Sacrip'Anne

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La vie et toutes ces sortes de choses

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vendredi 17 mars 2017

Atypiques

Je suis un peu consternée en ce moment entre la vision qu'on nous offre du travail et la réalité de la vie en entreprise.

Je ne sais pas si vous avez regardé des petites annonces ces derniers temps, c'est d'un chiant. Elle se ressemblent toutes, quel que soit le poste à occuper.

Et grosso modo, quoi qu'il arrive il faut avoir fait une école de commerce. Comme ça on a des gens bien formatés pour le grand théâtre de la vie en entreprise, du tertiaire si possible, avec le même discours plein de mots enthousiastes et enthousiasmants. Et beaucoup de vide derrière.

Il faut bien sûr jouer le jeu de ce grand théâtre, faute de quoi on est considéré comme résistant au changement ou "contre le projet" et c'est mal d'être contre le projet, bien sûr.

Bien évidemment il y a des entreprises différentes, des entreprises où on pense hors de la boîte, des entreprises où la politique est moins importante que le travail réalisé, des entreprises où les mots on un sens, les valeurs aussi.

Curieusement ce sont éventuellement celles qui ont le moins de freins à s'adapter au monde dans lequel on vit, aux outils nouveaux, à l'idée que leurs salariés aient besoin ou envie d'un autre carburant que la joie de s'offrir corps et âme à un labeur (on ne rappellera pas l'origine du mot travail, n'est-ce pas ?)

On est nombreux dans ma génération, et même chez les plus jeunes, à être un peu en interrogation sur tout ça. Quoi faire, où ? Chercher ailleurs où l'herbe ne sera pas forcément plus verte pour les uns, reconversion complète pour les autres.

Et dans tout ça la sensation d'être atypiques, de formation, de parcours, d'état d'esprit. De ne pas forcément nous reconnaître dans le miroir qu'on nous tend. De ne pas entrer dans tous les moules.

La vie, ses creux, ses hauts, ses pleins et déliés ? Oui sans doute.

Le besoin aussi de payer les factures qui dicte beaucoup de décisions.

Mais au fond, le besoin d'un monde dans lequel on puisse se sentir un peu plus chez soi. Et faire son travail avec enthousiasme pour de vrai, presque tous les jours.

mercredi 16 novembre 2016

Au revoir les arbres

On est dans un truc un peu Douglas Adamsien, ces jours-ci, on se retrouve comme quand Arthur Dent découvre qu'on va détruire la Terre et qu'il n'avait qu'à venir aux réunions pour être au courant.

Dans le cadre de la réhabilitation du quartier, notre rue a changé de sens.

Et puis elle va être élargie, pour faire des stationnements des deux côtés, en épi, au lieu de quelques places parallèles au trottoir, depuis que la rue existe.

Ça s'est décidé au cours de réunions auxquelles ont est pas allés, je n'ai même pas souvenir de réunions à ce sujet, entre l'ANRU et les riverains. Ça va changer la physionomie de notre rue, avant petite et peu passante, prochainement rue parking. C'est aussi bien, dans une certaine mesure : on va enfin avoir des trottoirs un peu larges, pratiques avec des poussettes, praticables pour les enfants. Et puis les stationnements viendront remplacer ceux qui n'existeront plus, remplacés par une coulée verte, je crois.

Mais en ce moment on abat des arbres sous mes fenêtres, des arbres qui allaient bien. Des arbres jolis. J'en suis triste, même si je sais qu'au global, le quartier sera mieux après qu'avant, plus pratique, plus joli.

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lundi 24 octobre 2016

Bienveillance, mon cul

Bon sang de bois, quelle est cette vie trépidante qui m'empêche de bloguer et même, parfois, juste de respirer en me disant "ah tiens, c'est blogable !" ?

De fait, j'essaie de vous épargner (mais si, mais si) les énièmes trouvailles des enfants et du chat et les journées sont trop denses en travail pour trouver l'inspiration ailleurs.

Sauf que me revoilà.

Et même pas pour parler de bonheur, du jour, du mois ou que sais-je.

Non, c'est pour parler d'un truc qui m'énerve au plus haut point.

Dans les sphères des gens qui conceptualisent leur façon d'être parents, après le parentage proximal, il y a la parentalité bienveillante.

Je ventile deux secondes avant de continuer tellement ça m'agace.

Vous connaissez beaucoup de parents qui conçoivent un enfant et expliquent qu'ils vont l'élever dans la malveillance, vous ? Qu'ils seront les pires parents du monde en pleine conscience, qu'ils seront violents à tous points de vue, qu'ils veilleront au mal-être du chiard à chaque minute de sa vie ?

Non.

Pas un seul.

Même les vrais horribles parents ne le font pas exprès, figurez-vous. Ou alors en pensant bien faire, ou que sais-je.

A côté de ça, les parents bienveillants, EUX, n'ont aucun problème à sous-entendre que les autres, parents, ne le sont pas, bienveillants.

C'est comme le parentage proximal : eux répondent aux besoins de leurs enfants, les autres parents, par défaut, non, puisque sinon ils feraient du proximal.

Avant qu'on ne brandisse l'étendard de la mauvaise foi (qui, moi ? Jamais !), oui je sais qu'il s'agit d'une tentative probablement maladroite de mettre des mots positifs sur quelque chose qui leur fait du bien.

Est-ce que ça autorise à devenir implicitement juge de ce qui est bon et qui ne l'est pas ? Je ne crois pas, non.

Et là, c'est comment avec le parentage proximal. Je me retrouve dans une situation à la con où je fais comme eux pour une bonne partie, mais pas le package à 100 % qui garantit l'adhésion au club (ouf). Et surtout une envie violente de décoller toute forme d'étiquette qui me rapprocherait de ça.

J'ai vraiment du mal avec cette façon d'être parent qui consiste à labelliser ce qu'on fait (pour se rassurer de bien faire ?)

Ça m'agresse.

Un jour je chercherai peut-être pourquoi ça m'est tellement violent, ces mouvement de foule vers un dogme ou un autre.

Probablement le fait d'être assez hermétique aux mouvement de foule. Et aux dogmes.

Pour le moment : fuiiiiiir !!!

lundi 26 septembre 2016

C'est long, la rentrée

Alors il y a eu la phase vertiges, on va dire que c'est en voie de résolution, peu ou prou.

Il y a les enfants qui reprennent leur rythme. Ça va environ tout seul pour l'une, moins pour l'autre qui, entre sa mère à la maison pendant une semaine puis son père qui reprend le chemin du boulot trouve que c'est bizarre et moins marrant que tout le monde en même temps dans la piscine (je ne lui donne pas tort).

Et puis les retrouvailles avec la halte-jeux et son lot de microbes et autres virus.

On voit qu'on gagne un peu de résistance immunitaire, il a mis trois énormes semaines à attraper son premier rhume. Très costaud, le rhume, vu qu'il nous l'a gentiment distribué.

