil, c'est la famille. Je passe sur l'absence de rigueur de l'argument puisque justement, c'est mon "point".

Et elle ne voyait aucun problème à considérer comme seule règle acceptable celle de "son monde", monde qu'elle décrivait comme, en effet, fermé à ce qui se passe autour, ailleurs, centré sur son système de valeurs accepté comme unique vérité possible en ce bas monde.

Il va de soi que la charité, la tolérance, l'amour du prochain prônés par le christianisme dont ce "notre monde" se réclame n'existe que dans nos têtes d'objecteurs. Ils sont le monde des élus, ils n'ont pas besoin de s'abaisser à ces considérations, autrement que dans leurs bonnes oeuvres occasionnelles.

Alors autant je crois qu'il a pu être utile d'échanger avec des gens qui se positionnaient contre cette forme d'égalité par préjugé culturellement acquis, par méconnaissance des discriminations faites, des souffrances engendrés, je crois, oui, que parfois il a été possible de faire bouger les idées, de les enrichir.

Autant je pense que devant le mouvement imbriaque [2] des marcheurs de la manif de la honte, seule notre indifférence nous protégera de leurs illuminations.

Au final, ils ne sont pas si nombreux. Ils sont persuadés que de pousser leurs gamins devant, c'est un acte de bravoure héroïque, comme d'en envoyer un au séminaire et l'autre devenir chevalier. Ils ne VOIENT PAS le problème que de hurler à la face du monde que leur modèle parental est le meilleur, puisque c'est celui de leur monde.

Sauf que leur monde appartient au passé de mon pays. Ils en sont la dernière gerbe.

Et puisque dialoguer avec eux est impossible, je les compisse de mon mépris le plus total.

Soyez les enflures que vous voulez être. Ce n'est pas grâce à vous que le monde ira mieux. Et puisque vous croyez au jugement dernier, craignez pour vous. Vos actes fanatiques d'illuminés confits dans la haine ne devrait pas vous valoir beaucoup d'honneurs.

Pendant ce temps là, on va s'acharner, nous, à essayer sourire par sourire, mot par mot, indignation par indignation et parfois loi par loi, à tenter de ne pas laisser sombrer l'égalité, la fraternité des humains entre eux quelle que soit leur naissance.

Quel que soit leur monde.

Notes

[1] et comme le faisait remarquer Eli l'autre jour, nous serions bien inspirés de mettre autant d'énergie dans toutes les questions d'égalité

[2] Ivre, fou, stupide

lundi 18 mars 2013

Brèves de rentrée

Depuis son retour chez nous, le Lutin a aligné une semaine de "points verts", qui signifient que tout a bien été. Ok, comme on veut être encourageants, on met aussi des points verts les jours où ils ne se voient pas. Histoire que le volume lui donne confiance. On a parlé, vite hier, quand je lui ai montré l'ardoise blanche, le tableau, les points, il m'a dit que ça lui avait fait du bien de parler, chouette. Je lui ai rappelé que le psychologue était là pour ça, aussi, autrement.

Emue que j'étais par l'énorme câlin qu'il m'avait fait en rentrant.

Heureuse de sa joie quand je lui ai dit que si, le 11 avril, il n'y avait que des points verts, je lui offrirais le DVD de Totoro dont il rêve.


***

Cro-Mignonne rentre, quasi systématiquement, surexcitée et un peu désagréable de chez son père. Je comprends : il fait le plein d'activités en quelques jours, il prend sa place de papa gâteau, et ils en profitent, c'est chouette. Mais du coup il faut resserrer les boulons, un peu, le dimanche soir, une semaine sur deux.

Mais quand même ses tendresses à moi réservées, ses réflexions si enfantines et pourtant si empreintes de réflexion.

Elle avait un peu le trac de rentrer, hier soir. J'essaye d'apaiser la pression qui porte, aussi, sur les épaules des bons élèves, lui dire que si elle trouve ça difficile, on sera plusieurs à lui expliquer, mais qu'elle a l'air de très très très bien s'en sortir, et qu'on ne lui demande pas de passer en CM2 à la fin de l'année, juste de faire de son mieux, en fonction du niveau de mieux du jour, de l'heure, de l'exercice, et d'essayer de garder cette joie d'apprendre.

Elle allait mieux, après.


