Sacrip'Anne

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La vie et toutes ces sortes de choses

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mardi 18 juin 2013

Une drôle de chose que la vie

La vie c'est un peu dingue.

On est sonnés par nos histoires et nos mésaventures, et soudain surgit l'impensable.

C'est ce qui m'est arrivé il y a deux ans. Sans même devoir acheter de Rolodex pour en faire tourner les fiches, il y a un grand blond chevelu qui a surgi dans une conversation et qui n'en est plus sorti.

Je me souviens avec émotion de tous ces mots échangés, je crois que depuis, à part un bref séjour hors de portée des réseaux, on a plus jamais arrêté de se parler, tous les jours. De rires en pagaille. De découvertes, d'hésitations, de grandes fleurs bleues qui étaient aussi des humains plus complètement jeunes, et beaucoup blessés.

Je crois que ce qui m'a plu chez lui, c'est tout ce qu'il était sans vraiment être sûr de le savoir, d'en être certain. Depuis, il me montre tous les jours que c'était vrai, que c'était bien lui.

Mon Enchanteur, c'est quelqu'un qui commence à vous aimer un jour et ne s'arrête plus. Je me dis que c'est pour ça qu'il se faisait un peu des frayeurs, à savoir sans trop savoir ce qu'il voulait de moi. A craindre ce qui fait souffrir et à vouloir ce qui rend vivant.

Ce qui compte, c'est le résultat. Et le résultat, c'est qu'on est quand même achement heureux, tous les deux, trois, quatre. Et que quand viennent les coups durs très durs, on arrive à se tenir et se soutenir sans perdre de vue ce bien qu'on se fait.

C'est bon.

lundi 17 juin 2013

Dinosaures

On a emmené une des stagiaires du marketing déjeuner avec nous.

Qui nous a collé un sacré coup de vieux en ne sachant pas qui était je ne sais plus quelle idole de notre jeunesse enflammée.

Du coup on s'est enfoncés encore en lui expliquant qu'on avait connu Madonna jeune et Michael Jackson noir.

Depuis, sur le plateau, ambiance top 50 où fusent les plus grands noms de la variété internationale et française.

Le camarade L. entonne "and when the rain begins to fall" dans un plus pur style Jermaine Jackson et Pia Zadora. Quant à ma voisine A, elle lutte désespérément contre Stéphanie de Monaco. Mais si, rappelez-vous, "Comme un ouragan !!!".

La stagiaire a détalé depuis longtemps, mais je pense que maintenant, en plus, elle trouve que c'est moche, de vieillir ! :p

mardi 11 juin 2013

Aveuglements

Ça m'agace nettement, quand, en face, plusieurs sont à insinuer que sans doute, le Lutin Facétieux, s'il tapait Cro-Mignonne, c'est parce que cette dernière serait trop autoritaire.

Certes, elle l'est, autoritaire.

Mais :

  1. ça revient, déjà, à justifier, à dire qu'il y aurait de bonnes raisons de frapper. Surtout sur une base quotidienne, hein.
  2. ça revient à présumer qu'on serait dans l'aveuglement le plus total. Or, évidemment, nous ne sommes pas dans le schéma qu'ils voudraient bien nous coller, le gentil garçon lâche et couillon qui pour plaire à sa nouvelle compagne prend la défense de sa belle-fille plutôt que de son fils. Non seulement c'est insultant pour chacun de nous quatre, mais en plus, c'est faux. Bien sûr qu'on l'a reprise, et parfois sévèrement, à chaque fois qu'on la trouvait trop autoritaire avec lui, bien avant que cette histoire ne démarre.
  3. ça veut dire aussi qu'il faut bien se fermer les yeux pour ne pas voir QUI est le Lutin Facétieux. Car celui-ci, pour lui faire faire un truc qui lui déplaît, faut se lever de bonne heure. Concrètement, quand elle le "boss" trop, il tourne le dos et s'occupe au jeu qui l'intéresse. Et généralement, c'est plutôt elle qu'on récupère éplorée parce que lui veut inventer des règles pas drôles que l'inverse.
  4. ça implique de fermer les yeux sur ce qu'ils sont, ensemble. Ceux qui les ont vus et ne cherchent pas à s'aveugler ont pu constater que, autoritarisme ou pas, ils jouent ensemble, beaucoup, sans engueulades majeures, et en plutôt bonne intelligence. Ils se connaissent, ils sont habitués l'un à l'autre, ils ont passé de longues périodes de vacances ensemble 24/24 ensemble, et sans le moindre coup.
  5. ça veut dire qu'on nie l'élément le plus intrigant de cette affaire : ça se passe exclusivement à l'école. Or, les rivalités et jalousies entre enfants, ça occupe toute la journée, hein... En tout cas c'est un élément qu'on ne peut pas ignorer.

Sauf peut-être ceux qui préfèrent ne pas voir. Ceux qui sont vaguement mal à l'aise sur l'idée que dans la même école, on peut les comparer. Parce que si on les compare on est immédiatement confrontés à quelque chose qui saute aux yeux. Ils sont (tada, musique d'intense suspense) différents. La belle affaire, hein ?

A la nuance près que ceux-là même qui veulent ne pas voir, tout ce qui leur importe, c'est de ne pas pointer le doigt sur cette différence. Pour ne pas avoir à dire, pour ne pas avoir à constater que le Lutin Facétieux, il l'est nettement, différent des autres.

Ce n'est ni un bien ni un mal, c'est quelque chose qui fait probablement partie de lui au même titre que la couleur de ses yeux ou la forme de ses oreilles. C'est simplement quelque chose à savoir pour l'aider à grandir comme il est et pas contre lui-même.