Nous voici donc épuisés par nos rentrées, les réveils à 6h15, les microbes, à gérer le rhume d'homme d'un bébé de deux ans tyrannique.

On aura pas fini de la digérer, cette rentrée, que ça sera déjà la Toussaint, j'ai l'impression.

Bref. C'est l'heure d'aller bosser.

mercredi 21 septembre 2016

Comment Noé a mangé le sandwich du SDF

L'autre jour, j'avais rendez-vous chez l'ORL-qui-m'a-dit-que-tout-va-bien à l'heure du déjeuner.

Mon Enchanteur m'y a gentiment accompagnée, et comme j'avais pris l'après-midi en congé, nous avions prévu de rendre visite à une amie après.

Entre les deux, une urgence, se nourrir, et plutôt vite.

Nous voilà donc, guillerets et rassurés, un peu affamés aussi, devant le McDonalds[1] de la gare de la ville où nous étions.

Devant le dit fast-food, un monsieur me demande une pièce. Que je n'avais pas, comme souvent, j'ai rarement de la monnaie sur moi. Il me demande alors si je peux lui payer un sandwich alors j'ai dit oui, et même un menu, on est entrés.

Mais maintenant chez Mc Do il faut commander sur une borne ! Or, ma connaissance des menus est si faible que je me retrouve comme une poule qui a trouvé des bretelles. Je propose donc au monsieur de choisir ce qu'il veut. Il cafouille lui-même un peu, mais au final, nous voici partis dans la (longue) attente de nos menus. A table. Je crois que je ne vais pas me remettre du fait d'aller au Mc Do et d'attendre qu'on me serve à table.

Quoi qu'il en soit, voici nos plateaux. Avec mon menu, celui de l'enchanteur, celui du monsieur et un burger de plus. Je me dis que bah, il doit avoir faim.

Pas du tout, il constate la présence d'un sandwich en trop !

J'ai donc trouvé la deuxième personne du secteur après moi inapte à se servir d'une borne.

On a échangé quelques politesses sur qui mangerait le sandwich, je lui ai proposé de l'emporter, il a refusé poliment. Et du coup après son menu, c'est Noé qui a mangé le sandwich (commandé en trop) du SDF. Le vil !

Quoi qu'il en soit c'était un de ces moments où la conscience du privilège est forte. J'étais contente de servir à quelque chose ce jour là et me suis sentie très maladroite. En lui proposant de s'assoir avec nous (je me disais qu'il devait se faire lourder plus souvent qu'à son tour et que manger assis, c'est plus cool, mais ça se trouve il n'avait pas envie, ou ça le gênait et il n'a pas osé refuser), en ne trouvant pas de sujet de conversation sans me dire que j'allais l'embarrasser avec un air de Bécassine Béate qui descend de son petit nuage rose.

Bref.

On était côte à côte dans des mondes violemment distincts. Je ne suis pas sûre que ça soit le monde de mes rêves.

Note

[1] C'est un truc un peu particulier, je n'aime pas le Mc Do, mais une fois par an je suis prise d'une envie dévorante d'un menu chez eux. J'en sors déçue et mal nourrie et le cycle repart pour un tour.

vendredi 22 juillet 2016

Avec et sans eux

Il a deux ans. Chaque contrariété (aussi minime nous semble-t-elle, mais notre point de vue est singulièrement différent) génère un piaillement suraigu.

Il a un niveau de patience inférieur à zéro, a besoin d'un public 95 % du temps et nous mange toute la ressource disponible.

Il fait une expérimentation périlleuse par tranche de dix minutes et est une sorte de test de résistance cardiaque à lui tout seul.

Mais quand je ne le vois pas ses tendresses et ses drôleries me manquent, ses mots de plus en plus assurés, ses phrases, ses rires.

Le vide qu'il laisse (en dormant dans la pièce d'à côté) est plus grand que le trop-plein qu'on éprouve parfois à l'endurer toute la journée.

Elle a dix ans. Et une vie gâtée mais pas forcément simple. C'est une diva, une attachiante, une beauté reloue, une angoissée tendre, un peu aussi.

Quand elle n'est pas là, la qualité du silence surprend. C'est caaaaalllme. Et puis on peut reprendre possession de notre lit, de notre télé, qu'elle squatte allègrement.

Il y a moins de bouderies mais moins de câlins.

Ils sont venus déjeuner avec moi ce midi et je l'ai laissée en larmes parce qu'on ne va pas se voir pendant deux semaines. Ma fille, cette dure à cuire qui, pendant qu'on regardait Le voyage d'Arlo me disait qu'on est pas non plus obligée de faire étalage de ses émotions (alors que je pleurais à gros bouillons).

"Je te préfèèèèèèèèèreuuuh" sanglotait-elle dans mes bras.

Alors quoi ? Tension passagère avec son père, effet "jeunes mariés" chez lui qui la gonfle ? Coup de blues très passage, les hormones Simone qui travaillent sa sensibilité ? Un petit manque de sommeil ou une des grandes décisions magistrales dont elle a le secret ?

J'espère avoir le temps de la voir un peu ce soir pour essayer d'en savoir plus.

Le vide qu'elle laisse est plus grand que l'espace qu'elle sur-occupe.

Avec eux, c'est épuisant, exigeant, difficile (mais aussi riche, drôle, vibrant d'amour, stimulant).

Sans eux, c'est plus reposant, c'est sûr.

Mais je préfère avec, tant, tellement.

(Bon, sauf peut-être pour un week-end once in a while, hein)

lundi 20 juin 2016

La valse

La semaine dernière, Lomalarchovitch a eu un truc qui ressemble suffisamment à une roséole pour qu'on se dise qu'il a probablement eu la roséole.

Bref, bébé un peu (un peu !) abattu, puis tacheté de rose mais sans appétit (SANS APPÉTIT !!). Puis bébé remis et hop, c'est reparti.

Vendredi soir, Cro-Mignonne avait froid. Un truc qui lui arrive une fois par an, et encore, les années bissextiles uniquement. La voici enroulée dans le plaid-doudou au bout de mon lit, je parlais avec mes parents au téléphone quand soudain, je réalise qu'elle s'est endormie (ENDORMIE !!!).

Le truc qui ne lui est pas arrivé depuis ses 5 ans et demi, quelque chose comme ça.

De fait, elle avait la chair de poule et plus de 38,5° de fièvre. On a annulé la pyjama party du lendemain et on a bien fait, ça a duré 36 heures comme ça sans autre symptôme qu'un mal de gorge fugace.

Et puis dimanche matin elle était remise et hop, c'est reparti.

Je l'ai rendue vaillante et en bon état (j'espère) à son père hier soir, et puis en faisant des bisous à son petit frère on l'a trouvé un peu chaud. Oui, il l'était un peu mais rien de méchant. Jusqu'à ce que ça grimpe et que finalement 38,3° et pas d'autre symptôme.

Ce matin c'était 38,5°, rieur et actif mais un peu branlant sur ses jambes quand même.