***

Retour plus tôt hier de l'Enchanteur pour cause d'un Cyrano annulé. Je ne sais pas si vous avez idée de combien c'est précieux, une soirée de plus ensemble. Je crois que c'était la première fois qu'on passait un dimanche soir à nous quatre. Pas besoin alors de se livrer à d'alliciantes [1] manoeuvres, la joie d'être tous les deux nous a duré largement toute la soirée.

Note

[1] Qui séduit, qui captive

jeudi 25 octobre 2012

Différents

Ils poussent, nos jumeaux dépareillés, c'est curieux de voir deux enfants du même âge si différents.

Cro-Mignonne trace son sillon. Elle sait ce qu'elle est, ce qu'elle veut. Elle est "Madame je sais tout", peut agacer parfois. Elle a dû être Borgia dans une vie antérieure pour avoir pareille méfiance de nombre d'aliments. Elle lit de mieux en mieux, aime apprendre, aime participer, aider aux activités des grands, les yeux et les oreilles ouvertes vers ce qui la fait grandir. Hyper sensible à la justice. Capable de s'obstiner au delà de l'entendement pour ce qu'elle pense être bien.

Le Lutin Facétieux est plus fantasque. Il a sa bulle réconfort et il alterne les moments d'agitation pour attirer l'attention et les moments de repli. Il est courageux et fragile. Parfois on le regarde et on voit dans son regard qui se perd la tourmente intérieure. Il est paresseux et ne voit aucune objection à se faire servir, il n'a pas très envie de devenir grand, pour le moment. Il fait diversion dans les larmes, il se retranche dans les pleurs, facilement.

Et pourtant, la belle entente entre eux. Il a fallu leur expliquer que c'est normal, dans une fratrie, de se chicaner, de ne pas être d'accord sur tout. Depuis ils rigolent aux histoires que je leur raconte, quand j'avais leur âge ou à peine plus, avec mon frère. Parfois j'entends Cro-Mignonne raconter au Lutin Facétieux une anecdote sur son oncle que je lui avais racontée. Elle morte de rire.

Complices, parfois contre leur gré, parfois par association, mais heureux de se retrouver.

Nos enfants uniques le sont de moins en moins...

Môminets, Vaison la Romaine, été 2012

jeudi 18 octobre 2012

Reconversion ?

Une amie chère me demande, quand on parle d'envies professionnelles pour la suite de nos loooongues vies au travail, pourquoi je ne m'y mets pas, tout de suite, là maintenant.

La réponse évidente : parce qu'il faut faire bouillir la marmite et que je n'ai pas dans mon compte épargne de quoi faire tourner la maisonnée le temps nécessaire à ingurgiter le savoir nécessaire.

Et puis lequel ?

J'ai, depuis quelques années, la sensation que je pourrais travailler avec des enfants, mais sous quelle forme ? Enseigner ? Ou les accompagner quand ils ont des soucis ?

Alors quoi ?

Et puis combien et quand ?

Bref, il en manque encore un peu avant de me lancer. Des sous, et des idées.

Mais j'espère bien qu'un jour...

mercredi 10 octobre 2012

Ta mère la redoublante !

Nous avons regardé, hier soir, le "documentaire" "Ta mère en 6e" diffusé par France 2.

Pour ceux qui n'ont pas regardé, il s'agissait de 5 parents qui, pour une semaine, redevenaient collégiens (en 6e, donc).

L'idée majoritairement évoquée était de se "rapprocher" de leurs enfants en vivant ce qu'ils vivaient. Mais ces fringants quinquagénaires n'ont donc plus de mémoire pour ne pas se souvenir de leurs propres années collège ? Leur fallait-il vraiment vivre les journées à rallonge de leurs enfants pour se rendre compte qu'elles étaient... à rallonge ?

Quoi qu'il en soit, les voici installés sur leurs bancs. A peu près structurellement incapables d'arriver à l'heure... et un peu rétifs à l'idée d'accepter de jouer le jeu même quand ça ne les arrange pas.

Et figurez-vous que ce collège, c'est Bisounoursville ! Pas un gamin qui cause en zyva ! Pas une bagarre ! Pas un petit un peu malmené ! Pas un enfant en difficulté ! Les parents sont intégrés comme si c'était normal, et tout se passe comme dans une émission de Jacques Martin : les cours sont joyeux et efficaces et à la fin, tout le monde a une bonne note !

Merveilleux.

J'ai dans l'idée qu'un certain nombre de salariés de l'Educ Nat ont dû faire des petits bonds sur leurs canapés hier soir en comparant leurs conditions de travail et celles qui nous ont été brièvement montrées.

