Mon cher François,

Tu ne liras pas cette lettre.

Et comme nous nous le sommes répété, entre gens qui t'aimaient, hier soir en partageant la triste nouvelle, si malheureusement il fallait compter avec cette issue-là, ça n'en reste pas moins une très sale nouvelle.

Alors nous on reste, on dit des mots creux et on ronge nos os, comme dirait Samantdi, pour donner du sens à ce qui en a si peu. Pour habiller notre tristesse. Pour essayer d'être un peu utiles, un peu d'une infime aide, à ceux qui restent et qui t'aiment tant, ceux que tu aimais tant toi aussi.

Notre histoire à nous deux, elle est curieuse. On se connaissait surtout avec la bienveillance qu'il y avait sur qui donne du bonheur ou de l'affection à quelqu'un qui nous est cher.

Mais quand même.

Je me souviens de ton regard malicieux, qui pouvait aussi briller de conviction, quand il s'agissait de déplacer une virgule d'un texte que tu aimais.

Je me souviens de ta gentillesse qui perçait dès qu'on te rencontrait.

Je me souviens de tes commentaires sur le blog de ton Elle, quand elle est devenue ton aile. Je me souviens de tout ce bonheur quand la Merveille a été annoncée, puis qu'elle est née.

Je me souviens de rires.

Je me souviens de ton œil bienveillant sur ce qui se tramait avec mon Enchanteur, un soir de juillet dernier.

Je me souviens de ma dernière clope en date, que j'ai fumée en me disant que l'absence de tabac qui suivrait, ça serait, aussi, de la solidarité avec toi et pas qu'un truc que je faisais pour moi.

Je me souviens de tes faux airs affligés devant nos pitreries, ta femme et moi. Ta tête devant mes ailes roses à votre mariage.

Je me souviens de ce nez rouge. Je me souviens de cet avatar dont j'avais dit que je le changerai quand il n'y en aurait plus besoin. Tu sais quoi, François ? Je crois que je ne vais pas le changer tout de suite. J'ai envie de le garder encore un peu, pour te dire au revoir. Sauf si ta Luce me dit que ça lui fait mal.

Je me souviens de tout cet amour qu'il y avait, quand vous vous êtes dit oui. Il y avait ta maladie comme invitée, au mariage, il y avait l'échéance qu'on ne connaissait pas et qu'on espérait reculer de toutes nos dérisoires forces, mais il y avait de l'amour comme rarement on en voit.

Je me souviens de tes lèvres qui récitaient Cyrano en même temps que mon Enchanteur le jouait. C'était un joli moment, je suis contente qu'on l'ait vécu tous les trois.

Et maintenant je vois tous ces gens à qui déjà tu manques. Si la vie était juste, ça fait longtemps qu'on serait au courant, hein ?

L'empreinte que tu laisses dans la vie de ta femme, de ta fille, de tes enfants, est magnifique.

Et tu sais, François ? Tous les gens qui ne savent rien et qui parlent de nos "virtuels". L'empreinte que tu nous laisses à nous fait que nos larmes, notre peine, sont bien réelles. Comme nos souvenirs avec toi. Alors promis, en hommage à ça, à cette belle humanité, on va faire ce qu'on peut pour que ça soit le moins pire possible pour ceux qui restent. Mais tu ne nous as pas laissé une mission facile, tu sais ?

Salut François. Merci pour tout ce que tu as donné de beau.