Comment vous dire ?

Un peu marre de la valse du Doliprane, là, tout de suite.

(Mais : que de câlins quand les enfants sont malades, oh oui oh oui !!)

vendredi 10 juin 2016

Colombes, quartiers abandonnés

Nous sommes donc un matin de juin 2016. Aux Fossés-Jean, quartier (très) populaire de Colombes.

J'ai croisé la directrice de l'école de ma fille, alors qu'elle sortait de sa voiture et que j'allais chercher la mienne. On échange trois mots, elle me dit que c'est compliqué, à l'école, qu'il y a une poignée de gamins incontrôlables qui perturbent les classes. Qu'on ne peut pas faire grand chose, qu'on a pas prise sur eux.

De fait, ce n'est pas la première fois qu'on constate la très faible implication des parents dans l'école : galères répétées pour trouver des parents accompagnateurs, une volontaire (sur 120 familles) pour organiser la fête de l'école... pour la partie la plus agréable. Mais aussi : parents ignorant les mots dans le carnet, les rendez-vous, ou alors ils viennent pour insulter la directrice, l'enseignant. Ou font oui oui de la tête mais semblent perdus.

"On a plus de mixité", me dit la directrice. Les familles les moins pauvres partent du quartier.

Faut dire, faut avoir un certain sens militant pour mettre ses enfants dans cette école dont les bâtiments se disloquent.

La municipalité nous répond, inlassablement "il y a 38 écoles à Colombes". Et il faut bien un dernier sur la liste, position que nous tenons fièrement depuis des années.

La municipalité argue que grâce à elle, les travaux de rénovation du quartier démarrent. La précédente dirait que c'est grâce à leur travail, la précédente que...

En attendant les équipements diminuent, les familles fuient, la misère sociale s'installe.

Qu'avons-nous fait pour en arriver là ? Nos politiques urbaines, sociales, montrent des limites, ça craque de partout.

Et la prise de conscience ? Niveau municipal, c'est à pleurer. Nous sommes la ville où, si un enfant vient à la cantine sans avoir été inscrit, il y a une pénalité. Jusque là, pourquoi pas ? Prix unique, 5 euros. Plus cher, donc, que le prix d'un repas (j'ai un QF de 6 et je dois payer un tout petit peu moins de 4 euros, donc pour la majorité des familles, ça peut même être le double). Et cerise sur le gâteau, il faut huit élèves "de dernière minute" minimum pour que la cantine centrale ajuste le nombre de repas livrés.

Récapitulons : un enfant vient à la cantine pour une raison bonne ou mauvaise alors qu'il n'a pas été inscrit dans les temps. Il va donc payer prix du repas + 5 euros pour avoir, potentiellement un morceau de la ration de ses camarades. Qui eux-même n'auront pas la quantité prévue pour leur repas alors qu'ils sont régulièrement inscrits.

Alors sur un plat de ratatouille pour 150 élèves, ça va, s'il s'agit de yaourts ou de portions indivuelles, ça devient plus compliqué.

Vous savez ce qu'a répondu la municipalité quand l'opposition s'est indignée de ces 5 euros sans nuances ? "C'est la justice sociale selon nous".

Ça doit se retrouver avec un peu de patience sur les vidéos des conseils municipaux de l'an passé.

Du coup quand ils nous font leur grand numéro sur les efforts pour notre quartier (qui doit représenter un petit quart des habitants de la ville), comprenez qu'on y croit pas trop, voire qu'un rictus crispé s'installe sur notre visage.

Mais vous savez quoi ? C'est de notre faute, on est les pauvres. On a pas mérité d'être riches et d'avoir la qualité de service public qui va avec. On a pas mérité des fenêtres qui ferment (ou ouvrent) dans une école étanche. On a pas mérité des réflexions sur l'urbanisation et le maintien d'une saine mixité, qui était pourtant une des grandes réussites de ce quartier il y a encore quelques années.

Et puis on s'en fout. On construit du neuf, le tramway arrivera au pied de la rue. Alors pendant quelques années ces nouveaux habitants plus riches mettrons leurs enfants dans le privé. Puis petit à petit on virera la misère sociale à coup de pression financière et de maltraitance dans d'autres villes, les plus riches gagneront, et là on reconstruira une école flambant neuve pour faire plaisir à cet électorat tout neuf, j'imagine.

Tant pis pour les mômes sacrifiés entre temps.

Tant pis pour le constat effarant qu'il y a des enfants de moins de 10 ans incontrôlables, et qu'on ne peut pas juste dire que c'est la faute des parents.

Tant pis pour la remise en question.

Après nous le déluge (et en plus on est en zone inondable).

Sauf si entretemps la colère des pauvres, de ceux qu'on maintient la tête sous l'eau en les traitant d'assistés devient plus forte. Et là qui vivra verra, la tête de qui sur quelle pique...

J'ai mal à mon quartier, j'ai mal à mes valeurs.

J'ai mal aux systématiques réponses des élus "c'est pas nous c'est les autres".

J'ai mal au monde.

mardi 7 juin 2016

Détail des tailles

Suite à cet article, et puis à celui de Sophie Gourion, ça a fait du bruit sur Twitter et Libé nous cite (merci à eux) (après l'intertitre "Fillettes" pour ceux qui ne veulent pas tout lire).

Et puis je suis allée chez Décathlon où j'ai fait le constat en live que ça marche presque à tous les coups, ces histoires de tailles filles plus petites que pour les garçons du même âge.

J'ai l'exemple des marinières Tissaia, Fille d'Album m'envoie elle aussi une photo issue de son shopping enfantin, du coup je me demande. Un tumblr où on rassemblerait tout ça ? Pour faire causer, pour illustrer, pour démontrer. Bonne idée ou pas ? Vous en pensez quoi ?

Par ailleurs il faut que je vérifie mais on m'oppose parfois que les enfants 3-10 ans ont des courbes genrées. Certes les courbes le sont, mais est-ce parce qu'elles sont sur une autre page qu'elles mentionnent des mesures différentes ? A vérifier dans le carnet de santé des mômes ce soir.

lundi 30 mai 2016

Est-ce que c'est un paradoxe ?

Je ne sais pas si c'est un paradoxe, cette dualité que je porte, ou bien si ce sont les autres qui amalgament ?

Ok, ok, j'ai la carrure, psychologiquement (et physiquement :p ) pour prendre sur mes épaules, pour organiser, prendre en charge. Faire la tour de contrôle, distribuer le job.

Prendre les décisions, piloter leur mise en œuvre.

Mais est-ce que ça veut dire que c'est OK pour moi d'être la seule "en charge" ? Ben non.

Ces derniers temps, il a fallu ajuster du budget et du plan de carrière, à la maison.

Alors oui pour optimiser, proposer, donner des idées, je suis là, pas de problème.