Nous, ça fait six mois qu'on en prend plein la gueule. Qu'on a tenté de comprendre avec lui, constaté que les systèmes qui fonctionnent sur la plupart des enfants n'ont pas de prise sur lui parce qu'il n'est pas dans un geste délibéré.

Six mois qu'on demande de l'aide à son psychologue qui nous raconte n'importe quoi (faut pas chercher de l'aide du côté de la mère, c'est chez vous que ça se passe, et puis il n'a pas de problème, avec moi il est très calme, et pui c'est parce que vous ne lui fournissez pas la réponse qu'il veut entendre, et puis vous avez eu tort de le prendre chez vous... j'en passe). Qu'on a vu la psy du Rased, qui nous a dit qu'il fallait lui donner du temps et de la visibilité sur l'an prochain. Une assistante sociale rattachée au CMP qui l'a trouvé très calme et que ça n'a quand même pas l'air très urgent, votre truc, et puis il y a les listes d'attentes. Que sa mère nous accuse d'avoir traumatisé cet enfant en dramatisant une querelle anodine entre enfants. Que de toute façon c'est la faute de ma fille. Et qu'on est toxiques pour lui.

Jusqu'à enfin trouver du soutien auprès de ce pédopsychiatre qui entend et qui dit : c'est le symptôme d'un problème.

Alors on va sans doute respirer un peu, quand il nous dira, dans quelques semaines, ce qu'il voit lui, qu'il nous donnera des pistes.

Sauf que rien ne sera réglé et que ceux qui veulent ne rien savoir pourront continuer à se mettre la tête dans le sable.

Et que ce pauvre môme restera encore ignoré dans ce qu'il est par une partie de sa famille. Tellement plus commode, n'est-ce pas, de ne pas voir ?

Moi, je ne suis pas sa mère. Je suis celle de Cro-Mi, que j'éduque comme je peux. Je la reprends quand elle se prend pour le chef du Lutin, mais aussi, je l'assure de mon soutien quand je vois bien qu'elle subit quelque chose pour quoi elle n'a pas prise. Je fais mon possible pour maintenir leur lien sans les forcer à quoi que ce soit (elle fait ça mieux que moi, d'ailleurs). Je sévis quand elle fait des bêtises mais je la protège de ce jugement de facilité qui s'abat sur elle.

Vous vous rendez compte, ce monstre d'autorité qu'elle est ? Ça ne peut être que de sa faute quand même (sur l'air de frappe ta frangine tous les jours, si tu ne sais pas pourquoi, elle le sait).

Et j'espère que ceux qui sont sa famille, et pas seulement son père, seront prêts à faire ce qui est le mieux pour lui et pas pour préserver leur aveuglement. Parce que ça coûte un peu cher, hypothéquer l'avenir d'un enfant pour se préserver de ce qu'on a pas envie de voir, non ?

lundi 10 juin 2013

Nez dans le guidon

Je bosse, je bosse, nez dans le guidon, réunions, projets 2013-2014.

Parfois dans une grande satisfaction, de la belle ouvrage bien faite. Souvent avec la haute conscience de la grande vacuité (et vanité ?) de notre existence professionnelle.

Mais de salle de réu en présentations, de projets bouclés en projets naissants, le nez dans le guidon.

Ça tient à nos fins de printemps, ici souvent fort actives, et à mon envie à moi de distancer les emmerdes.

Alors je bosse, je bosse, nez dans le guidon...

mercredi 5 juin 2013

Génération Sida

Je ferme le journal de Keith Haring. Emue, bien sûr.

Tranches de ma propre vie qui se mélangent à la sienne.

Novembre 1993. Je vais avec mon père à l'hôpital où mon oncle est admis. Il a un peu moins que l'âge que j'ai maintenant. Il ressemble à une vieille momie, il pue.

"Il a le Sida depuis longtemps, vous ne saviez pas ?"

Non on ne savait pas. C'est un truc qu'on fait volontiers dans ma famille paternelle. On se chope un truc bien mortel, on endure en silence, en serrant les dents, pour que le regard des autres ne change pas, par honte, que sais-je. Et puis on clamse d'un coup, en laissant les autres bien empêtrés dans leur chagrin et le milliard de trucs qu'on aurait dû prendre le temps de se dire.

Bref.

Dernière fois que j'ai vu mon oncle. 29 novembre, il meurt. J'ai souvenir que mon père me dit que la meilleure chose que je puisse faire de mon chagrin et de ma colère, c'est de me donner à fond pour la journée militante qu'on a prévue à la fac le 1er décembre.

Retour quelques semaines en arrière. On a besoin d'expliquer aux étudiants que le Sida n'est pas qu'un truc de pédés. Que n'importe qui, presque n'importe quand, peut être infecté. Oui, encore. On contacte un centre d'accueil de personnes en fin de vie et en grande précarité, pas loin de la fac.

On y rencontre Houria. Elle a l'air d'avoir 80 ans. Elle en a à peine 30. Houria a été contaminée par son mari, lui-même contaminé au bordel, ou quelque chose du genre. Parti parce que sa femme malade, c'était plus la honte que lui-même malade. Houria sans emploi, malade, échoue après des années de galère, de honte et de souffrance dans ce centre où on la rencontre. C'est elle qui, entendant parler de nous par l'encadrement, souhaite témoigner.

Elle pleure de reconnaissance parce qu'on la touche. Parce qu'on ose. Parce qu'on lui serre la main, lui fait la bise. Parce qu'on s'inquiète d'elle et qu'on a pas l'air d'avoir peur.