Mais après tout, foin de mauvais esprit, y a pas que les banlieues pourries dans la vie, soyons heureux soyons joyeux.

Il n'en reste pas moins que je m'interroge. Les parents se sont surtout plaints que c'était dur pour eux, et ont été très fiers d'avoir des très bonnes notes sur des contrôles de 6e. Je les comprends, je ne suis pas sûre moi même de savoir encore poser une division. En revanche pour la dictée, ça va, ça s'assurait tranquille.

Mais je les ai très peu entendus compatir à la vie de leur enfant, réaliser qu'on leur en demande beaucoup. D'autant que tout ce qui fait la vie d'un collégien "hors scolaire mais dans les murs" (poussées hormonales diverses, velléités de détachement des parents, etc) et qui, justement, complique d'autant la vie de ces minots a été complètement ignoré...

Bref. J'ai ri hier soir, mais depuis je m'interroge : s'agissait-il vraiment d'un pseudo documentaire, ou bien d'un outil de propagande, à quelques heures d'annonces concernant la réforme de l'Education Nationale ?

lundi 8 octobre 2012

Lundi matin

Endormie hier comme on aurait éteint l'interrupteur, trop tôt pour avoir profité comme je l'aurais voulu du retour de mon Enchanteur, trop tard pour mon réveil de ce matin.

Cruel.

Je suis, chroniquement, plus fatiguée le lundi matin que le vendredi soir (et c'est déjà pas brillant le vendredi).

Pas d'inspiration pour ce que j'ai à faire.

Cette réunion qui me tombe avec des pas rigolos en fin de journée.

Pas envie.

Pas envie.

Lundinite d'enfer.

lundi 1 octobre 2012

Epuisements et rebonds

Je me rends compte à l'occasion des rares moments de relâche à quel point ces deux dernières années ont été une tornade.

Quand le père de Cro-Mignonne est parti, il a fallu se mettre en mode survie. Couper dans les dépenses, demander un peu de sous aux parents, négocier 6 longs mois avec notaires et banquiers sur un mode "est-ce que notre vie va encore basculer ?".

Ca a été vivre dans une essoreuse émotionnelle.

Ca a été mal dormir pendant des mois. Trop fumer. Tenter de fabriquer du doux. Finalement, me sentir trahie par le comportement d'un de mes plus proches.

Et puis ça a été encaisser la fin d'activité de Mary Poppins. Vivre chaque jour à la minute près. Dans la terreur qu'un bouchon ne me retarde trop, dans l'angoisse que ma fille ne se sente - encore - abandonnée.

Ca a été moi et elle contre le monde, "l'équipe des filles", comme elle dit.

Je crois que personne n'a idée de ce que c'est que d'avoir, seul(e), la responsabilité d'un enfant, tant qu'il ne l'a pas vécu. Et encore ! Encore !!! Je me compte "chanceuse". Ma fille a un père. Qui n'habite pas loin, qu'elle voit toutes les semaines, chez qui elle passe un week-end sur deux et la moitié des vacances. Ca change déjà tout, même si dans les faits, dans les bobos du quotidien, dans la route qui n'avance pas, dans les nuits hachées par un sale rhume, j'étais seule. Seule à m'occuper de sa santé, de sa sécurité, de son bien-être. Seule "en charge", dans les faits. A consulter son père pour des décisions que j'aurai à assumer seule, mais en ayant son père à consulter.

Il y a pire. Pire que nous. Mais quand même.

Personne n'a idée du poids que ça représente. Des questions que ça pose. De l'épuisement que ça procure. Même si, il y a, et qui vaut ça largement et tant et plus, la belle relation, le bonheur de la voir grandir, s'épanouir, devenir une merveilleuse enfant après avoir été une merveilleuse petite fille, et un merveilleux bébé.

Alors il y a ceux qui ont des tas d'avis sur la façon dont vous faites ou vous ne faites pas les choses. Et qui ne tiendraient pas une semaine de la même vie, mais quand même, ils ont un avis. Que vous devez accepter avec l'ouverture d'esprit, le sourire, et l'empathie qu'ils ne manifestent pas, eux, à votre égard, bien sûr. Empreints de leur Vérité, de leur jugement, fixés sur leur eux-même.

Depuis un peu plus d'un an, on a élargi notre équipe des filles avec nos deux garçons.