Mais depuis, encore plus que d'habitude, je me sens seule adulte à devoir vérifier où en est chacun, qui fait quoi, on sera ok pour le délai, et puis pour le mois prochain, comment ça va marcher ? On fait un point budget ce week-end ? Hey, on avait dit qu'on faisait un point budget, ce week-end. Et puis pour l'inscription à la cantine, tu auras les pièces ? C'est sûr ? Tu n'oublies pas d'y aller ?

Ça use, d'être l'adulte responsable. Même si j'y trouve du confort (une vague sensation de contrôler les possibles dérapages), et quelque chose qui me dit que je suis cap.

J'ai envie, aussi, qu'on s'occupe de moi, de mes creux, de mes états d'âme.

Qu'on s'inquiète de comment je vis, comment je le vis.

Et puis oui, techniquement, éthiquement, politiquement, je trouve que la fête des mères, c'est bof, mais que c'est quand même sympa un dessin. La grande a oublié (et m'a offert des smileys coeur sur hangouts pour se faire pardonner), le petit ne peut pas y penser, c'est en m'entendant en parler au téléphone avec mon père que son père s'est dit que...

Bref. On peut être gérer et avoir envie d'avoir un peu de soutien moral, de l'amour. De l'empathie.

Je ne doute pas qu'une partie des troupes en éprouve, en revanche pour l'exprimer, ils ne sont pas au top. Et pour saisir les perches non plus.

Alors je déprime un peu, entre le petit qui est en mode "j'ai presque deux ans", inusable pile dans la couche, la grande qui expérimente la pré adolescence, le genou toujours douloureux, le boulot éreintant, l'école qui a toujours plus besoin des parents d'élèves pour tout et n'importe quoi et l'autre adulte de la famille qui ne voit même pas que j'en chie. Et que j'aimerais bien, parfois, ne pas être la seule adulte en charge.

Ça va passer, je sais, je sais. Et puis la grande, quand même, sait voir et aider. Et puis l'autre adulte a appris à prendre des choses en charge. Et puis un jour je pourrais prendre du temps pour moi seule et reprendre mon souffle.

Mais là, le H24 sur la brèche, j'avoue, j'en peux un peu plus du tout.

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jeudi 5 mai 2016

Attention, ça taille un peu petit !

Alors voilà. J'ai une fille de bientôt dix ans [1].

Elle a toujours été en taille dans une moyenne haute (juste sous la courbe des 25 % les plus grands), ce qui est un étonnement perpétuel pour moi. Et un tout petit peu au-dessus de cette même courbe pour le poids. Faut dire qu'avec son poids de cheveux, en plus :D

Quand je la vois, elle me fait l'exact même effet qu'un fruit d'été juste mûr pour être mangé : joliment remplie, pleine de vie, pas maigre, mais vraiment pas grosse non plus. Elle a un petit bidon à géométrie variable selon la quantité de légumes disponibles au repas d'avant, des fesses pour lesquelles je me damnerai.

Bref. Magnifique.

J'ai longtemps cru que c'était parce qu'elle n'était pas "juste mince" que les fringues "de son âge" lui étaient très vite trop serrées. Concrètement, là, elle met du douze ans, et ça ne va plus durer très très longtemps. Alors, oui, je me suis longtemps dit que c'était ses jolies fesses haut perchées, rondes et fermes, celles-là même qu'on lui envie.

Et puis plus elle grandissait, plus j'ai eu l'impression qu'en fait, les tailles de fringues rayon filles étaient sous taillées. Sans parler du fait que les t-shirts sont cintrés, les pantalons forcément slim, enfin bref, la mode enfantine a bien changé, depuis nos sous-pulls unisexes et nos pantalons en velours de même [2].

Enfin bref, quoi qu'il en soit, depuis des années je regarde ça d'un oeil dubitatif en me demandant si, tout en me disant que bon, faudrait être bien cynique pour sous-tailler les fringues de petites filles de beaucoup beaucoup de marques et leur faire ressentir dès le plus jeune âge qu'elles sont TROP GROSSES POUR LEUR AGE (et ceux via des parents pas du tout réceptifs aux messages généralement peu bienveillants concernant l'acceptation de soi d'un côté, et la consommation de l'autre).

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Depuis presque 22 mois j'ai un fils. Mon père le surnomme l'ogrillon, j'ai entendu le sobriquet "Viking". Enfin bref. il est grand. Il est déjà plus grand que la taille moyenne à deux ans. Mais bon, il a encore les pieds qui touchent par terre, la plupart du temps, je vous rassure.

On commence à virer le deux ans de son tiroir parce que ça tire un peu, et à le passer en trois. Il se trouve qu'il aime le rose alors on lui a acheté une marinière avec rayures roses. Et puis un petit t-shirt bleu avec un cœur trop mignon. J'ai pas fait gaffe dans le rayon promo de mon supermarché, j'ai pris du trois ans, en me disant que ça allait au moins lui faire la saison, ma pauv'dame. C'est en rentrant que j'ai vu la mention "T-shirt fille" sur le bleu. Et par déduction que j'ai pigé, pour les rayures roses. On lui a pris des fringues dites "de fille" [3].

Et puis là on lui a mis.

Et bé ça fera pas la saison.

Alors que le t-shirt garçon de son pyjama, il n'est pas horriblement trop grand mais quand même, on voit bien qu'il a de la marge, surtout en hauteur.

Là, avec ses t-shirts de fille, il est bien moulé, ça lui remonte au-dessus du nombril quand il lève les bras.

Du coup oui, je peux confirmer. L'injonction sur le corps des filles, ça commence à trois ans. Et il y a des parents pour mettre leurs mômes au régime, oui, je dis bien au régime, à cause de ça. D'autres qui habillent leurs enfant au rayon adulte. D'autres à les faire monter sur la balance pour bien leur mettre en tête qu'elles ne sont pas dans la norme souhaitable dès le plus jeune âge. Je vous jure. Il y en a. Beaucoup.

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Je vous mets la photo du plus grand (et moins cintré) des t-shirts, sur l'autre, c'est pire. Dessus un t-shirt fille (vous aurez compris, hein, y a du rose) en taille 3 ans. Dessous un t-shirt garçon taille 3 ans. Sans même focaliser sur la longueur, il y a bien 2-3 cm d'écart (à multiplier par un devant et un dos, donc le double, voyez ce que ça fait comme différence sur un corps d'enfant) en largeur.

Je suis dans une rage folle. Contre le monde. Contre les injonctions faites sur le corps de toutes petites filles. Sur le fait de faire flipper des parents si tôt, sur les fabricants, les distributeurs, les cons. En colère.

Et je partage avec vous.

Pour que tous les parents qui se disaient que c'était bizarre, cette taille de vêtement, tiltent comme j'ai tilté. Pour qu'on ait encore moins de remords à piocher dans les rayons qui leur vont, pour qu'on coupe leurs étiquettes (ça rend le tri compliqué, je sais, j'ai fait !), pour qu'on les rassure, pour qu'on soit de moins en moins nombreux à être dupes et de plus en plus nombreux à être scandalisés.

Parce que c'est un scandale.