On passe quelques heures ensemble à récolter son témoignage, que je vais monter à la radio locale où je passe des heures plus potaches, généralement. Et puis à parler, de tout, de rien, de la vie.

1er décembre 1993, le retour. On distribue quelques dizaines de kilos de capotes, négociées gratuitement. On parle tant qu'on peut, à qui veut nous entendre. On se fait envoyer chier, aussi (ce "j'ai déjà mes oeuvres..." je l'ai encore en travers de la gorge, 20 ans plus tard).

Je vais dans l'amphi qu'on nous a prêté pour la diffusion du témoignage d'Houria. Plus de monde que ce que je craignais. On raconte pourquoi on est là, en trois mots et on passe la bande.

Emotion dans le public, émotion pour nous. Je suis entre mon deuil et la force des mots d'Houria.

On sort, je récupère un peu, vais l'appeler pour lui dire comment ça s'est passé, qu'il y avait du monde, qu'ils ont beaucoup demandé si enfin elle arrivait à ne pas avoir honte, comment elle allait.

On m'annonce avec tout le ménagement possible qu'elle est morte quelques minutes avant.

La haine.

J'ai la haine.

Aujourd'hui, je connais des gens qui vivent avec le VIH. Des gens de mon âge, un peu moins. Pas beaucoup de plus vieux, ils ont fait partie de cette génération qui voyait tomber les siens dans l'impuissance la plus totale...

Ce qu'on a en commun, c'est l'accident de capote, c'est le truc foireux qui nous a mené dans ce dispensaire anonyme, gratuit et glauque, où il faudra revenir après une semaine de stress. On est pas beaucoup dans notre génération à n'avoir pas eu la grande trouille au moins une fois. Même sans avoir été exposés, juste pour être sûr.

Ce qui me différenciait d'eux à ce moment précis, c'est le bol. Le bol d'avoir su dire non ou de me tirer, ou le bol que l'accident ne soit pas fatal.

Ce qui me différencie d'eux maintenant c'est qu'ils vivent avec une maladie mortelle dont ils doivent quotidiennement maîtriser l'évolution (ou, on le souhaite, la non évolution. Alors que moi, j'ai eu, peut-être, peur, et surtout, de la chance [1].

Keith Haring raconte qu'avec une sorte d'énergie du désespoir, il a tenté dans ses derniers mois l'homéopathie et l'art thérapie. Arsenal dérisoir.

Ses mots en surimpression.

Et, de plus en plus j'ai l'impression, des mômes qui pensent que le VIH, c'est pas si grave que ça, la preuve, on vit avec, et y a pas un vaccin ?

Tout ça pour ça.

Vous savez ce qu'elle a, la génération Sida ? Elle a la haine.

Note

[1] la chance de n'avoir pas fait la mauvaise rencontre avec laquelle j'aurais fait les mauvais choix, la chance de n'avoir pas été exposée, de ne pas avoir eu d'accident majeur, de n'avoir pas été violée, etc. A quoi ça tient...

jeudi 30 mai 2013

Et aussi ce qui va

La formation de la semaine dernière. Enrichissante, éclairante. Plaisir d'apprendre. Mise en application facile au bureau.

D'ailleurs j'ai plutôt de la belle activité en ce moment, à part un planning de réu de ouf guedin, je bosse sur de chouettes dossiers, qui prennent forme, ça roule. Fait une présentation qui a cartonné hier, contente de la qualité du travail accompli, tout ça. Jusqu'à la prochaine, mais au moins je vais travailler contente.

Cro-Mi va, dans tout ça, au mieux. Certes, il y a CE pollen qui sévit autour de son anniversaire qui l'a un peu mise à genou malgré traitement, ce printemps (si si, les arbres pollinisent, même avec le temps qu'il fait, m'assure son toubib. On se câline et on se colle et on se dit qu'on s'aime et on rit à des blagues idiotes.

Toujours elle, émue de me montrer l'autre soir qu'elle avait dans sa poche un gravier qu'elle gardait comme un trésor, un petit gravier rond et doux, qui vient de devant la maison de nos ancêtres. Comme un secret, comme une douceur. Elle est incroyable, vous savez ?

Et puis mon amoureux et moi, on se tient fort et serrés dans la tempête, droit debout. Perméables au doute, mais justes, nous nous sentons. Et unis. Et plus forts ensemble. Et, dans tous ces malheurs, bien ensemble.

Les premières annonces émouvantes de mariages de copaings.

Le réconfort, des proches, des amis. Parfois là où on l'espère, parfois inattendu. Mais des mots de soutien qui donnent le sentiment qu'on ne se bat pas pour rien.

Et puis mon nouveau téléphone est arrivé. Youpi, fini les 3 ou 4 redémarrages par jour, j'espère !!

Un jour après l'autre, penser aussi à ramasser les petits bonheurs.

En espérant qu'avec tous ces petits bonheurs on arrivera à trouver des moyens de travailler à celui du Lutin.

mardi 28 mai 2013

Comment ça va, pour toi ?

Comment ça va
Comment ça va
Comment ça va
Pour toi

Parce pour moi
Oh oui pour moi
Ça va pas, mais pas, mais pas du tout

Je vous rassure, ça ne va pas si mal que ça. Ça va même plutôt un peu mieux. C'est juste que je distancie mes pensées sombres d'insomnies en faisant le Bruel des années 80, et de fait, ça me fait rire.

Hier, le pédopsychiatre a dit "la violence du Lutin est le symptôme d'un problème". Je pense qu'à cet instant, l'équivalent de tonnes de fontes se sont envolées des épaules de l'Enchanteur. Sa mère, elle, n'a, je cite, pas compris.

