Je me rends compte à l'occasion des rares moments de relâche à quel point ces deux dernières années ont été une tornade.
Quand le père de Cro-Mignonne est parti, il a fallu se mettre en mode survie. Couper dans les dépenses, demander un peu de sous aux parents, négocier 6 longs mois avec notaires et banquiers sur un mode "est-ce que notre vie va encore basculer ?".
Ca a été vivre dans une essoreuse émotionnelle.
Ca a été mal dormir pendant des mois. Trop fumer. Tenter de fabriquer du doux. Finalement, me sentir trahie par le comportement d'un de mes plus proches.
Et puis ça a été encaisser la fin d'activité de Mary Poppins. Vivre chaque jour à la minute près. Dans la terreur qu'un bouchon ne me retarde trop, dans l'angoisse que ma fille ne se sente - encore - abandonnée.
Ca a été moi et elle contre le monde, "l'équipe des filles", comme elle dit.
Je crois que personne n'a idée de ce que c'est que d'avoir, seul(e), la responsabilité d'un enfant, tant qu'il ne l'a pas vécu. Et encore ! Encore !!! Je me compte "chanceuse". Ma fille a un père. Qui n'habite pas loin, qu'elle voit toutes les semaines, chez qui elle passe un week-end sur deux et la moitié des vacances. Ca change déjà tout, même si dans les faits, dans les bobos du quotidien, dans la route qui n'avance pas, dans les nuits hachées par un sale rhume, j'étais seule. Seule à m'occuper de sa santé, de sa sécurité, de son bien-être. Seule "en charge", dans les faits. A consulter son père pour des décisions que j'aurai à assumer seule, mais en ayant son père à consulter.
Il y a pire. Pire que nous. Mais quand même.
Personne n'a idée du poids que ça représente. Des questions que ça pose. De l'épuisement que ça procure. Même si, il y a, et qui vaut ça largement et tant et plus, la belle relation, le bonheur de la voir grandir, s'épanouir, devenir une merveilleuse enfant après avoir été une merveilleuse petite fille, et un merveilleux bébé.
Alors il y a ceux qui ont des tas d'avis sur la façon dont vous faites ou vous ne faites pas les choses. Et qui ne tiendraient pas une semaine de la même vie, mais quand même, ils ont un avis. Que vous devez accepter avec l'ouverture d'esprit, le sourire, et l'empathie qu'ils ne manifestent pas, eux, à votre égard, bien sûr. Empreints de leur Vérité, de leur jugement, fixés sur leur eux-même.
Depuis un peu plus d'un an, on a élargi notre équipe des filles avec nos deux garçons.
Du coup, on se pose un peu. Mais quand même. Je me rends compte à quel point il est long de déposer les armes du combat quotidien. J'apprends enfin, doucement, à savourer le soulagement de ne plus être le seul recours en cas de pépin logistique du quotidien. De pouvoir compter sur un homme qui est présent, tous les jours. Qui connaît mes difficultés de tous les jours. Qui les partage. Qui m'aide à y trouver des solutions. Qui vit ça, avec moi.
L'apaisement du cœur, l'un peu plus de repos du corps.
Corps qui en profite, lui, pour me dire à quel point la rage de tenir en ignorant tant que je le pouvais ses appels au repos, je vais les payer, comptant.
Alors kilos en trop d'arrêt de tabac, maux de dos, sciatiques, talon qui fâche, crises d'asthme, et tout le reste. J'ai mal partout. Je suis épuisée. Et je n'ai plus envie de me battre contre des moulins à vents.
A ceux qui veulent me chercher querelle, ne vous étonnez pas que la réponse fuse. Dans trois ans j'aurai quarante ans. J'ai un métier, j'élève ma fille, je joue mon rôle dans une drôle de famille, et je fais ça avec MES choix, que je défendrai. Même s'ils ne plaisent pas à ceux qui n'ont pas à les assumer. Est-ce que je viens mettre mon nez dans vos façons de vivre, quand elles ne viennent pas marcher sur mes pieds, moi ?
Et à qui voudrait nier qui je suis pour m'imposer son point de vue, à qui voudrait que je sois empathique sans faire l'effort inverse, à qui voudrait me traiter comme une irresponsable alors que tous les jours, j'en endosse plus que ma dose, de responsabilités, et bien ça sera basta.
Faites avec qui je suis ou faites sans, mais faites pas chier.