Notes

[1] dans 16 jours, me dirait-elle à l'oreille si elle n'était pas très occupée à jouer en ce moment même

[2] oui je suis un dinosaure né dans les années 70 si je veux, non mais ho !

[3] mais je vous rassure, son pénis est resté bien accroché et il n'a pas l'air de se sentir blessé dans son ressenti du tout. Juste, il a pointé le rose et fait "cochon" d'un air ravi, paraît-il

lundi 2 mai 2016

Gonze de féministe

Je fais un clin d'oeil au site antédiluvien "Copine de Geek", dans ce titre, mais en fait, il s'applique aux conjoints de toutes. Et non, pas nécessairement aux conjointEs dans les cas de couples homo justement parce qu'il s'agit d'intériorisation de valeurs "dites féminines".

Je participe à un projet qui est bien chouette sur la maternité et le féminisme. Et dans les discussions préparatoires, il y a une phrase qui a fait tilt.

Pourquoi on dit que les hommes devraient aider dans les tâches ménagères ? Aider, c'est faire la gentillesse de donner un coup de main. C'est prendre en charge un petit morceau. Alors que, dans ce qui nous occupe, il s'agit de partager également la responsabilité d'un foyer.

Cette phrase est entrée en collision avec plein de choses vécues, de comportements visibles, de conversations. Et le constat que même nos mecs, "alliés" et parfaitement convaincus de la nécessité du partage en théorie, ne sont pas forcément dans la posture qui convient en terme de pratique.

Commençons déjà par déconstruire un peu le stéréotype. Autour des machines à café, quand on parle des rapports entre sexes (rire gras), on explique généralement que bon, chez nos ancêtres, les hommes allaient chasser le mammouth pendant que la femme vaquait en chantant à des activités plus faciles physiquement, comme la cueillette, l'élevage des enfants, les soins au foyer.

Passons sur cette vision rigoureusement scientifique (ahem) et interrogeons-nous. Qui parmi les hommes que nous connaissons est réellement allé chasser le mammouth dans les dernières années ? Personne dans les derniers millénaires.

Du coup, on a remplacé la chasse par des tas d'autres activités dites masculines comme gagner 25 % de plus en se levant le matin ou aller faire la guerre, mais fondamentalement, cette aptitude de Killer de Mammouth est devenue environ inutile. Surtout depuis qu'on chasse dans les rayons du supermarché, ce qui est à la portée de tous sans distinction de genre. Et même, rions donc, est devenu une activité de gonzesse, faire les courses, dites donc.

Donc voilà. On ne naît pas Fâme avec la vocation de servir le foyer. C'est dit. Ce ne sont pas des prérogatives féminines que de s'occuper de la maison, ce ne sont pas des choses innées qui éclosent de nos petites mains vaillantes mais joliment manucurées.

Mettons que nous ayons affaire à des hommes qui ne trouvent pas que c'est dégradant d'être une femme (et donc de se livrer à des activités de femmes). Et qu'ils soient déjà conquis à l'idée qu'ils peuvent le faire (en théorie), soyons même fofolles, disons-nous qu'ils en ont déjà fait, des trucs de la maison.

Ouah.

Soyons bien clairs, on ne vous dira pas merci. Parce que le foyer commun, comme son nom l'indique, il est commun. Et qu'il nous appartient en commun (je sais, je me répète) d'en faire un lieu vivable pour chacun de ses habitants. Alors non, on ne vous dira pas merci à chaque machine vidée, ou alors vous le faites à chaque fois qu'on fait un truc aussi. Je vous renvoie à cet excellent article qui m'a donné plein d'inspiration et de clés logistiques (oui, on a des corbeilles, plein, et les mômes rangent leur linge). Et qui en prime m'a déculpabilisée. On ne vous dira pas merci, mais on vous respectera et on vous montrera (ou on essaiera) le plaisir qu'on a à vivre dans un foyer propre et serein.

On ne vous fera pas de listes. J'en rigole maintenant mais au début de notre vie commune, l'Enchanteur, plein de bonne volonté, mais surtout d'inertie, m'a demandé une méthodologie pour nettoyer la salle de bains. Oui vous pouvez vous étouffer de rire.

Donc si vous ne savez pas comment faire, plutôt que de nous prendre pour vos mamans qui avons du temps pour faire votre éducation en plus de nettoyer, allez sur internet. Y a tout. Je suis sûre que vous trouverez des tutos pour tout faire dans une maison, et même des bonnes idées qu'on a pas encore eues. Et là vous allez forcer notre admiration.

Et puis arrêtez de penser que nous sommes les grandes vestales de la vie du foyer, qu'on va, en un éclair de génie, savoir à quel moment organiser les vacances, la rentrée, quelles courses faire, et quelle sortie éducative et sympa pour le week-end.

Prenez des initiatives. Si elles sont mauvaises, tant pis. Si elles sont bonnes, génial.

Arrêtez de vous reposer sur nous pour prendre les décisions et organiser le qui fait quoi. On a pas gagné le droit au sérieux et à la responsabilité. Nous aussi on adore glander des heures en attendant que ça tombe tout cuit. Et les mômes qu'on a, on a choisi de les faire / les inclure dans notre foyer. Ça ne contient pas une clause de "moi aussi je suis un peu ton enfant ma chérie". Non non non. Jamais.

En écrivant ce billet mi fâché mi rigolard (parce qu'il vaut mieux en rire), je mesure qu'en plus, on peut progresser. Si je prends notre exemple domestique, mon Enchanteur, il est passé de zéro (rappelez-vous, la méthodo salle de bains) à la gestion de la bouffe de la semaine, du lave-vaisselle, d'une bonne partie des machines.

Certes, il lui manque encore un peu d'initiative personnelle, mais il commence à ne plus me demander mon avis sur tout et à FAIRE. Et ben vous savez quoi ? Ça allège sérieusement notre quotidien et ça permet de moins s'engueuler sur des trucs de peu d'intérêt comme le ménage, et de plus rigoler autour de séries. Que du bonus.

Donc voilà. C'est possible. Ça ne tache pas.

Ça fait juste de vous nos partenaires. Nos alliés. Et devinez quoi ? C'est tout juste ça qu'on cherche. Allez même savoir si c'est pas bon pour le couple, dites donc. En voilà une idée révolutionnaire, non ?

mercredi 30 mars 2016

Et ben non, c'est pas facile

Je ne sais pas si c'est l'âge, le recul, l'expérience, mais je me suis rendu compte qu'on était très nombreuses à minimiser quand il s'agissait de s'épancher sur un sujet difficile lié à la maternité.

Du genre "j'ai les nerfs en pelote parce que mon bébé a hurlé toute la journée. Pourtant, c'est un bébé facile".

Stop.

Arrêtons.

Un bébé "facile", ça n'existe pas. Certes il y a des bébés gros dormeurs, des bébés qui ne font ni coliques, ni reflux, des bébés pétaradants de santé. Des bébés dont on dira ici qu'ils sont moins difficiles que d'autres.