Bref. Nous ne sommes plus les seuls à penser qu'il y a un vrai problème et celui qui partage cette conviction a un avis autorisé et d'autorité. Il y a donc un plan d'action, plusieurs séances pour analyser, comprendre, puis proposer un plan d'action en fonction de ce qui sera ressorti de tout ça.

Ça donne un peu d'air, un peu de soulagement, pour nous, pour lui.

En revanche ça ne s'éclaircit pas du côté de se mère qui est dans une sorte de délire conspirationniste, d'accablement qu'on la force à voir un problème, là où évidemment elle se porterait mieux si on ne la forçait pas à regarder de tristes réalités en face. Qu'elle ne se sent pas désireuse de reprendre son enfant mais qu'on l'y oblige en le rejetant. Sic.

Et moi ? Je rationalise. Toute cette énergie à consoler Cro-Mi, à mobiliser autour du Lutin, à parler avec lui, à chercher de la ressources, à soutenir son Enchanteur de père, à lui tenir la main... m'épuise. Il me faudrait un autre moi pour me coacher à mon tour.

Ça éviterait que quand je baisse la garde de la fatigue, le doigt accusateur qui me désigne comme coupable d'avoir rejeté l'enfant ne me fasse un peu trop mal, même si je suis au clair sur la réalité.

Ça éviterait aussi quelques nœuds au cerveau contre productifs, quelles tensions de plus là où on en avait pas besoin.

Et puis, maintenant qu'il est de retour à l'école, l'angoisse de ce qui va s'y passer malgré la surveillance rapprochée des adultes, la crainte pour Cro-Mi qu'il faut que je domestique pour ne pas la contaminer.

On a parlé, elles et moi, ce matin. Je lui ai dit à quel point peu d'adultes réagiraient avec autant d'intelligence, d'empathie et de bienveillance qu'elle. Qu'elle m'épatait. Et qu'on allait tenter de demander à l'asthme de se mettre dans un coin sur un tabouret, parce que bon, il vaut mieux mettre des mots sur l'angoisse que d'être doublement punie. Par l'inquiétude un peu tue et par la crise d'asthme qui veut faire entendre l'inquiétude.

Vivement ce soir, que je la retrouve.

lundi 27 mai 2013

Quand il y a urgence

Depuis des mois, nous partageons, l'Enchanteur et moi, la certitude qu'il y a quelque chose de sérieux qui agite le Lutin.

Quelque chose de plus que la simple tension psychologique de l'enfant qui doit enfin faire face à la réalité de la séparation de ses parents, à l'existence d'une famille autre, nouvelle, créée.

Faisons face aux faits. En dehors du fait que depuis début janvier il a bousculé, tapé, pincé ou coup de piétisé tous les jours d'école Cro-Mignonne (dans une escalade ces derniers jours qu'il a fallu le "sortir" de l'école ces trois derniers jours, avant le rendez-vous chez le psychiatre, pour protéger Cro-Mi, mais aussi le sortir de son rôle de méchant et le préserver des conséquences), il y a d'autres choses.

À presque 7 ans cet enfant ne parle pas bien. Outre son bégaiement qui est en cours de traitement, il manque complètement de vocabulaire, ne "fixe" pas les mots, ne sait pas formuler une pensée simple.

Il a fallu plus d'une semaine pour lui apprendre l'ordre des jours de la semaine.

Il a fallu trois mois pour lui apprendre UNE position correcte de la fourchette dans la main. Avec des jours où il avait oublié ce qu'on lui avait appris la veille.

Il avait "oublié" (consciemment, inconsciemment, volontairement ou pas) le soir ce qu'il avait fait à Cro-Mi dans la journée.

Il disait, également, avoir oublié que la directrice lui avait promis des punitions. Il avait oublié qu'on lui a demandé de se tenir à l'écart de Cro-Mignonne.

Il répète inlassablement les mêmes informations ("moi, je connais une chanson qui parle de la Bastille").

Il lui est extrêmement difficile de faire preuve d'empathie. Ce que les autres ressentent lui est, généralement, inconcevable (qu'il soit ou non pour quelque chose dans ces ressentis).

Parmi les nombreuses raisons qu'il nous a données pour expliquer ses gestes, il a copieusement parlé des pensées noires qui formaient une bulle autour de lui et l'empêchaient de voir le monde réel.

Il parle fréquemment de gens qui ont envie de tuer beaucoup de monde. Quand il entend une trancheuse à pain, il assimile ça (en riant) à un bruit de mitraillette. Il s'inquiète que sa mère se blesse et que son corps soit déformé.

Quand on l'a récupéré, d'ailleurs, il se levait la nuit pour vérifier que sa mère était encore vivante.

Chacun de nos interlocuteurs n'a voulu voir qu'un tout petit bout de ce kaléidoscope. Chacun de nos interlocuteur a minimisé, rationalisé. A nous expliquer, l'un qu'on dramatisait, qu'on fantasmait un danger inexistant. L'autre qu'il fallait laisser du temps. Le troisième que dans toutes les fratries il y a de la violence.

Le psychologue du Lutin s'est même, ces derniers jours, permis de porter un jugement sur son père. Qui ne faisait pas ce qu'il devait, qu'il n'avait pas apporté les bonnes réponses. Avant d'aller copieusement semer la zizanie en racontant n'importe quoi à sa mère. Sous prétexte que, dans son cabinet, cet enfant n'est pas violent. Il a strictement refusé d'entendre le reste. Et il a mis de l'huile sur un feu qui n'avait pas besoin d'être attisé [1].

