Samedi matin d'il y a presque deux semaines, j'ai pris le métro très tôt, pour prendre un autre métro, pour prendre l'Orlybus.

Dans le métro du samedi matin, très tôt, il n'y a pas tant de monde, même sur l'effroyable ligne 13 (les lecteurs qui la connaissent auront eu, juste à lire ce mot et ce nombre, un frisson d'épouvante le long de l'échine).

Largement de quoi s'assoir et caser le sac de voyage, le sac de l'appareil photo, le sac à main. Et se poser avec un bouquin.

En face de moi s'installe un (pardon papa) monsieur plus vraiment très jeune. Disons entre 60 et 65 ans. Il s'assied donc, et se tord le cou pour voir ce que je lis.

- C'est anglais, non ?

- Oui, c'est anglais (c'était l'excellent La chute du British Museum de David Lodge. Plus anglais tu meurs).

Je reprends ma lecture et ris de bon cœur aux pérégrinations d'Adam Appelby, emmêlé dans sa frustration sexuelle, sa famille déjà nombreuse et ses principes de catholique déjà pratiquant, à la sauce parodique portant plutôt à la bonne humeur.

- C'est drôle ? demande, observateur, mon voisin d'en face ?

- Oui, très, réponds-je.

- Moi je suis plutôt classiques. Et là il me montre son propre livre, un exemplaire de poche et hors d'âge de Les dieux ont soif d'Anatole France.

Je me garde bien de lui dire que je l'ai lu au moins trois fois, à la fac, qu'il ne m'en reste qu'un souvenir ennuyé de ce roman sur fond de Terreur, qu'il me semble qu'Anatole France a mal vieilli (enfin lui, oui, bien sûr, il en est mort, ses écrits, surtout) et que bon...

Je me dis que tous les goûts sont dans la nature et que tant mieux s'il prend plaisir à son Anatole. Tant qu'il ne me force pas à le relire !

Alors je lui dis : "on trouve de bien belles choses, aussi, dans les classiques".

Et replonge mon nez dans la culotte en dentelle d'Adam (faut lire pour comprendre).

Mon voisin n'use pas trop son propre livre. Il se lève, et avant de descendre me salue d'un "bonne lecture, mademoiselle !" (hinhinhinhinhin vil flatteur)

C'est rigolo, je trouve que le métro est un lieu très rassurant pour ceux qui ont peur que les gens ne lisent plus. Il me semble qu'on y voit beaucoup de gens le nez dans un bouquin, et que c'est plutôt un signe agréable.

Mais peut-être que ce monsieur ne le savait pas, qu'il était content de partager un instant de connivence littéraire ? En tout cas, ça aussi, ça porte à la bonne humeur. Se parler de livres dans le métro.

Commentaires

1. Le jeudi 19 janvier 2012, 09:38 par Moukmouk

C'est quoi cette idée que les gens ne lisent plus ? Il n,y a jamais eu autant de livres de lus... et tu m'as donné le gout de lire ton anglais.

2. Le jeudi 19 janvier 2012, 09:52 par Luce Luciole

Je ne lis jamais dans le métro, je regarde les autres lire ;-) (mais faut dire aussi que je le prend rarement ;-)Mais si il y a une chose et une seule que j'aime bien dans les transports en commun ce sont ces échanges impromptus et cordiaux, pas très fréquents mais pas si rare non plus.

3. Le jeudi 19 janvier 2012, 10:03 par Matoo

Rhooo j'adore ce bouquin aussi ! :-*

4. Le jeudi 19 janvier 2012, 10:12 par Sacrip'Anne

Moukmouk, ça se dit beaucoup, mais à mon avis, sur le mode "c'était mieux avant" ! Lodge, c'est ma môman qui me l'a fait lire en premier, je suis presque sûre que tu vas aimer (même s'il est anglais).

Luce, je crois que ça fait partie des charmes des transports en commun en décalé ! Je prends assez souvent le métro, le train, mais le week-end, pas en semaine pendant les heures de pointe. Et du coup, ça arrive plus souvent qu'aux heures où on est concentré sur sa survie, je pense. Ou alors je provoque !

Matoo, huhuhu. M'étonne pas de toi !

5. Le jeudi 19 janvier 2012, 10:47 par swahili

C'est un truc que j'envie aux Parisiens, de prendre les transports en commun pour pouvoir lire. C'est complètement débile car j'aurais 1000 fois le temps de lire chez moi avec le temps dégagé par mes temps de transport limités, mais j'ai toujours autre chose à faire à la maison....D'ailleurs, je me réjouis de prendre le train cet aprem et d'avoir du temps pour lire !

6. Le jeudi 19 janvier 2012, 11:40 par Sacrip'Anne

swahili, c'est surtout curieux parce que la plupart des parisiens prennent le train à des moments où la lecture n'est pas forcément très facile ni agréable !

7. Le jeudi 19 janvier 2012, 12:56 par Luce Luciole

Oui Anne, tu as raison, c'est plus fréquents dans les horaires décalés. ça fait aussi parti des avantages de cette liberté à laquelle je tiens temps, "organiser mon temps" et donc en décalé pour ne pas subir la claustrophobie des heures de pointe ;-)

8. Le jeudi 19 janvier 2012, 13:38 par Sacrip'Anne

Luce, comme je te comprends. La stabilité de l'emploi me rassure, mais la liberté me manque...

9. Le jeudi 19 janvier 2012, 18:53 par Raphaëlle

Moi je lis mon journal dans le crain, si bien que depuis que je vais plus bosser, mes hebdos s'entassent sans que j'ai le temps de les ouvrir ... et bizarrement, personne n'a jamais entamé de conversation avec moi à ce sujet (T'imagines la conversation? "Ah tiens vous lisez voilà? Ca doit être intéressant non?". Bon je rigole, moi je lis courrier international) :)

10. Le vendredi 20 janvier 2012, 05:50 par julio

Je ne voulais pas le dire mais bon, je lis beaucoup et j’ai beaucoup de livres, en fait j’ai commencé à lire vraiment a l’âge de 20 ans et pars amour pour une nana qui est partit vivre en Afrique aux milieux des enfants. Je suis descendu de mon arbres relativement tard d’ailleurs il reste des traces de ma sauvagerie ; et encore aujourd’hui je doute que la lecture et la culture ne conduise a la tyrannie ! Cervantès lui-même mettait en garde contre la lecture qui fi perdre la tête a donquichotte et qui pourtant éduqua Sancho ! :devil:

11. Le vendredi 20 janvier 2012, 08:31 par Sacrip'Anne

Raphaëlle, j'ai vu des gens loucher par dessus l'épaule d'autres pour lire des magazines de type Voila sans en avoir l'air, dans le métro !

julio, Don Quichotte fait partie des mes envies de relecture du moment, figure toi !

12. Le mardi 31 janvier 2012, 06:16 par wedontcare

:)

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