Mais rappelons quand même qu'un bébé c'est un être en construction qui dispose de peu de moyens de communication. Pour la partie positive de la communication, ça fait des tas de bonheurs, pour la partie négative, c'est cris ou pleurs ou hurlements. Et TOUS les bébés pleurent. Oui, c'est usant, nerveusement. Oui c'est difficile de rester calme, sereine et positive après plusieurs heures de ce traitement.

Et puis les bébés ils ont une digestion très personnalisée. Ils mangent quand ça les arrangent, chient quand ça nous met le plus dans une posture compliquée. Et ils demandent des soins immédiats. Et puis quand ils commencent à sortir du biberon ou du nichon, c'est pour malaxer, pétrir, expédier, pulvériser de la bouffe PARTOUT. En plus on nous explique que c'est bon pour leur motricité. Et puis nous, ça ne peut pas nous faire de mal au "manger bouger" de nettoyer derrière eux plusieurs fois par jour, hein.

Quand ils grandissent, ils sont super maladroits. Ils se bugnent sans arrêt, explorent pile le centimètre carré douteux alors que vous avez sécurisé tout le reste de la maison. Ont un radar pour détecter un truc dangereux et se précipiter dessus où qu'ils soient. Ils ont besoin d'une surveillance permanente et même comme ça, ça ne suffit pas.

Ils ont un caractère impossible. C'est pas de leur faute, ça s'apprend, résister à la frustration. Pas de bol, c'est nous qui devons leur apprendre. Comme la patience. Et le pire, c'est qu'un bébé qui grandirait et ne piquerait jamais une crise ou ne s'amuserait pas à dire non à tout propos, on s'inquièterait pour lui.

Et puis ils s'emmerdent. Il y a besoin de leur proposer des jeux sur lesquels ils se concentrent / s'amusent, et des sorties pour prendre l'air, et des activités, et ceci et cela. Tous les jours. Jusqu'à ce que la nounou / crèche / halte jeux / maternelle vienne nous délivrer (et là on se plaint de ne plus avoir assez de temps pour eux). Et là ils tombent malade pour les années qui suivent. Le rhume continu, c'est le tarif minimum. Celui qu'on chopera aussi.

Tout ça pour dire que même quand ils sont "faciles" (c'est-à-dire qu'ils dorment raisonnablement la nuit, acceptent de faire une sieste, mangent sans trop de difficultés, tombent malades de trucs pas plus graves qu'un rhume / une varicelle et pas trop trop souvent, pas plus de tous les 15 jours), élever un bébé en essayant de le faire au moins mal, ce n'est pas FACILE.

Et encore, on a même pas évoqué les valeurs qu'on veut transmettre et qui se heurtent à plein de trucs. Le bleu pour les filles, le gamin qui veut faire de la danse. Les autres qui Savent. La déconstruction de tout un tas de chose, la construction d'autres, confrontées à ce que nos enfants en font.

Alors ok, globalement, on a fait exprès de les faire. Ils nous apportent, outre leur maillon de perpétuation de l'espèce, de l'espoir, de l'amour, du rire, des ouvertures vers plein de choses. Oui on savait. Ou on croyait savoir.

Et on ne les regrette pas.

C'est juste qu'ils nous transforment en esclaves éreintés de leurs besoins infinis. En paradoxes ambulants, jamais rassasiés de la joliesse de leur enfance, consternés par le temps qui passe, mais aussi dépités par le manque devenu total de temps personnel. Et inquiets. En permanence. Pour rien ou pour des trucs importants. On s'en passe. On se réjouit d'avoir 10 minutes seule une fois toutes les 6 ou 7 semaines. On endure, mais c'est dur.

Tout ça pour dire : ce sont nos enfants, nos choix, on les assume.

Mais par pitié, les copines. Ne minimisez plus, ne cherchez plus à vous excuser. Ne dites plus "pourtant j'ai de la chance, il/elle est facile".

Parce qu'aussi choupis qu'ils soient, aussi formidables, aussi merveilleux, non, ils ne sont pas faciles. Ce n'est pas facile.

Et il y en a marre de se plier à l'injonction de la mère parfaite qui traverse tout ça avec le sourire ébahi permanent.

C'est pas facile.

On s'en tire bien. Plutôt. Suffisamment. Enfin on espère.

C'est pas facile.

On en retire parfois une certaine fierté.

Mais ce n'est pas facile.

Et que ceux qui voudraient qu'on se taise là-dessus et qu'on ressorte nos sourires épuisés mais heureux 24 h / 24 aillent se faire cuire les fesses.

On a le droit de le dire.

Que ce n'est pas facile. Et oué, heureusement qu'il y a des moments de bonheur indicible. Sinon ça ferait bien longtemps qu'il n'y aurait plus d'humanité pour bousiller l'humanité, c'est moi qui vous le dit.

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lundi 7 décembre 2015

Alors voilà.

Il y en a certainement pour avoir parlé de "la France qui se réveille avec la gueule de bois".

J'ai fermé les écoutilles le plus possible depuis hier soir.

Parce que figurez-vous que ce qui me met dans une colère de malade, c'est n'est pas le résultat des régionales, c'est le fait de n'en être pas surprise, et, pire, que d'aucuns s'en effarent.

Encore un coup de ces idiots d’électeurs qui ne font pas comme on leur dit. Ou à ces abrutis d'abstentionnistes. Ou de ces crétins de "les autres", hein ?

Et déjà les mêmes litanies sur les raisons pour lesquelles, les fronts à faire ou à ne pas faire.

Soupir.

Évidemment pas un pour remettre en cause les politiques urbaines, d'éducation, économiques, sociales, ou tout simplement la considération des citoyens qu'on a pu oublier d'avoir.

Faudrait pas fâcher les riches. Les pauvres, ils ont déjà assez de problèmes.

Ni le Medef ou le CAC40. Clergé moderne.

Alors si on ne veut pas contrarier tous ces gens, on ne va quand même pas se poser des questions sur comment vivre ensemble, hein ?

France, patrie des droits de l'homme, c'te bonne blague. J'ai un sourcil ironique levé à l'idée que celui que d'aucuns surnommaient Flanby a déjà préparé le terrain pour la future présidente de 2017.

Parce que oui, hein. Pas la peine de se mettre la tête dans le sac, disons-le tout net : il y a des possibilités tout à fait solides que la merde empire dans les années à venir.

On va donc en prendre plein la gueule.

Et peut-être que quand on aura bien bien bien mal partout, bien plus fort qu'à nos petits privilèges, on commencera à refaire travailler l'intelligence collective, un petit peu ? On verra bien.

En attendant, "Des armes", histoire de.

::video YouTube id='nMOimPB8aOY'::

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A propos d'armes, il y a celle qui me paraît essentielle, l'éducation. Si ça vous intéresse, n'hésitez pas à faire un tour ici et à contribuer

mercredi 2 décembre 2015

La chasse à la baleine

Y a des jours, vous êtes content(e)s que les vêtements tombés du placard le matin correspondent finalement aux péripétiesqui vous attendent.