Ce soir, l'Enchanteur a 30 minutes pour faire entendre tout ça au pédo psychiatre qui a pensé qu'il fallait, en effet, décrypter sérieusement ce comportement. 30 minutes pour dresser ce tableau, sans laisser la mère tout ramener à elle, en laissant de la place à l'enfant pour dire ce qu'il peut.

30 minutes pour espérer que l'ensemble sera pris en compte. 30 minutes pour que quelqu'un d'autre se pose la même question "mais qu'est-ce qu'il a vraiment et comment peut-on l'aider" ?

Et c'est si court, et l'autre qui hurle qu'elle veut reprendre son môme sans se demander si un autre changement d'école lui ferait du mal ou du bien, et l'autre qui nous insulte au passage, qui croit qu'il "suffit de", et qui va nous livrer ce môme, à chaque visite, sale parce qu'elle ne veut pas le forcer à se laver, les ongles longs de ne jamais être coupés parce qu'elle n'y arrive pas, halluciné de fatigue et d'insomnies (oui, on peut être insomniaque à presque 7 ans), avec des vêtements sales, abîmés, trop petits. Et c'est nous qui sommes contre lui.

Ce n'est pas mon histoire. Mais ça la percute fortement.

Alors de ma place je veille comme je peux à la sécurité de ma fille et je frémis pour cet enfant qui n'est pas le mien et qui va si mal.

Pourvu que cette demi-heure ce soir soit le début d'une solution pour lui. Quel que soit son lieu de vie, qu'il ait droit, lui aussi, à être entendu.

(Et je pense à son père qui vit dans l'oeil du cyclone et qui doit aller contre ses valeurs et ses croyances plusieurs fois par jour. Il est admirable, cet homme-là, même quand il m'agace, dans tout ce qu'il met en oeuvre pour aider son fils en dépit de la mère).

Note

[1] imaginez bien qu'on a désocialisé cet enfant pendant trois jours en l'empêchant de venir en classe, en se disant que tant qu'on a pas vu LE pédo psychiatre, il ne servait à rien de mettre l'une en situation de recevoir une violence, l'autre en situation d'échec à la canaliser. Forcément on est contre cet enfant. Forcément on favorise l'une au détriment de l'autre. Forcément on est les méchants et la cause, avec Cro-Mi, de ces malheurs. Forcément il irait très bien si on ne le traitait pas comme un monstre

mardi 21 mai 2013

Derrière la porte

J'étais à deux, trois mètres de cette porte, et derrière elle se trouvaient mes souvenirs.

C'est faux d'ailleurs.

Si cette porte avait été ouverte, si j'avais eu le droit de la pousser, j'aurais vu derrière de nouvelles couleurs, d'autres meubles, d'autres odeurs.

Il n'y aurait pas eu le fauteuil de mon papy, l'odeur de pipe, il n'y aurait pas eu ma grand-mère dans la cuisine, il n'y aurait pas eu, l'étage au-dessus, mon lit et son édredon, comme ceux des jeunes filles d'antan, ni l'eau de Cologne sur la tablette de mon labavo.

Il n'y aurait pas eu les rires, Monocle et SaNiaise dissertant sur Carmen, Papy tonnant que lui, il apprendrait l'allemand quand ça serait une langue morte. Il n'y aurait pas eu de puits d'amour ou de ficelle fraîche, il n'y aurait pas eu Papa qui m'apprend à faire du vélo sans roulettes dans la rue devant.

Il n'y aurait pas eu mon frère petit, maman, il n'y avait pas mes cours de cuisine, ma grand-mère montée sur une chaise à cause d'une souris dans le garage, les têtards au fond du jardin, les promenades à vélo.

Ils sont dans ma tête, ces souvenirs. Nombreux, accentués, ravivés encore par ce passage sur les lieux où ils se sont fabriqués.

Et la meilleure façon de les faire vivre, c'était de les raconter à Cro-Mi, devant la porte, et tout au long du weekend. Les miens, et ceux des autres qu'on m'a transmis.

Et maintenant qu'elle sait où j'ai appris à casser des oeufs ou à faire du vélo sans roulettes, ou son grand-père, son arrière-grand-père, son arrière-arrière-arrière grand-mère on laissé des empreintes qui vivent dans nos souvenirs, elle est heureuse.

Elle me l'a dit ce matin encore. entre sa fierté d'avoir 7 ans et son essayage de cadeaux, entre un câlin du matin et un rire. Elle est contente de connaître nos souvenirs et d'en avoir vu un bout de décor.

Derrière la porte

jeudi 25 avril 2013

Questions alakon, réponses alakon

En épisode II du billet sur les questions alakon, vous vous doutez bien que nous disposons, nouzôtres esprits créatifs et un peu décalés de la comm', de quelques réponses et interjections bien senties pour bouter l'ennemi hors des frontières de notre open space [1].

Ainsi, si vous passez par chez nous et qu'au cours d'un échange vous entendez tout ou partie de l'échantillon suivant, ça ne PEUT pas être bon signe. Au mieux on est parti en déconnade. Au pire, c'est le préambule à un NON sonnant et pas du tout trébuchant.