Du coup, on se pose un peu. Mais quand même. Je me rends compte à quel point il est long de déposer les armes du combat quotidien. J'apprends enfin, doucement, à savourer le soulagement de ne plus être le seul recours en cas de pépin logistique du quotidien. De pouvoir compter sur un homme qui est présent, tous les jours. Qui connaît mes difficultés de tous les jours. Qui les partage. Qui m'aide à y trouver des solutions. Qui vit ça, avec moi.

L'apaisement du cœur, l'un peu plus de repos du corps.

Corps qui en profite, lui, pour me dire à quel point la rage de tenir en ignorant tant que je le pouvais ses appels au repos, je vais les payer, comptant.

Alors kilos en trop d'arrêt de tabac, maux de dos, sciatiques, talon qui fâche, crises d'asthme, et tout le reste. J'ai mal partout. Je suis épuisée. Et je n'ai plus envie de me battre contre des moulins à vents.

A ceux qui veulent me chercher querelle, ne vous étonnez pas que la réponse fuse. Dans trois ans j'aurai quarante ans. J'ai un métier, j'élève ma fille, je joue mon rôle dans une drôle de famille, et je fais ça avec MES choix, que je défendrai. Même s'ils ne plaisent pas à ceux qui n'ont pas à les assumer. Est-ce que je viens mettre mon nez dans vos façons de vivre, quand elles ne viennent pas marcher sur mes pieds, moi ?

Et à qui voudrait nier qui je suis pour m'imposer son point de vue, à qui voudrait que je sois empathique sans faire l'effort inverse, à qui voudrait me traiter comme une irresponsable alors que tous les jours, j'en endosse plus que ma dose, de responsabilités, et bien ça sera basta.

Faites avec qui je suis ou faites sans, mais faites pas chier.

mercredi 29 août 2012

Grognon

Tout va bien mais je suis grognon.

Le boulot démarre bien, les enfants vont bien. Nous aussi.

Et pourtant... je suis grognon.

Je sais pourquoi.

4 semaines 24h sur 24, voilà pourquoi.

24 heures * 7 jours * 4 semaines soit 672 heures, soit 40 320 minutes, voilà pourquoi.

Un mois ou quasi à partager avec mon Enchanteur. Vous n'imaginez pas le luxe que c'est. J'ai repris mes horaires de salariée, dans quelques jours il va reprendre ses costumes de comédien, et ça en sera fini du temps pour nous, du temps partagé. Jusqu'à de rares breaks dans l'année. Puis jusqu'à l'été prochain.

Alors entendons nous bien : à défaut d'avoir fortune faite, je suis bien contente de l'avoir, ce job, pour payer les factures et employer mon cerveau. Et c'est aussi une raison de contentement pour lui que de le savoir jouer, vivre de son métier.

Sauf que.

Au bout du compte, on le compte, notre temps partagé.

Alors je suis grognon parce qu'il va falloir de nouveau ruser avec les heures de sommeil qui ne seront jamais assez nombreuses, et les minutes volées toujours trop rares. Jusqu'à un prochain week-end. Jusqu'à au moins... janvier.

Groumpf.

Echelle

Photo rien à voir mais je l'aime bien.

lundi 27 août 2012

Comme on replonge

Et c'est ainsi qu'un matin, c'est le réveil qui nous indique l'heure à laquelle sortir du lit, et non plus notre bon plaisir.

On flotte un peu à chercher ses automatismes, d'autant qu'ils sont un peu modifiés. Heure légèrement décalée, gamine endormie laissée aux soins d'un Enchanteur...

Exotique sensation d'avoir le temps de grignoter un peu, du coup.

La route, encore peu partagée. Ca ne durera pas. Demain, déjà, mercredi, nous serons de nouveau nombreux.

Et puis au bureau. Ouvrir les cartons, s'installer dans un nouveau lieu. Coller deux ou trois photos. Organiser son espace. Retrouver des collègues, échanger quelques nouvelles, éplucher l'e-courrier, reprendre doucement ses marques.

Sortir déjeuner, parce que quand même. Profiter du calme encore relatif pour étirer la pause.

Se dire sur le trajet du retour que sans qu'on s'en rende vraiment compte, on est retombé dedans. Que c'est redevenu notre vie normale, cette vie-là.

Vacances déjà finies... C'est reparti.

Un air de vacances

Un "air" de vacances - Séguret, été 2012

vendredi 1 juin 2012

Vivre ensemble

Hier soir, on est rentrées, main dans la main, avec Cro-Mi, pour trouver un Enchanteur affairé à la marche de la maison.