Par exemple, quand vous vous retrouvez en fin d'après-midi en pleine chasse à la baleine.

C'est ce qui m'est arrivé lundi. On avait, avec deux collègues, rendez-vous avec une agence de communication. Pour ceux qui ne m'ont jamais vue en vrai, il faut savoir que je fais des gestes en parlant. Potentiellement de grands gestes.

Or donc sur le dernier tiers de la réunion, je sens au détour d'un de ces gestes illustratifs un truc désagréable qui me rentre dans le sein droit.

Pour avoir déjà vécu cette sensation déplaisante [1] j'ai identifié sans peine le coup de la baleine de soutif qui perce sa gaine de tissus et prend sa liberté, après avoir subi les contraintes du job un peu trop longtemps à son goût.

Il se trouve que j'avais une chemise / tunique ample à large encolure. Ce qui m'a mise tout de suite dans l'embarras (si elle remonte d'un centimètre, impossible de cacher le truc, tout le monde va la voir) autant que dans la possibilité d'intervenir illico presto.

J'ai donc pris une posture un peu étrange en mode "allangui, mais je cache mon décolleté d'un bras" et de l'autre, ait profité de la forme de demi-cercle de la baleine pour la pousser hors de sa gaine en exerçant une sorte de rotation en passant par le bas du vêtement.

Une fois dégagée, fort heureusement sans trop d'encombres, je l'ai récupérée toujours par le bas et donc sous la table[2], je la récupère.

J'ai ensuite terrassé et plié tant que j'ai pu la baleine (connue pour sa souplesse) pour la mettre dans la poche de mon pantalon.

A la fin de la réunion, j'ai évacué ma baleine dans la corbeille à papier [3]

Mes collègues assurent n'avoir rien vu. Quant aux trois messieurs de l'agence, ils ont été polis. Morale de l'histoire : soyez toujours prêts pour la pêche à la baleine.

(Et sinon, je vais vous embêter encore un peu avec tout ça, mais que ceux qui trouvent que c'est une bonne idée n'hésitent pas à relayer, et pourquoi pas soutenir avec un petit don notre projet "Tous bons élèves !" à l'école Langevin Wallon de Colombes)

Notes

[1] il y a même une fois où j'avais dû retirer mon soutif, en le faisant passer par mes manches, à un feu rouge, tellement c'était intenable

[2] comme quoi les vêtements du haut pas rentrés dans le pantalon, c'est pas juste une question de style, c'est aussi se préparer à toutes les situations

[3] car l'expérience m'a déjà montré plusieurs fois que la gaine recousue, en tout cas par mes soins, ne suffirait pas à contenir la baleine plus de quelques heures

vendredi 27 novembre 2015

Je vais vous taper du pognon

Gens, copains, inconnus du ouèb, amis, familles, je vais vous taper du pognon.

C'est pas pour moi, c'est pour les enfants.

Pas pour les miens (enfin pas directement).

C'est pour les enfants de l'école de ma fille. Nous sommes dans un quartier où les parents ont du mal à soutenir leurs enfants en situation difficile, à l'école. Un quartier où 30 % des élèves n'ont pas le niveau requis en fin de CM2. Des élèves pour qui on sait qu'ils sont déjà en échec en élémentaire, ça fait mal, je trouve. Dans un pays où l'on cultive la religion du fort en math, du parcours académique, et où ceux qui n'entrent pas dans le moule ne sont pas célébrés à tous les coins de rue.

Alors quand l'ancien enseignant de Cro-Mi, au conseil d'école, nous a dit qu'il allait profiter de son statut de PDMQDC[1] pour faire entrer un peu de Montessori (entre autres) dans l'école, j'ai fait quinze pas en avant pour me porter volontaire. Inspiré par l'expérience de Céline Alvarez, qui a donné des résultats encore meilleurs qu'attendus, il a l'énergie et l'envie qu'il faut pour expérimenter des choses, pour ne pas baisser les bras contre l'échec scolaire.

Alors voilà.

Vous pouvez allez lire tout ce qu'il faut savoir sur le blog du projet, Tous bons élèves ! [2]

Et si vous pouvez donner quelques sous (il nous faut environ 2 900 euros pour équiper une classe, un peu moins de 9 000 pour en équiper trois.

Bien sûr il y a des démarches faites pour obtenir des financements, mais ça ne sera pas suffisant.

Alors, donc, si vous voulez donner quelques sous, c'est ici.

A vot' bon coeur, à la santé des enfants qui pourront en bénéficier. Et faites tourner, siouplé.

Notes

[1] Plus De Maîtres Que De Classes

[2] un blog dotclear il va de soi

lundi 16 novembre 2015

Que faire de la peur ?

Même pas peur, cri bravache, cri un peu enfantin.

Bien sûr qu'on a peur. Parce qu'on est humains. Parce qu'on a bien des raisons de ne pas être optimistes. On fabrique de l'exclusion, de la discrimination depuis des décennies, on refuse de voir... et ça nous pète à la gueule, littéralement.

J'ai bien peur, donc, que ça ne soit pas la dernière fois.

Pour autant, même si, fondamentalement, on a peur, que faire de cette peur ?

Pour ma part, une réponse est évidente : continuer à vivre. Sans minimiser le danger, mais sans le voir partout. Sans terroriser ma fille en lui faisant porter le poids d'une terreur aveugle qui n'est pas la peur.

Une autre réponse essentielle : en ayant certainement pas peur de l'autre. En continuant à saluer les gens dont je croise le regard dans la rue, quelle que soit leur tenue, leur tronche. En faisant entendre ma voix à chaque fois qu'un discours insoutenable sera tenu en ma présence. Pas par espoir de faire changer d'avis, mais dans celui de donner du courage, peut-être, à ceux qui se taisent même quand ils ne sont pas d'accord ? Un peu vaniteux, sans doute. Je n'ai pas d'autres armes.

Faisons quelque chose de beau de cette peur qu'on nous prive de nos libertés, de nos vies, de nos façons de vivre : rapprochons-nous. Faisons bloc avec nos différences conciliables, pas avec nos ressemblances.

Voici ce que je me dis, là tout de suite, dans le chaos du dedans de ma tête.

mardi 10 novembre 2015

Z'en avez pas marre, les gars ?

Depuis des années, il y a un truc qui me sidère dans les discussions "para féminisme".

De plus en plus, il y a des hommes pour dire qu'ils sont d'accord sur le fait que plus d'égalité est souhaitable, qu'ils souhaitent prendre leur place dans des domaines comme la parentalité, que les "combats" féministes les y aident, d'une certaine manière, en ouvrant le champ des possibles pour tous les genres. Et ça c'est chouette, même si du coup, ces hommes "prennent de la place" et qu'il s'agit ENCORE d'eux.