  • "Non mais j'ai aucun problème avec ça." Signifie qu'on a un problème majeur avec ça. Va s'ensuivre un argumentaire musclé de 10 mn pour démonter point par point ce qui nous défrise dans le sujet.
  • "On va la refaire en SVC". Cette phrase suit un long monologue à base de "il faut vérifier l'appétence[2] de nos clients et prospects pour cette solution, ensuite on va crosser le wording avec un SWOT[3], et double checker avec les datas de la R&D". Le SVC, c'est : "sujet-verbe-complément". D'une redoutable efficacité pour démontrer le plein de vide, le SVC, si vous voulez mon avis.
  • "Foutaises !" : phrase victorieuse au bingo des expressions.
  • "On est laaaaaaaarges". Sert soit à marquer l'ironie pour une demande "pour avant-hier". Soit à constater qu'on est vraiment laaaaarges dans le temps et que c'est exotique. Soit pour dire qu'on s'est mis tout seuls très en retard et noyer le poisson.
  • "Bon, là, on va faire ça et ça et bises ma poule, et hop c'est parti" Le "bises ma poule"[4] est un nom commun qui désigne les formules de politesse en bas d'un courrier, d'un mail, etc. Généralement, cette expression vient quand on nous fournit un torche-balle ou un projet pas du tout réfléchi et que, excédés, on choisit de faire à la place au lieu de passer trois interminables heures en réunion pour faire avec ou faire faire par les bonnes personnes.
  • Et bien sûr les expressions imagées qui ne sont pas le reflet d'une quelconque mauvaise humeur, mais juste notre petit langage à nous "néanmoins... oreille en plus" étant notre expression du moment, je vous l'offre en partage.

A vous les studios !

Notes

[1] qui se trouve être, de loin, le plus coloré, décoré, foutraque et bariolé de nos bureaux, pour effrayer ledit ennemi

[2] quand c'est avant de manger, généralement, je dis qu'à propos d'appétence, c'est l'heure de la cantine :D

[3] une liste des pour et des contre, pour faire court

[4] mon pôpa saura d'où ça vient !

lundi 22 avril 2013

Top ten des demandes alakon

Je viens d'écrire un machin vite fait pour le canard interne de MaBoîte, et je ne résiste pas à l'idée de partager avec vous.

Il s'agit de partager les phrases qui nous font frémir d'avance, vu qu'on sait que sous une demande qui, du temps où nous étions débutants, nous semblait innocente, se cache une brave galère qui peut même, avec un peu d'aide et de malchance, virer cauchemar intégral.

Dans mon métier, on a recensé, avec l'aide de mes camarades potaches et noteurs préférés, 10 phrases et une en bonus que je vous livre illico :

  1. « Tu as 5 petites minutes ? »
  2. « J’ai juste une / quelques petites corrections »
  3. « Non mais ça ne va pas prendre longtemps… »
  4. « Et on ne pourrait pas juste… » (changer l’image de côté, prévoir un clic de plus, rajouter trois pages, ad lib)
  5. « Toi qui fais de la comm’ tu vas pouvoir m’aider ! »
  6. « Il me faudrait juste un copier/coller. »
  7. « Je sais que je m’y prends à la dernière minute… »
  8. C’est pour quand ? « Avant-hier » (et non, ça ne passe pas mieux avec la note d’humour…)
  9. « Peux-tu rajouter… » (on a fui avant d’entendre la suite) et son copain « Est-il possible ? »
  10. « C’est déjà parti ? Je viens de voir un truc !!! »
  11. Le bonus ! Le bonus !« Maintenant que je l’ai sous les yeux, je me rends compte… »

N'hésitez pas à enrichir !

vendredi 19 avril 2013

Et la tendresse, bordel ?

Ça pète à Boston.

Ça hait à Paris.

Ça chahute en Argentine.

Et pas mieux dans plein d'endroits.

Impossible d'allumer la radio, la télé, d'ouvrir un journal, de surfer sur internet, sans être pris dans une violence... violente.

Ce matin, en tournicotant avant que le réveil ne sonne, l'écran de ma tablette ne parlait que de députés qui se foutaient sur la gueule, littéralement, cette nuit, et les policiers abattus aux Etats-Unis.

On a perdu les humains ? Tout le monde est devenu fou ?

Jusque dans notre petite sphère intime.

Vous n'avez pas idée de ce que ça fait. La violence des propos des cathos fin de race dégénérés en surimpression avec ce qu'on vit. Un môme en détresse psychique, sa mère en plein déni. Ok, elle aussi est malade. Je ne la juge pas (enfin juste dans ma Ford intérieure, quand vraiment moi je déborde), je ne prétends pas que sa maltraitance soit malveillante. Mais entendre clamer partout qu'une femme ne devient mère que par l'accouchement et que c'est une consécration sacrée qui garantit que l'enfant sera heureux, pour peu qu'il ait aussi un vrai papa, quand on a sous les yeux la preuve que si c'était si simple, il n'y aurait que des enfants qui vont bien...

J'ai envie d'un monde où on laisserait un peu plus de place à la bienveillance, à la tendresse. Juste un tout petit peu plus qu'en ce moment.

mercredi 17 avril 2013

Signes indubitables de changement de saison

  • Opté pour les pieds nus dans les ballerines plutôt que chaussettes et Kickers
  • Mon badge (parking bureau, ascenseurs bureau, accès bureau) ne se trouve jamais là où je le cherche. Signe clair que j'ai troqué mon manteau pour le blouson de jean de printemps.
  • Cro-Mi sifflote, de loin en loin.
  • On baisse les stores au bureau aveuglés par un concept oublié : la lumière.
  • Il arrive même qu'on ait, légèrement, trop chaud.
  • Il arrive même qu'on ait, rarement mais nettement, besoin de lunettes de soleil.

Il n'est pas très convaincant, encore, mais oui, le printemps arrive enfin à Paris.

lundi 15 avril 2013

Le fil de mes pensées

En ce moment, mes pensées sont de guingois [1].