Et puis on a passé un bout de soirée à trois toute douce, avant d'assister au spectacle vivant de ma fille devant des oeufs brouillés aux asperges (drama queen powa, encore un peu).

Une fois la bambinette couchée, j'ai rattrapé mon retard d'Etchebest pendant qu'il bossait dans son bureau sur son ordinateur.

Et quand il est venu me rejoindre, j'ai eu cette curieuse sensation que ça y est, on vivait ensemble, complètement.

Pourtant il reste quelques cartons, pourtant ça fait longtemps que petit à petit, les jours ensemble deviennent plus nombreux que les jours pas.

Ca tient à ça, la vie commune, finalement ? Quand on branche son ordinateur principal dans une pièce d'une maison qui devient notre "chez nous" ? ;)

Ca me plait, en tout cas, que tous ses ordinateurs soient branchés sous le même toit que les miens.


Edit : on me souffle dans l'oreillette : "d’autant, tu omets de le dire, que j’ai configuré un bootsplash pour la première fois".

Il m'avait semblé que c'était un détail un peu trop intime pour vous le livrer sur un blog. Mais quand même. Applaudissons, et la performance, et le symbole !

mardi 29 mai 2012

Passage à l'essoreuse à salade

Ca secoue, quand même, ces derniers mois.

Ca secoue, ça fait peur, ça noue les tripes.

Des mots, par milliers, pour se dire des choses importantes et des petits riens, pour se dire les liens.

Ca secoue en bien, aussi. La maison n'est plus une maison "des filles" et ça c'est une vraie bonne nouvelle, à laquelle je dois beaucoup d'équilibre dans les phases qui ont secoué.

Le fait est que, quand même, là, je suis épuisée.

Rassurée : ceux qui nous ont joué des tours vont bien. Avec de l'espoir qu'on s'offre quelques mois (années ? décennies ?) sans grande trouille majeure.

Et épuisée comme quand on décompense. Quand les nuits de sommeil n'y suffisent plus, quand il faut aller chercher dans les réserves et que c'est une fatigue de plus.

Vivement les vacances, qu'on se repose, j'espère.

Et qu'on profite les uns des autres, puisque c'est ça qu'il faut retenir, avant tout : maintenant tout le monde va bien.

lundi 2 avril 2012

3,27 km

Hier il faisait beau à Paris et c'était tant pis, puisque Franck Paul appelle de ses vœux une balade photos délugesque.

Alors on s'est fait violence et on est quand même partis se promener.

Et il n'y avait aucun doute, c'était le printemps.

Il y avait des empilements de ponts...

Empilement de ponts

... des pauses sandwiches qui ont précédé des pauses gaufre...

Pause sandwich

... des rameaux verdoyants pour les Rameaux...

Printemps aux Rameaux

... un crayonneur Poppinsesque...

Craies à la Mary Poppins

... un cadenas qui ne sert à rien (??)...

Cadenas

... et le signe indubitable que même sur la plus petite place de Paris, c'est le printemps...

Printemps place Dauphine

Ah ! Et j'ai oublié de parler de la bonne compagnie pour le goûter !

Photo

Je ne sais pas combien de photos ont été prises en tout au cours de ces 3,27 kms et quelques (on a pas eu le chiffre cumulé après la pause), mais ça a fait du bien au rose du nez et aux soucis.

Alors merci les coupaings pour la promenade et tout le reste.

(Un peu plus de la promenade ici)

jeudi 22 mars 2012

Un printemps démarre

Jour le matin au réveil. Plutôt soleil. Douceur des températures dans la journée. Explosion de bourgeons, cerisiers en fleur. Odeur de terre si particulière.

Petit moment de joie le soir à entendre la voix de maman, puis papa. Les voix sont bonnes, plutôt. Rigolades partagées. Vivement dans quelques jours, que les déviations soient faites, les coutures ourlées, et que la suite commence, quand même.

Passages toulousains des copines. Les accents se succèdent, pas forcément ceux de la ville rose. Les rires, aussi, les bons moments. Le plaisir d'être ensemble.

Bonheur de voir Cro-Mignonne irradier de joie de vivre. Sa façon d'être elle me réjouit. Petit bonheur à pattes si prompte à donner de l'amour, de la tendresse, et des idées neuves.