De façon horripilante, il y a au moins un mec par conversation pour dire "oui mais moi je ne suis pas comme ça". C'est très bien, on en est contents, on donne le cookie au monsieur et ça n'est pas le sujet. Mais au moins, disons qu'ils ont une conscience, quelque part, et même s'ils ramènent à eux, on peut espérer qu'au bout du compte, dans les faits, dans le quotidien, ils aient des pratiques moins chiatiques que d'autres, au bureau, à la maison, dans la rue...

Mais, très très très rarement, quand il s'agit de foutre la paix aux femmes dans la rue, par exemple, ou de viol conjugal et que le pathétique "argument" vêtements / attitude / maquillage / allure de la victime surgisse et finisse par leur "donner tort", face à ces pauvres mâles qui ne peuvent rien faire contre des pulsions très naturelles, il en est pour s'indigner. Je crois même que je n'ai jamais entendu un homme dire que l'argument ne tient pas la route. Alors que j'ai souvent entendu des hommes ricaner avec un air connivent (dans le meilleur des cas) à l'évocation de la salope qui passe les jambes à l'air.

Alors je pose la question.

Que vous soyez séduits par une robe, une allure, un sourire, une chevelure, bref, qu'une personne attire votre attention n'est PAS la question. Figurez-vous que ça arrive à tout le monde, mêmes aux femmes (qui, oui, ont le droit d'être séduites aussi et de ne pas attendre le bon vouloir du mâle).

Mais vous n'en avez pas marre d'être réduits à vos pulsions ? Et si vous deviez vraiment toutes les suivre, combien de personnes devriez vous frapper, tuer, embrasser, violer par jour ?

Sérieusement, ça ne vous indigne pas qu'on vous dise que vous, les hommes, vous êtes des animaux conduits par votre cerveau reptilien ? Ca flatte quoi, chez vous, au juste ?

Encore une fois, qu'on ait de l'appétit pour un autre, c'est la vie et c'est ça qui fait que l'espèce a un peu duré.

Mais qu'on se serve de cet argument pour expliquer que les femmes ont tort d'être dans l'espace public, et encore plus tort d'y être comme elles sont, et que ça ne vous fasse rien de vous faire insulter au passage, ça me dépasse.

Rappelons au passage que la grande majorité des coupables de viols font partie de l'entourage de leur(s) victime(s). Et que, tant qu'on y est, s'il n'y avait que de belles gonzesses dénudées pour se faire violer, ça se saurait.

hashtag pointvenusdemilo

jeudi 5 novembre 2015

Ca ne se voit pas

J'ai la chance, dans le grand groupe humain porteur de handicaps et / ou de maladies invisibles, d'en avoir dégotté une qui n'est "pas pire" à gérer, une fois qu'on est arrivé à trouver le bon dosage dans le traitement.

Ne vous méprenez pas, tant qu'on y est pas arrivé, c'est un enfer. Un enfer dans lequel on se sent rarement compris.

Parce que tout le monde a déjà été "fatigué".

Du coup une fois que vous avez dit que vous êtes chroniquement fatigué(e) et qu'en plus vous dormez mal, on vous plaint cinq secondes, et éventuellement on vous enchaîne sur le bébé matinalement éveillé, ou le chat du voisin qui a miaulé et qu'on est soi-même un peu crevé, ce matin, qu'on irait bien se recoucher ou faire une sieste.

Or, il n'y a pas de mots pour décrire ce fond du trou des très grandes fatigues. Ça parlera à ceux qui me connaissent le mieux, je crois être une personne capable de rebond, d'optimisme et de faire au mieux avec ce qu'on a. Et certains jours au plus profond de l'hypothyroïdie, il m'est arrivé de pense que quand je serai morte, au moins je n'aurais plus à faire avec cette fatigue.

Autant vous dire que ça fait un peu bizarre quand on a pas trop l'habitude de subir des pensées sombres au long cours. Sans parler des choix peste ou choléra qu'on fait pour survivre, comme réduire à néant sa vie sociale parce que zapper l'une des rares siestes possibles, c'est pas envisageable. Rien à voir, donc, avec le fait d'être "normalement" fatigué par une vie d'adulte.

Mais, pour moi, ça va mieux, beaucoup mieux, je retrouve ma vie et l'entrain qui l'accompagne généralement avec grand plaisir, et un petit sentiment d'irréalité accompagne les souvenirs des pires moments. Comment ça a été possible (et merci la chimie).

Il n'en reste pas moins que je garde en mémoire le déni que font les autres, souvent très involontairement, de ce qui vous arrive.

Ça ne se voit pas donc ça s'oublie vite.

Quand j'ai dit à mes chefs et + 1 et + 2 que j'avais un japonais, ils m'ont fait part de leur grande compassion, et puis basta, par exemple. Comme je suis du genre combatif, j'ai fait ce que je devais et considérablement puisé dans des maigres ressources pour faire le job, minimiser les impacts sur mon travail. Mais ça m'a coûté (et ça a dû coûter à mon amoureux). Sans parler des fois où je suis arrivée au bureau en me disant que chouette, la fatigue ne m'avait pas encore tuée sur la route.

Bref, à aucun moment on ne m'a proposé de voir avec les RH ou la médecine du travail si on pouvait aménager des choses pour que je reste une salarié qui fait bien son boulot sans me tuer à la tâche. Pas parce que je suis dans une entreprise où on s'en fout, juste parce que bon, être fatigué, hein, tout le monde l'est. Ce n'est pas une maladie. Sans déconner.

Ça a tenu, tant mieux. J'ai réussi à en rire, parfois, à faire avec, la plupart du temps. A ne pas être trop en colère avec les comparaisons douteuses.

Je suis combative, ça m'a servi. Ça m'a peut-être aussi pris des ressources que je regretterai un jour, on verra bien. Ça m'a tenue, très certainement, aussi, cet engagement vis-à-vis de moi à bien faire mon boulot.

Mais je pense à tous ceux qui portent un handicap ou une maladie invisible, et pour qui la vie professionnelle et le suivi d'un traitement contraignant, à heures fixes, ou à effets secondaires (ou le contrôle de leur état, par exemple, pour les diabétiques) devient une mission impossible, ou bien une mission qui bouffe une énergie dont on a besoin par ailleurs.

Et je trouve ça injuste.

Les maladies et ou handicaps invisibles, c'est un peu la double peine.

J'ai de la chance, la mienne ne met pas en cause ma survie ou ma mobilité. Mais ce n'est pas le cas pour tous et je leur adresse ici de fraternelles pensées.

mercredi 28 octobre 2015

Je dors (ou presque)

On a ajusté encore un peu, pour mon japonais, et magie, je dors !

Enfin sauf en période de changement d'heure où je suis toute décalée, ou parce qu'il fait trop chaud ou parce que le Ronpiche ronpiche en lattant au passage mon oreiller anti-bruit (j'aime pas les boules quiès).

Mais il y a des nuits où je dors, et même parfois 8 heures !

C'est bon.

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