On me plonge malgré moi dans des états que je n'aime pas, dans des pensées qui me révoltent mais contre lesquelles je n'ai que peu de prise.

Alors je respire par le nez, quelques minutes. Je me prends ces minutes de pause pour sentir l'air entrer et sortir. J'acte : ça ne va pas. J'ai peur / mal / je ressens de la colère. Et le fait de les regarder, ça va mieux.

Je prends le temps de sentir le sol sous mes pieds, quand je marche. Je surdéguste ce que je mange, quand je peux. Pour éviter de les avaler toutes crues, ces pensées de guingois. Ca fait partie d'un ensemble que je travaille depuis quelques mois (pour le plus grand bénéfice de mon tour de taille, au demeurant), mais qui m'aide dans ces instants compliqués.

Je me souris dans la glace. Ca me fait rire. Ca détend.

Et c'est reparti pour un tour où je peux respirer presque normalement, penser à autre chose. Trouver ma juste place dans cette situation, celle qui sera bonne pour moi comme pour ceux qui comptent.

Un tour où je peux trouver en quelle énergie convertir ma colère, mes énervements.

Un tour où je peux me dire qu'après tout, ça va, que c'est à moi de rendre aux choses leurs justes places. Au moins je suis droite dans mes bottes. Au moins je ne suis pas folle à lier. Au moins, quand tout ça sera passé, on aura plus qu'à savourer la sérénité retrouvée, ce qui ne sera sans doute pas le cas de la provocatrice de ces sentiments négatifs. Au moins Cro-Mignonne va bien bien bien. Au moins on avance, on progresse, on grandit.

Au moins, on constate qu'on est forts, mon Enchanteur et moi, quand il s'agit d'encaisser. Solidaires, déterminés. Une bonne équipe. Et ça c'est une belle promesse d'avenir.

Note

[1] Défaut de rectitude, de régularité

jeudi 11 avril 2013

Le paradoxe familial

Le plus dur, au fond, dans ce qui arrive à notre Lutin Facétieux et à Cro-Mignonne, c'est de constater que dans la "grande équipe" qui gravite autour de lui, il y a quelqu'un qui joue contre son camp.

Alors il faut désacraliser l'image de la mère, s'offrir un ricanement cynique à la santé des enfoirés qui trouvent que rien de tel qu'une maman et un papa quels qu'ils soient. Et puis mettre à distance, s'occuper du vrai problème.

Après tout, ce sont ceux qui acceptent qu'ils font partie du problème, au moins juste parce qu'ils sont concernés, qui acceptent, aussi, de faire partie de la solution.

Hier soir, on a convoqué le conseil de famille. Fait l'état des lieux.

Cro-Mi va bien. Elle est très juste dans son positionnement, dans ses réactions, je trouve. Elle n'enlève rien au Lutin de son affection, mais lui a signifié fermement que jusqu'à ce qu'il lui montre qu'il ne la confond pas avec un punching ball, ça va bien, c'est marre, elle fait la grève du bain avec lui, non mais. Mais quand même. Elle est, je trouve, d'une maturité incroyable sur l'équilibre entre "je comprends qu'il a des trucs à régler, mais je ne peux pas l'aider sur tout, je compatis, mais je ne veux pas subir". Bref. Solidaire, mais pas victime.

On a encore parlé et parlé et rappelé à la règle, remis à plat les raisons de leur existence, creusé avec le Lutin.

J'ai l'impression que, petit à petit, les idées font leur chemin. On est loin, encore, je crains, du moment où il lâchera prise sur ce qui le rend si malheureux et sur quoi il n'a aucun pouvoir. Mais l'idée qu'il est acteur de son propre bonheur, et surtout de sa propre vie a, il me semble, allumé quelque chose dans son regard. L'idée que le pleur libère aussi (et guérit, m'ajouterait Luce), semble, petit à petit, venir compenser l'idée que d'aller mettre le doigt sur ce qui fait mal, c'est "trop triste".

L'Enchanteur me dit qu'ils étaient tout légers, les enfants ce matin.

Chouette. Le pouvoir des mots a agi, un peu.

Il faudra parler encore, ça ne sera pas la dernière fois qu'il y a aura un enfant qui aura besoin, bien sûr.

Mais je n'oublie pas, aussi, à quel point ils s'aiment, à quel point on s'aime, et à quel tout ça nous rend armés pour accepter la difficulté, et y fabriquer des solutions.

(Même si, du coup, on est un peu fatigués, là).

lundi 11 mars 2013

Rentrée

Me voici rentrée.

Et déjà double réunionnée.

Et puis que vous dire ? Pas trop le coeur, encore, à jouer.

Angoissée du retour du Lutin, ce soir. Pas tant avec lui, on a des choses à se dire, des choses à faire progresser, que du croisement avec sa mère. Ça serait bien qu'il soit rapide et silencieux.

Cro-Mignonne est contente de retrouver son jumeau, quand même. Il a de la chance de l'avoir, celle-là.

Je ne sais pas.

Demain est un autre jour, il fera jour, on verra.

jeudi 7 février 2013

Drôle de famille

C'est très curieux, d'avoir à éduquer un enfant qu'on a pas fabriqué soi-même, d'autant quand on le découvre déjà grandelet.

Déjà que, admettons-le, ça fait partie des expériences intrigantes de l'existence que de voir grandir un enfant, tout court.

Alors on observe, on s'ajuste, on marche parfois sur des oeufs. Avec le Lutin Facétieux, je crois qu'on se comprend. Il sait que je lui dis ce que je pense de ce qu'il montre, je crois, qu'il n'y a pas de faux semblants. Même s'il a encore du mal à nommer la forêt qu'il cache derrière un arbre.