Bonheur aussi à partager enchantée des moments de vie avec mon Enchanteur. Joie infinie de le faire rire. Amusements partagés à dire pareil au même moment. Moments tout simples emplis d'évidence dans "l'être heureux ensemble".

All in all, ça pourrait être un beau début de printemps, oui.

lundi 19 mars 2012

Mammasphère

Ca m'arrive d'être surprise d'être embarquée dans cette "mammasphère", pas tellement blogueuse, souvent twitterienne.

Car si, oui, je suis maman et ô combien, et si le sujet de ma fille, et puis maintenant de son Lutin Facétieux de jumeau d'adoption, m'est important autant qu'intéressant, autant j'ai du mal à me reconnaître dans le mode d'expression de quelques jeunes mères hyper maternantes dont le discours ne tourne qu'autour de la maternité (pas nécessairement la leur, d'ailleurs).

De même que dans un groupe se forme souvent des sous-groupes, et ce n'est pas forcément celui où on s'extasie autour d'un nouveau-né qui m'attire. Ou pas tout le temps. Ou ça dépend s'il est mignon et si on a un bon feeling.

Et globalement, j'aime les enfants en tant qu'individus plutôt que "j'aime les enfants" comme étendard, vous voyez la nuance ? Y a des enfants qu'on peut avoir moins de plaisir à fréquenter que d'autres. Oui.

Bref.

Tout ça pour dire que quand je me sens un peu trop entourée par le maternage de copines de copines qui ne sont pas forcément mes proches copines à moi, j'ai tendance à faire un pas en arrière et aller parler d'autres choses avec d'autres gens. Pas toujours mais parfois.

Et puis il y a les jeunes mères qui m'explosent le coeur d'admiration. Ma chère Zelda Bouseuse, par exemple. Elle assure. Et pourtant on pourrait dire qu'elle partait avec un tas de nœuds à dénouer, et bien non seulement elle s'occupe de ça, elle fait ce qu'elle croit juste, elle laisse parler ce bout d'elle en plus, la mère qu'elle est devenue, sans langue de bois, avec des vrais émerveillements et de la vraie fatigue. Et puis elle cause d'autres choses, aussi.

L'équilibre, quoi.

Elle est awesome, vous saviez ?

lundi 5 mars 2012

Un matin parmi d'autres

Pour illustrer plus précisément la question de Brige, voici un matin comme les autres du lundi au vendredi.

6h45 : réveil. Quelques secondes pour émerger, me serrer un peu contre l'Enchanteur quand il est là. Puis sauter du lit. Attraper montre, bague sur la table de chevet et sous-vêtements dans la commode pour ne pas multiplier les allers-retours et re réveiller l'homme qui dort.

Pipi. Sortie du lit de Mlle Cro-Mi. De deux à dix minutes selon les matins. Câlins d'éveils et premiers "hop ! on y va". Chauffage de la tasse de lait de la demoiselle pendant son propre passage aux toilettes. Sortie de la théière et de la tasse ardoise sur laquelle j'écris un mot à l'homme qui dort.

Mise en place sur la table de la tasse de lait entretemps chocolatée et du complément de petit déj de Cro-Mi pendant qu'elle se lave les dents. A ce stade je suis encore, au mieux en t-shirt. Si tout va bien j'arrive à me brosser les dents pendant qu'elle finit les siennes et commence à s'habiller.

Il est environ 7h05. Surveillance de l'habillage de la jouvencelle en procédant à mes ablutions matinales. Puis tressage serré serré de ses longs cheveux, lavandage, vérifications que tout est dans le bon sens. Demoiselle expédiée au petit déjeuner pendant que je passe un coup de brosse dans mes cheveux, un coup de mascara dans mes cils, que je saute dans mes vêtements. Je rêve déjà du soir, du long bain, d'un peu plus de temps.

7h20 : litanie de dépêche-toi à celle qui fait traîner sa tasse de chocolat. Au revoir désolé à celui qui va se rendormir, et dans les bras duquel j'aurais préféré rester. Manteaux, et s'il y a lieu écharpes et bonnets.

7h25 : départ

7h32 : arrivée au centre de loisirs, déshabillage, câlins, bisous

7h38-45 selon le retard pris dans les étapes précédentes : ai rejoint le parking, démarré la voiture.

7h58-8h10 selon le retard pris dans les étapes précédentes et les bouchons : arrivée dans le parking du bureau.

Démarrage de la journée de salariée.

(Là, rien que d'écrire le billet, je suis fa-ti-guée !!!)