Nous partageons nos locaux professionnels avec plusieurs entreprises, dont l'un des leaders de l'intérim.

Lundi, au pied de chez nous, le syndicat-qui-n'était-pas-convié-à-la-conférence-sociale venait en délégation. Avec une délégation particulière, à vrai dire : celle des intérimaires sans papiers d'un département voisin.

Et il se trouve qu'ils étaient tous noirs.

On a donc eu une ribambelle de commentaires, pour le mieux, approximatifs sur le dialogue social quand on les as entendus scander "Assassins" à leur employeur. C'est vrai, quoi, tous les jours, on traite des gens d'assassins pour le plaisir, ne cherchons surtout pas à comprendre pourquoi. Bande de cons.

Mon exaspération a encore monté d'un cran un peu plus tard. On les entendait et voyait scander / chanter des slogans. Et derrière nous, dans la cour où on accède au restaurant d'entreprise, où on fume, où on prend l'air, une bande de rombières à gueules marinesques qui se bidonnent à "compléter" les voix de la délégation par des "ohé ohé". Ben oui, ils sont noirs. Forcément, c'est la Compagnie Créole.

Je vous passe les mille et une autre raisons de haïr nos voisins de bureau.

Simplement voilà. On a été, je pense, deux, ma collègue-amie en tête, à aller les voir et leur demander pourquoi ils manifestaient.

Figurez-vous qu'un de leur collègue est mort des suites d'un accident du travail sur un chantier.

Fin juillet.

Ils ne l'ont appris que la semaine dernière.

Parce que oui, les travailleurs sans papiers, c'est pratique, ça permet de leur filer les jobs les plus dangereux, ils n'ont pas d'autre choix que de les accepter.

Et si jamais ils clamsent, on peut planquer les cadavres tranquillou, c'est pas comme s'il y avait des voix autorisées pour s'indigner en leur nom.

Aucun de nous n'accepterait pour lui les conditions de travail que ce monsieur, que ces collègues ont subi. Chacune des revendications du syndicat qui les a soutenus nous paraît être une évidence, si on le transpose à nos vies professionnelles.

Pourtant.

Tous les jours, des morts et du silence.

Des sources ici et ici.