On s'aime, tous les deux, en tout cas.

Et, du fait de toutes les différences entre elle et lui, celles qu'elle voit, celles qu'on remarque, leurs façons de fonctionner si dissemblables, ma Cro-Mignonne semble aussi trouver sa place sans plus tellement se demander qui reçoit la plus grosse part.

Dimanche soir, quand je les ai récupérés, chacun ramené par son autre parent, on s'est mis en pyjamas (chemise de nuit pour Cro-Mi qui découvre cette tenue nocturne et l'adooooore autant que je l'ai détestée), et puis j'en ai pris un au creux de chaque bras et on a regardé la télé tous les trois, sans rien chercher d'autre que le plaisir de se retrouver et de se détendre.

J'avais l'impression d'être une masse de chaleur qui dispense du doux à ses petits. Un truc très mammifère et très fort, et beau.

Et puis on rigole bien, tous les quatre.

J'aime beaucoup notre drôle de famille, même si parfois, certains corollaires m'épuisent.

lundi 4 février 2013

Parfois un peu trop remontée

L'autre jour, j'ai donc acheté un billet d'avion pour deux.

J'ai payé avec ma carte et rempli la case passager numéro 1 avec mon nom.

Pour autant, le dossier de réservation (puis celui de réclamation, d'ailleurs), apparaissent au nom de mon Enchanteur.

Outrée, étais, d'autant qu'un peu en rogne contre d'autres instances qui ont tendance à raccourcir Mme et M. en Monsieur.

Vénère, quoi.

Comme j'avais la compagnie au téléphone pour cette affaire de réclamation (dont au sujet de laquelle nous avons obtenu gain de cause, soit dit en passant), je leur faisais part de mon agacement.

La dame du téléphone a pris son air le plus pincé pour me dire que chez eux, les dossiers sortaient au nom de la première personne enregistrée comme passager... dans l'ordre alphabétique.

Et pan dans les dents, range ton féminisme et fais pas chier, cocotte, ai-je eu l'impression d'entendre.

La question se pose encore dans ma tête : mais pourquoi l'ordre alphabétique pour ce genre de billets ?

Bref.

On r'passera.

jeudi 31 janvier 2013

De vacances à gogo ou quasi

Que les choses soient claires, cette semaine est compliquée. Gastro et soucis parascolaires de Cro-Mi, vite réglés mais préoccupants quelques heures[1], gastro de moi et dos douloureux depuis deux jours, questions sur le Lutin qui nous mobilisent, bref, vivement demain soir qu'on se couche.

Mais j'ai eu de la chance.

Dans cette semaine pourrite, il y a eu une éclaircie. Je ne sais pas pourquoi je suis allée voir combien de jours de congés je devais utiliser avant de les perdre le 31 mai prochain.

14.

14 jours de congés.

Presque trois semaines !!!

Du coup y en a un d'utilisé pour soigner mon ventre et ma fille mardi, et les autres joyeusement dispersés entre bouts de vacances scolaires avec un ou deux enfants, et jours volés au calendrier pour raccourcir une semaine de ci, une autre de là.

Pas de grands projets, mais du repos, de la simplicité, de la douceur à vivre à venir.

Croyez-le ou non, ça marche mieux que les décontractants musculaires, pour soulager, au moins un peu, le dos, que de voir chef valider bloc après bloc !

Note

[1] et grâces soient rendues à la directrice, à l'enseignante, au centre de loisirs qui semblent être efficaces et mobilisés autant que ceux de l'an dernier ne l'étaient pas

lundi 28 janvier 2013

La surprise du tricot

Ca a fait ricaner, quand j'ai dit que je me lançais dans le tricot.

Pas les copines qui ne connaissaient pas mon passif.

Mais ma famille, oui.

Ma famille qui sait que je descend d'une aïeule grande tricoteuse et surtout spécialiste de choses importables.

Les pulls à manches décalées (en hauteur et/ou en profondeur). A motifs plus ou moins probables.

Bref, mon dernier essai de point mousse datait, je pense, de l'adolescence, mais n'était pas une franche réussite.

Et puis là, envie de faire bouger mon bras endolori par des journées au clavier de l'ordinateur, de ces jolies aiguilles, du plaisir des copines, donc.

A ma grande surprise, s'il y a de la marge de progression, nettement, ce n'est pas SI mal. Il y a même des choses qu'on porte régulièrement, quotidiennement

Alors après quelques bonnets, écharpes, écharpes-tubes, je me suis lancée la semaine dernière dans mon premier pull. Challenge !

J'ai lu les billets indispensables de luckyslug sur le sujet. Engrangé de bonnes ondes kozlikiennes. Réécrit entièrement le patron en virant tout ce qui ne concernait pas ma taille, rentranscrivant ce qui ne m'était pas intelligible pour le transformer en choses faciles à comprendre en un coup d'oeil pendant l'action. Monté les mailles lundi dernier et...

J'ai déjà un dos, et le bas d'un devant !

Je ne sais pas si ça ne sera pas, au final, un pull que pour le week-end, ou bien s'il sera mettable, ou bien pas du tout, même le week-end ? Pour le moment il ressemble à peu près au patron. Ca m'encourage.

Ca m'est curieux, cette geekerie de tricot qui me vient. J'aimerais que ça marche, moi qui aimerais depuis des années savoir faire des trucs de mes mains sans être très douée. Et c'est très bizarre, de fabriquer quelque chose qui prend forme (bizarre, bien, hein !).

Bref.

Surprise. En bien.

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